La pêche a attiré les premiers Européens vers ce qui est aujourd’hui le Canada, et constitue encore la principale ressource d'importantes régions côtières et continentales. L’industrie est déterminée par des cycles d’essor et de récession, où les pêcheurs connaissent tantôt des périodes d’abondances et de profits, tantôt des périodes de pénuries et de chômage. Malgré ces fluctuations, les pêcheries canadiennes et le style de vie qui y est relié sont partie intégrante de l’identité de certaines régions, surtout en Colombie-Britannique et en Atlantique.

Débuts : de 1500 à 1763

Au XVIe siècle, les Anglais, Français, Espagnols, Portugais et Basques commencent à pêcher au large des Grands Bancs de Terre-Neuve. La morue, abondante et facile à prendre, est la denrée la plus précieuse. Salée ou séchée, elle peut être transportée sur de longues distances et se conserve pendant plusieurs mois. Les pêcheurs arrivent d’Europe au printemps et repartent tôt à l'automne. Ils pêchent directement du bateau, à l'aide de lignes et d'hameçons. Certains Européens, particulièrement les Basques, pêchent également les baleines, qui se raréfient rapidement.

Vers la fin du XVIe siècle, Anglais et Français sont en rivalité. La pêche favorise la croissance de leurs empires parce qu'elle complète leurs autres activités économiques, comme la construction navale, le transport maritime et le commerce. Même s'ils ont le même objectif, les Anglais et les Français n’ont pas les mêmes méthodes de prise et d’organisation de l’industrie.

Pêche chez les Anglais

Tout d'abord, les pêcheurs anglais concentrent leur activité dans des campements de pêche semi-permanents établis dans des havres protégés de la côte sud-est de Terre-Neuve. Le capitaine du premier bateau arrivé au port devient l'amiral de la pêche et dirige le campement. Ils pêchent le poisson près de la rive dans de petites embarcations venues d'Angleterre. La prise du jour est débarquée directement sur un chafaud (pilotis), où l’on vide, coupe et sale légèrement le poisson. Il est ensuite séché sur des étendoirs permettant la circulation maximale de l'air libre. Cette technique, la sécherie (voir Pêche sèche), produit une morue fortement salée qui se prête bien au commerce avec des marchés éloignés et devient, pour l'Angleterre, le fondement de ses revendications territoriales sur Terre-Neuve.

Au XVIIe siècle, des navires de pêche britanniques commencent à emmener des passagers qui pêchent dans de petites embarcations à Terre-Neuve (voir Bye-boat) et qui s'établissent dans le nouveau territoire ou retournent en Grande-Bretagne. Certains navires britanniques rapportent du poisson traité par les colons terre-neuviens (planters). Au fil du temps, plutôt que d'emmener des pêcheurs de la Grande-Bretagne vers Terre-Neuve, certains navires ne transportent que des marchandises et repartent avec du poisson salé. L’espace exigé par les étendoirs en plus de la distribution naturelle du poisson encouragerait, au fil du temps, l'établissement d'une chaîne de villages tout le long de la côte de l'Atlantique.

Entre-temps, les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre augmentent leur pêche en Nouvelle-Écosse et à la baie de Fundy. La présence britannique dans ces régions s’améliore après les années 1750 et s’est répandue ailleurs après les années 1763. Quoique le SAUMON et d’autres espèces aient attiré beaucoup d’attention dans la région de l’Atlantique, la morue domine toujours. Vers la fin des années 1700, la pêche au morse dans le golfe du Saint-Laurent avait quasiment disparu à cause de la surpêche par les navires de la Nouvelle-Angleterre.

Pêche chez les Français

Les pêcheurs français, à partir de ports dispersés, ne pêchent pas seulement le long de la côte, mais aussi, plus souvent que les Anglais, au large des Grands bancs et dans d'autres bancs. Ils disposent de plus grandes quantités de sel que les Anglais et la plupart d'entre eux traitent leurs prises à bord de leurs bateaux. Cette pêche de POISSON SALÉ EN VERT (voir Pêche verte) se conserve moins longtemps et supporte donc moins bien les voyages sur de longues distances, mais cette technique permet aux pêcheurs français de livrer le poisson sur les marchés plus rapidement que les Anglais et de retourner sur les bancs plus d'une fois par saison. Après que les Anglais aient délogé les Français de la presqu'île Avalon, Plancentia, à Terre-Neuve, leur sert de port d'attache jusqu'au Traité d'Utrecht, en 1713, en vertu duquel la France renonce à ses revendications territoriales sur Terre-Neuve et la partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Les pêcheurs français se dispersent alors davantage, certains allant vers le Cap-Breton et d'autres régions. Ils perdent le cap Breton lors de la chute de la Nouvelle-France en vertu du Traité de Paris en 1763, mais ils ont encore la permission de pêcher à l’ouest et sur une partie de la côte nord-est de Terre-Neuve (voir Côte française).

Innovation et conflit : 1763 à 1867

Nouvelles techniques

Parallèlement à la pêche dans de petites embarcations, on construit une grande flotte de goélettes de pêche dans l'Atlantique nord-ouest, et l'impulsion initiale provient de la Nouvelle-Angleterre. Les goélettes (gréement aurique comme le Bluenose) longent la côte à la recherche de morue, de flétan, d'aiglefin et de maquereau. Au milieu du XIXe siècle, les goélettes élargissent leur rayon d'action en transportant des doris, petites embarcations qui portent les pêcheurs en mer. Ces embarcations permettent une meilleure capacité de pêche avec des palangres, une innovation française, qu'on ancre près du fond et desquelles pendent de nombreuses cordelettes munies d'hameçons, multipliant ainsi leur nombre dans l'eau. Les pêcheurs partent dans ces doris et ramènent les poissons à bord des goélettes, où ils sont tranchés à plat et salés.

En plus de palangres, une autre nouvelle méthode de pêche transforme le commerce du hareng et du maquereau. Pendant des siècles, les pêcheurs utilisent des sennes, ou des filets, tirés du rivage et ancrés à terre pour encercler les poissons. La nouvelle senne coulissante, conçue par des pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre, est utilisée en eaux libres et constitue un filet suspendu à une ligne principale, qui elle est munie de flotteurs pour encercler les bancs de poisson en surface. Il suffit alors de resserrer le câble de serrage au bas du filet pour les emprisonner dans une sorte de bol flottant.

De grandes flottes de goélettes, particulièrement celles de la Nouvelle-Angleterre, pêchent sur les bancs du large et dans le golfe du Saint-Laurent. Des navires de la Nouvelle-Angleterre, des Maritimes et du Québec se joignent à la flotte grandissante de goélettes de Terre-Neuve qui y pêchent, ainsi que sur la côte du Labrador. Au Labrador, les liveyers (« habitants d'ici ») sont résidents permanents, les floaters se déplacent le long de la côte, et les stationers dressent des campements de pêche sur la côte où ils peuvent saler le poisson. À partir des années 1700, les goélettes de la baie de la Conception, suivies par d'autres, se lancent aussi la pêche aux phoques à grande échelle, facteur important de la croissance de Terre-Neuve.

Révolution et guerre

La guerre de l'Indépendance américaine et les guerres napoléoniennes accroissent la dépendance de l'Angleterre à l'égard du poisson et du bois de l'Amérique du Nord britannique. La pêche, l'industrie du bois et les marchés commerciaux s'appuient mutuellement et fortifient si bien l'économie de la côte de l'Atlantique que, même aujourd'hui, on considère cette période comme un âge d'or. Les pêcheurs de l'époque sont pourtant sans doute loin d'être riches. La majorité utilise de petites embarcations au lieu de goélettes, et beaucoup, surtout dans les régions plus au sud, vivent à la fois de la pêche et du transport maritime. Le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et la baie de Fundy au Nouveau-Brunswick sont au premier rang des régions de pêches en l’Amérique du Nord britannique, en raison d'atouts importants : bonne réserve de bois, commerce vigoureux, abondance de poissons, large éventail d'espèces, longue saison de pêche sans glace, proximité des marchés américains et antillais et emplois alternatifs aux États-Unis. Pendant la Guerre de l'Indépendance américaine, lors des conflits suivants et pendant la guerre de 1812, des désaccords dans le domaine de la pêche surviennent entre les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre et ceux de l’Amérique du Nord britannique. Ils ne sont résolus qu'en partie par la Convention de 1818 en vertu de laquelle les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre peuvent seulement s’approcher à moins de 5 km (3 milles) de la côte pour s’abriter, réparer, ou acheter du bois et de l’eau. Cependant, ils peuvent pêcher à l'intérieur d'une zone de trois mille autour des Îles de la Madeleine, le long des côtes sud-ouest et ouest de Terre-Neuve et, au Labrador, le long de la côte jusqu'aux environs de Natashquan. Les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre peuvent aussi sécher leurs poissons sur les rives inhabitées du Labrador et des baies de la côte de sud-ouest de Terre-Neuve. De 1854 à 1866, un traité de réciprocité conclu avec les États-Unis permet aux pêcheurs relevant de chaque territoire de pêcher dans les eaux territoriales de l'autre pays et prévoit une certaine mesure de libre-échange pour l'économie générale. Le traité favorise l'économie nord-américaine britannique. La fin de cette réciprocité entraîne une période de misère économique pour les pêcheurs dans les eaux côtières.

De la Confédération à la Première Guerre mondiale : 1867 à 1918

La Confédération de 1867 confère au gouvernement fédéral la compétence sur la pêche et permet de mettre en place le ministère des Pêches et des Océans. Une fois le traité de réciprocité abrogé, les autorités canadiennes confisquent plusieurs navires américains. On règle le conflit par le Traité de Washington en 1871, qui restaure la pêche libre et le libre-échange pour les pêcheries seulement, et selon des dispositions supplémentaires, consolide le statut du Canada comme nation indépendante. En 1885, les États-Unis abrogent les dispositions concernant la pêche qui figurent dans le traité. Le Canada augmente encore une fois sa flotte de patrouilles et le rapport entre les deux parties est parfois conflictuel jusqu’à ce qu'un accord préliminaire permette un accès limité des Américains aux ports canadiens pour se ravitailler, notamment en combustible, tout en interdisant la pêche dans un rayon de trois milles des côtes. Dans le Pacifique, les conflits entre les chasseurs de phoque américains et canadiens dans la mer de Béring sont réglés par un tribunal international en 1893 et un accord international (voir Conflit de la mer de Béring). À Terre-Neuve, où les navires de pêche étrangers achètent des appâts des pêcheurs locaux, les autorités coloniales adoptent les Lois sur les ( Bait Acts ) appâts pour tenter de contrôler le commerce. Grâce à ses efforts obstinés et en partie fructueux pour réglementer les pêcheurs étrangers, Terre-Neuve gagne davantage le respect des États-Unis et du Canada et devient plus indépendante à l'égard de l'Angleterre (voir Accord Bond-Blaine).

Avant la Confédération, les lois dans la province du Canada comprennent un système de permis restrictif conçu principalement en vue de protéger la propriété privée des postes de pêche au saumon. Reflété dans la Loi des pêcheries de 1868, ce pouvoir offre le potentiel d'équilibrer les efforts de pêche avec l’abondance de ressources. Mais, à la fin du XIXe siècle, les décisions du Comité judiciaire du Conseil privé de la Grande-Bretagne affaiblissent l'autorité du gouvernement fédéral sur les pêches de poissons d'eau douce au profit des provinces. Il en résulte un relâchement dans les procédures d'octroi des permis de pêche en eau douce. Dans les pêcheries maritimes, les autorités fédérales ne tiennent pas compte, en général, des permis et laissent les pêcheurs pêcher librement, à l'exception de la pêche au saumon en Colombie-Britannique.

Le Service des pêches cherche à trouver d'autres moyens de conservation. Plusieurs commissions royales d'enquête font valoir le bien-fondé d'une réglementation, et les restrictions qui en découlent portent généralement sur les temps et les saisons de pêche, sur la taille du poisson, sur les engins de pêche (par exemple, l'utilisation de la senne coulissante est bannie pendant plusieurs années pour la pêche en Atlantique). La Loi des pêcheries prévoit aussi des dispositions interdisant d'introduire dans les eaux des substances nocives pour les poissons. L'octroi des permis, la pollution, ainsi que d'autres domaines de la Loi sur les permis demeurent les fondements de la gestion canadienne de la pêche.

Au cours des 50 années suivant la Confédération, le Service des pêches développe un important programme d'écloserie (voir Aquaculture). Bien que les autorités des pêches parlent d'excellents résultats, le succès du programme est minime, et, au milieu des années 1930, la plupart des écloseries sont déjà fermées, particulièrement en Colombie-Britannique. Un certain nombre d'entre elles demeurent sur la côte est, surtout pour approvisionner les rivières pour la pêche sportive. En 1898, le gouvernement fédéral lance un programme de recherche scientifique en créant la première de plusieurs stations de recherche biologique et technique sous l'autorité de l'Office de biologie du Canada (plus tard, l'Office des recherches sur les pêcheries).

Immédiatement après la Confédération, les dirigeants maritimes essaient de profiter de nouvelles possibilités du côté des chemins de fer et de l'industrie manufacturière et font peu d'efforts pour promouvoir l'économie maritime fondée sur l'exploitation forestière, la pêche et l'exportation, activités qui s'appuient mutuellement. Alors que les industries connexes régressent, quand la Première Guerre mondiale éclate, la pêche est le seul grand secteur d'emplois. Plus de mille communautés dispersées dépendent de la pêche et ont souvent de la difficulté à mener une vie décente. Dans l'intervalle, l'évolution de plus en plus urbaine, industrielle et continentale de l'économie, entraîne des changements dans l'industrie de la pêche côtière. Des navires en fer, plus fiables, plus sécuritaires et plus grands, commencent à remplacer les navires marchands en bois. Dans les années 1860, à Terre-Neuve, les navires à vapeur remplacent les bateaux à voile dans l’industrie de la chasse au phoque, menant ainsi plusieurs marins au chômage. Les nouvelles techniques de conservation favorisent la création d'une industrie de la sardine dans la baie de Fundy et une expansion énorme de l'industrie du homard, qui donne naissance à des centaines de petites usines. Pendant la Première Guerre mondiale, les chalutiers (navires puissants à moteur traînant un grand filet conique sur le fond de l'océan) sont importants pour la pêche du poisson de fond, qui vit dans les profondeurs de l'océan. Les autorités des pêches fédérales leur permettent de pêcher à au moins 12 milles marins au large.

En Ontario, au XIXe siècle, la pêche dispose de marchés locaux pour le poisson frais et dépend moins de la salaison et de la conservation. La pêche abusive dans les Grands Lacs entraîne une raréfaction des espèces les plus prisées, et celles moins recherchées les remplacent. En outre, l'augmentation de la population modifie l'environnement et provoque la disparition, dans le lac Ontario, du saumon de l'Atlantique. Dans les prairies, la pêche lacustre est d'abord entre les mains de compagnies qui louent de petites embarcations aux pêcheurs, souvent autochtones. Une importante pêche d'hiver se développe, à l'aide de filets qu'on tend sous la glace.

Sur la côte du Pacifique, Autochtones, marchands de fourrures et mineurs se nourrissent de poisson salé et séché. À partir des années 1870, on construit de nombreuses conserveries de saumon. En raison des techniques de conservation et de la distribution du peuplement, l'industrie de la pêche de la Colombie-Britannique est beaucoup plus concentrée que celle de l'Atlantique, car, même dans les endroits isolés, elle doit pouvoir rassembler de nombreux travailleurs d'usines à poissons et de nombreux bateaux afin de profiter des migrations saisonnières du saumon du Pacifique. Les chemins de fer assurent un moyen de transport pour le saumon et, plus tard, le flétan vers de plus grands marchés, alors qu’anciennement on utilisait des goélettes, puis des navires à vapeur.

La Première Guerre mondiale interrompt les livraisons de poissons en Europe, entraînant une énorme période de prospérité pour la pêche au Canada. Dans les années 1920, au fur et à mesure que les prix et les revenus augmentent, les moteurs diesel deviennent courants sur les grands navires. Le gouvernement fédéral abandonne le système national de subvention pour le transport du poisson établi avant la guerre. Il semble que la pêche puisse réussir d’elle-même.

Prospérité et dépression : 1919-1939

Dans les Maritimes, après la Première Guerre mondiale, le poisson de fond salé occupe encore le premier rang de l’industrie, mais le commerce du poisson frais devient plus important qu'auparavant. On pêche la pétoncle, l'espadon, le hareng, le homard et d'autres espèces. La pêche de l'Atlantique souffre très tôt de la Crise des années 30, accélérée par des facteurs technologiques et commerciaux. Tandis que les pêches de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent utilisent les bateaux désuets de la Nouvelle-Écosse, les flottes européennes se servent de chalutiers qui sont beaucoup plus fiables. Dans les années 1920, après avoir perdu une part de son marché aux mains des fournisseurs européens, Terre-Neuve livre une concurrence plus vigoureuse sur les marchés antillais, traditionnellement approvisionnés par les Maritimes, et provoque une chute des prix. Celle-ci force beaucoup de pêcheurs à œuvrer dans d'autres secteurs de l'industrie, pour enfin subir une nouvelle chute des prix par ricochet. Entre-temps, des entreprises américaines développent des procédés de filetage et de congélation rapide qui leur permettent de vendre les filets emballés, frais ou congelés, plutôt qu’entier, à un marché plus vaste.

Les difficultés économiques croissantes suscitent la création d'une commission royale d'enquête, vers 1927, dont les conclusions ont deux effets majeurs. Premièrement, la flotte de chalutiers est réduite à trois ou quatre vaisseaux pendant les années 1930. Cette restriction, doublée du déclin des marchés et des investissements, prolonge le retard technologique existant et freine tout développement pendant plusieurs années. En outre, bien que la flotte de Lunenburg se lance dans la pêche d'hiver pour alimenter le marché de poisson frais, cette restriction freine aussi la croissance des pêches de poisson frais, frais-congelés ainsi que celles à longueur d'année.

Deuxièmement, la commission incite le gouvernement fédéral à favoriser la création de coopératives de pêcheurs (voir Mouvement coopératif), ce qui entraîne la formation de la United Maritimes Fishermen's Co-operative et de la Coopérative des pêcheurs unis du Québec. À Terre-Neuve, un remarquable mouvement de pêcheurs voit le jour avant la Première Guerre mondiale, lorsque William Coaker fait de la Fishermen's Protective Union (FPU) une véritable force industrielle et politique. Ses efforts visant à réformer la commercialisation de la pêche échouent cependant, et la FPU disparaît graduellement pendant les années 1930. Les exportateurs de Terre-Neuve demeurent faibles et vulnérables face à la concurrence.

Pendant la Crise, la pauvreté est courante dans les Maritimes et au Québec, et surtout à Terre-Neuve. La « plus vieille colonie », comme on l'appelle souvent, est confrontée à un effondrement financier au début des années 1930 et perd son autonomie en 1934. Les autorités britanniques désignent une Commission du Gouvernement qui dirige les affaires jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, et prend certaines mesures pour réglementer le commerce d'exportation. L’industrie de la pêche dans les Provinces des Prairies, la surpêche, le trop grand nombre de pêcheurs, le manque d'organisation et une faible commercialisation rendent l’industrie instable et à faible revenu. Les gouvernements mettent à l'essai divers plans d'amélioration en instaurant, par exemple, des quotas par bateau et par lac et en limitant les flottes de pêche, mais sans appliquer ces mesures de façon rigoureuse et efficace.

En Colombie-Britannique après la Première Guerre mondiale, le fait que les anciens combattants recherchent des emplois met fin à l'« accès limité » (restriction des permis) à la pêche au saumon, au moins pour les hommes blancs. Les restrictions demeurent en vigueur pendant un certain temps pour les Autochtones et les Canadiens japonais; à cette époque, les pêcheurs blancs finissent par dominer l'industrie de la pêche. Alors que la pêche au filet maillant est encore forte, la pêche à la senne coulissante et la pêche à la traîne prennent une importance croissante. L'industrie du saumon, qui dispose de plus de 70 usines au début du siècle, commence à se consolider à la fin des années 1920 (comme elle le fait de nouveau dans les années 1950 et à la fin des années 1970). Le Traité du Flétan de 1923 conclu entre le Canada et les États-Unis constitue le premier traité signé par un Canada indépendant. Sous l'égide de ce traité, la Commission internationale du flétan du Pacifique, une initiative d'avant-garde dans la gestion internationale, réglemente et améliore la pêche au flétan dans le Pacifique, en partie grâce aux quotas sur la conservation.

La pêche à la sardine (sardine de Californie), qui se développe à la fin des années 1920, convient bien à la pêche à la senne et la pêche de réduction, qui transforme la chair et les arêtes en engrais ou en farine de poisson. Cette pêche se développe à la fin des années 1920 et connaît un accroissement dans les années 1930, mais cesse dans les années 1940 après l'épuisement de l'espèce. Les pêcheurs de la côte du Pacifique s'organisent mieux que leurs confrères de la côte de l'Atlantique, et leurs entreprises exercent une influence profonde et de longue durée. Prince Rupert Fishermen's Co-operative Association, fondée dans les années 1930 devient l'une des coopératives connaissant le plus de succès au monde. Elle domine l’industrie de la pêche du nord de la Colombie-Britannique pendant plusieurs décennies.

Entre les deux guerres, bien que les autorités fédérales appliquent une réglementation continue et poussée relative à la conservation, elles démontrent peu de vigueur et font preuve de peu d'innovation. En 1922, le gouvernement fédéral permet au Québec de gérer la pêche à engin fixe sur son territoire ou le secteur de l’industrie utilisant de l’équipement stationnaire tel que des trappes en filet et des filières ancrées au fond de l’océan. En 1928, à la suite d'une décision judiciaire, le fédéral cède le contrôle des usines de transformation aux provinces et, en 1930, permet aux Provinces des Prairies de gérer leurs propres industries et sépare le ministère des Pêcheries de celui de la Marine.

Plus tard au cours de la décennie, il crée l'Office canadien du poisson de conserve, chargé de réglementer et de subventionner les exportateurs, un changement dépassé par les événements de la Seconde Guerre mondiale. La Guerre augmente les prix et les revenus, et l'Office disparaît dans le système général de contrôles. Le ministère des Pêcheries lève l'interdiction sur la pêche à la senne coulissante dans les années 1930, et commence à enlever les restrictions sur les chalutiers, puisque la guerre entraîne une nouvelle priorité sur la productivité et le développement.

L'âge du développement : 1945-1968

Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, les flottes de pêche adoptent de nouvelles technologies : radio, radar, sonar, filets en nylon et des engins de pêche hydrauliques. Des navires de plus en plus puissants peuvent repérer et attraper plus de poissons et les transporter sur de plus longues distances. Les gouvernements encouragent les technologies et autres développements. Le gouvernement fédéral distribue des subventions pour soutenir la construction de nombreux nouveaux bateaux. Il met également sur pied l'Office des prix des produits de la pêche (1947) et, dans les années 1950, étend le programme d'assurance-chômage aux pêcheurs indépendants et celui de prêts et d'assurance des bateaux pour les pêcheurs.

Les gouvernements encouragent l’exploitation de nouvelles espèces commerciales, incluant le sébaste, la plie, le poisson plat, le crabe, la crevette et la pêche hauturière du pétoncle. Les bureaux de prêt provinciaux de l'Atlantique offrent des taux d'intérêt avantageux aux pêcheurs, ce qui leur permet de moderniser leurs flottes et contribue au développement des usines de transformation. À Terre-Neuve, dans les années 1950 et 1960, le premier ministre Joey Smallwood promeut la réinstallation des petites communautés en « centres d'élevage » tels que Trepassey.

Le développement des pêcheries s'accélère au fur et à mesure que la prospérité augmente grâce à l'avènement de la réfrigération dans les résidences, les magasins, et à mesure que le transport et l’entreposage permettent d’augmenter la demande de poisson congelé et de modifier de façon fondamentale l'industrie du poisson de fond. Quelques compagnies à intégration verticale (pêche, traitement et mise en marché) exploitent de grandes usines de transformation et de congélation dont chacune peut employer des centaines de personnes à des postes stables, souvent toute l'année. Ces compagnies plus grandes s'équipent d'une flotte d'environ 150 chalutiers, qui parviennent à capturer presque autant de poisson de fond que les milliers d'embarcations plus petites, et dominent la production et la mise en marché. Les principales entreprises, environ une demi-douzaine au fil du temps, exploitent de grandes usines pour le poisson de fond dans plus de 20 ports tels que Lunenberg, Canso, Grand Bank et Marystown, et s’agrandissent pour inclure la pêche au homard, au pétoncle et au hareng.

Cependant, la poussée du développement engendre des crises causées par la surpêche et la surproductivité. La surproductivité est un terme utilisé lorsque la capacité d’un pêcheur à prendre du poisson, en utilisant n’importe quelle technologie disponible, entraîne une prise qui excède l’idéal du point de vue de la conservation. Pendant les années 1960, les gouvernements fédéral et provinciaux encouragent davantage la pêche à la senne dans l'Atlantique, en dépit de la surpêche des bancs de harengs sur la côte du Pacifique, où cette pêche est interdite de 1967 à 1972. Non seulement les grands chalutiers, mais les navires de tous les secteurs multiplient leur capacité de pêche. La surexploitation dans certains secteurs, alors que les pêcheurs font la course pour attraper le poisson avant leurs concurrents, commence à épuiser les stocks et à amplifier les problèmes chroniques de l'industrie reliés aux revenus faibles et à l'instabilité. Peu de voix se font entendre au gouvernement pour mettre en garde contre les conséquences de la surpêche jusqu'à la fin des années 1960. L'Organisation des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest (OPANO) effectue de modestes tentatives pour gérer la pêche internationale qui capture surtout du poisson de fond. L'OPANO recueille des données détaillées sur l'abondance et l'emplacement du poisson et établit des contrôles modérés tels que des restrictions sur la taille de la maille du filet. Toutefois, son objectif est le rendement équilibré maximal (c’est-à-dire récolter autant de poisson que possible sans nuire à la capacité de reproduction de l’espèce), mais elle n'a pas les pouvoirs de le faire appliquer, ni la volonté politique de prendre des mesures de conservation efficaces.

En Colombie-Britannique, toutefois, les autorités fédérales de la pêche forment un remarquable corps de gestionnaires de la pêche au saumon après la guerre, qui réussit à en maintenir les stocks relativement stables, en dépit des pressions croissantes des flottes de pêche et de l'empiétement de la société urbaine et industrielle sur les habitats de poissons. Le ministère mène l'opinion publique dans une lutte qui cache le danger potentiel posé par les barrages hydroélectriques aux stocks de saumons. Les associations de pêcheurs de la Colombie-Britannique, comme la United Fishermen and Allied Workers Union (UFAWU), et les associations d'apprêteurs influencent plus activement la gestion de la pêche. À la fin des années 1960, l'UFAWU essaie d'imposer les contrôles de permis pour améliorer les perspectives de conservation et de revenus. Les apprêteurs de la Colombie-Britannique possèdent de moins en moins de navires de pêche. La flotte y devient plus indépendante, et l'industrie de conservation du saumon fusionne de plus en plus. Encore centrée sur le saumon, le hareng et le flétan, la pêche de la Colombie-Britannique a moins de ressources et une flotte beaucoup plus petite que celle de l'Atlantique. Mais ses pêcheurs ont tendance à être mieux instruits et gagnent plus d'argent. Sur les deux côtes et à l'intérieur du pays, de nombreux pêcheurs à temps partiel supplémentent leurs revenus par un autre travail.

Début de la gestion globale : de 1968 à 1984

Au cours de cette période, les principales pêches sur les deux côtes traversent des phases d'expansion et de crises, découlant généralement de l'expansion excessive d'une industrie où les ressources et les marchés fluctuent. Notons parmi les mesures clés, les limites sur le nombre et la taille des navires, plus particulièrement dans l'Atlantique, l'utilisation de quotas et de zones de pêche, l'incitation à former des associations de pêcheurs et l’établissement de nombreux comités consultatifs entre l'industrie et le gouvernement. En 1979, le gouvernement crée Pêches et des Océans (MPO), ministère autonome responsable de la gestion des pêches et de la recherche, de l'océanographie, de l'hydrographie et des ports pour petits bateaux.

On reconnaît de plus en plus que la pêche ouverte a tendance à attirer plus de pêcheurs et de capacité qu'elle ne peut en accueillir. Afin de conserver l’approvisionnement et de garantir les revenus, la limitation des permis commence en 1967-1968 et englobe toutes les espèces à la fin de 1970. Les citoyens doivent détenir un permis et ceux-ci sont limités, quoiqu’un seul pêcheur puisse détenir plusieurs permis pour plusieurs espèces. Bien que les permis demeurent un privilège et la propriété du gouvernement, les pêcheurs peuvent en effet acheter des permis et les vendre et il n'y a aucun contrôle direct sur le nombre total de pêcheurs. La politique régissant l'émission de permis limite la propriété étrangère et, en Atlantique, protège les pêcheurs indépendants par la règle du propriétaire-exploitant et interdit aux entreprises de contrôler les permis (règle de flotte distincte).

En Atlantique, le ministère fédéral des Pêches fait de plus en plus usage de quotas de conservation et de zones de pêche pour limiter et diviser les prises. Les associations de pêcheurs y gagnent en force et celles de Terre-Neuve sont en tête. Pêcheurs et apprêteurs siègent maintenant aux comités consultatifs du gouvernement pour chaque pêche principale et aident à répartir les quotas entre les secteurs de la flottille.

Pendant que des modifications réglementaires s'imposent, les difficultés continuent. Le commerce du poisson salé, alors en baisse et sujet à maints problèmes, se stabilise à Terre-Neuve et sur la Côte-Nord du Québec après qu'une corporation fédérale de la couronne, l'Office canadien du poisson salé, ait repris la direction du marketing. Au milieu des années 1970, la pêche étrangère devient un problème national. Le Canada étend ses limites de pêche à 200 milles nautiques de la côte (environ 370 km), le 1er janvier 1977. Et le 31 janvier 1997, la région devient une zone économique exclusive (voir Droit de la mer). Le Canada influence les dispositions sur la pêche de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer, qui reçoit une approbation internationale en 1982 et entre en vigueur en 1994.

Comme la majorité des bateaux étrangers quittent la zone atlantique, le ministère fédéral des Pêches et des Océans s'emploie à appliquer davantage la loi et la recherche dans la nouvelle zone est doublée. Les quotas stricts permettent aux stocks de poisson de fond de se rétablir. Les scientifiques prédisent une forte croissance du stock de morue du Nord sur la côte est de Terre-Neuve et du Labrador. On pense que le maintien d'une flotte stable et l'augmentation des populations de poisson pourraient bénéficier à tout le monde. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, on constate une croissance et une prospérité relative dans les pêches de l'Atlantique. Le ministère des Pêches et des Océans appelle à la prudence, alors qu'il procède à des compressions dans son travail de développement industriel pour les secteurs de la pêche et de la transformation. Cependant, les gouvernements des provinces de l'Atlantique, et à l'occasion aussi le gouvernement fédéral, encouragent une expansion.

La capacité de pêche continue d’augmenter. Même si l’entrée limitée contrôle le nombre et la taille des navires, les règlements autorisent souvent les propriétaires de navires à regrouper des permis pour avoir une embarcation plus grande, souvent subventionnée. Les navires plus larges deviennent plus courants et sont munis d'appareils électroniques modernes offrant une plus grande capacité pour détecter le poisson. Malgré l'augmentation des prises, les composantes des coûts et de la conjoncture du marché au début des années 1980 poussent les quatre plus gros apprêteurs de poisson de fond, qui contrôlent la flotte de chalutiers au large des côtes et influencent bien d'autres pêches, au bord de la faillite. En dépit des efforts déployés pour fermer ou consolider certaines grandes usines, les communautés réussissent à combattre les fermetures, et presque toutes les usines demeurent en activité pour le moment.

Dans l'ensemble, les débarquements (c’est-à-dire la portion de la prise rapportée à terre) chutent dans l'Atlantique, surtout en raison de la raréfaction du hareng après la période de prospérité des années 1960, mais la valeur augmente bien au-delà du taux d'inflation. Les débarquements de poisson de fond augmentent de manière significative après la mise en place de la limite des 200 milles nautiques et continuent de s’améliorer. Alors que la crise du poisson de fond semble résolue et sans problème important ailleurs, le gouvernement et l'industrie croient encore avoir le vent dans les voiles.

À l'intérieur du continent, les pêches dans les provinces des Prairies, plus sujette aux problèmes que celle des Grands Lacs, se stabilise en 1969, lorsque le gouvernement fédéral met sur pied l'Office de commercialisation du poisson d'eau douce, une société d’État qui a pour mandat d’assurer les revenus des pêcheurs des Prairies et du nord-ouest de l'Ontario. Sur la côte Pacifique, la limitation des permis de pêche au saumon commence en 1968 et s'étend à d'autres pêches. La prospérité crée un déplacement vers des bateaux plus coûteux et plus puissants, rendu possible par les règlements concernant les permis, et le gigantesque Programme de mise en valeur des salmonidés, lancé par les gouvernements fédéral et provinciaux en 1977, promettant de doubler l’abondance du saumon.

Au début des années 1980, peu de changements surviennent et le sort de l'industrie s'améliore. Malgré les fréquents conflits entre divers groupes de pêcheurs et la rivalité croissante entre pêcheurs autochtones et pêcheurs sportifs, les pêches commerciales dans le Pacifique vont plutôt bien aux environs de 1984.

À la recherche de stabilité : de 1984 à aujourd'hui

Dès la moitié des années 1980, le Canada est le plus grand exportateur de poissons au monde. Les prises et les prix enregistrent des records sans précédent. Dans l'Atlantique, les scientifiques prévoient une abondance de morue et d'autres poissons de fond, tout en craignant des baisses possibles de homard. Dans l'ensemble, l'industrie de l'Atlantique semble jouir d'une ère de prospérité et de stabilité financièrement indépendante. Le Pacifique se dirige lui aussi vers un record pour les prises de saumon.

Quotas

Dans les années 1980, le gouvernement fédéral élimine progressivement divers programmes de développement et d'aide. D'abord dans de nombreuses pêcheries de l'Atlantique, et plus tard du Pacifique, le gouvernement et l'industrie effectuent un virage vers une nouvelle forme de gestion de quotas, qui semble promettre la stabilité et l'efficacité. À partir des années 1950, les experts en ressources halieutiques ne cessent de déplorer que l'industrie soit considérée comme un « bien commun » avec sa tendance à l'expansion excessive et à la pénurie. La limitation des permis ne diminue en rien la capacité d’un navire à pêcher de façon efficace, mais semble plutôt en augmenter l’efficacité. À partir de la fin des années 1970, au terme d'une expérience pilote de pêche à la senne coulissante dans la baie de Fundy, l'idée de quotas individuels prend de l’ampleur. Les quotas individuels offrent la possibilité de mettre fin à la « course au poisson » destructrice; au lieu de bâtir des bateaux plus grands et plus chers pour obtenir la meilleure part d'un quota global, les pêcheurs peuvent ajuster leur pêche selon leurs propres besoins et selon les exigences du marché. On s'attend à ce qu’un sens plus important de propriété, par ces droits de quasi-propriété, incite les pêcheurs à mieux conserver les stocks. Peu après, les quotas individuels transférables (QIT) sont établis, et peuvent être achetés et vendus, laissant un plus petit nombre d'entreprises regrouper les quotas en vertu des directives visant à prévenir une concentration excessive.

Les droits de quasi-propriété, surtout les quotas individuels transférables, occasionnent un conflit constant, pire dans la région de l'Atlantique. Les promoteurs soutiennent que si des participants moins nombreux pouvaient graduellement racheter tous les privilèges de pêche, l'industrie deviendrait plus stable et plus rentable. Certains critiquent également la pêche dans de petites embarcations. Ils disent qu'il s'agit d'une activité sociale saisonnière, moins efficace et dépendante de l'assurance-emploi, et insistent pour supprimer la règle du propriétaire-exploitant et les flottes distinctes qui limitent les opérations des entreprises. Les opposants affirment que les quotas individuels, y compris ceux qui sont transférables, équivalent à une privatisation de la pêche au profit des plus riches. Les opposants craignent aussi que les grandes compagnies amassent les permis et les quotas et que des communautés entières se retrouvent à la merci des décisions de sociétés privées, menant à la subversion de la politique des années 1970, qui vise à assurer que les petits navires demeurent aux mains des pêcheurs indépendants et, enfin, que cela entraîne une perte économique nette au profit d'un petit nombre. D’après les pêcheurs indépendants et plus petits, les usines et les navires plus modestes pourraient être aussi efficaces que ceux des grandes compagnies sujettes aux crises; de plus, ils pourraient répartir l'argent entre un plus grand nombre de personnes et de communautés, transmettant ainsi une valeur sociale. Les opposants défendent les petits navires qui pêchent diverses espèces tout au long de la saison, contre les embarcations plus grandes et spécialisées, préférées souvent par les défenseurs des quotas individuels transférables.

Au fil du temps, de nombreux pêcheurs indépendants s'en prennent aussi aux quotas individuels, y compris ceux qui sont transférables, pour les problèmes liés à la conservation, particulièrement dans la flotte de chalutiers de l'Atlantique qui exerce ses activités en vertu d'« allocations versées aux entreprises ». Ils affirment que le ministère des Pêches et Océans ne peut pas appliquer autant de quotas différents et que les détenteurs de quotas individuels ou de quotas individuels transférables ont tendance à les dépasser, à déverser le poisson et à faire de fausses déclarations, afin d'éliminer le poisson de valeur inférieure de leur quota. Pour y répondre, le gouvernement fédéral pousse plusieurs détenteurs de licence de diverses espèces à installer, à leurs frais, des systèmes de vérification à quai pour l'inspection des prises.

Bien qu'ils causent encore de profonds désaccords, les quotas transférables ou autres « droits de quasi-propriété » semblent destinés à rester, voire à s'étendre. Sur l'Atlantique, ils prévalent dans la pêche au poisson de fond de haute mer, au crabe du Golfe et au hareng, et dans la pêche semi-hauturière de certains poissons de fond et du homard, des palourdes et de la crevette nordique. Sur le Pacifique, les QIT ou les plans connexes s'étendent au hareng, au flétan et à d'autres industries, alors que certains les proposent pour le saumon. Les régimes des quotas transférables se sont attiré des critiques non seulement pour avoir causé du tort aux populations de poisson et avoir bénéficié seulement à des grandes compagnies, mais également pour avoir augmenté la valeur en capital des permis et des quotas au-delà de la portée des pêcheurs indépendants. Mais dans certains cas, ces régimes semblent avoir eu des avantages indéniables pour la conservation et aux revenus. Ils donnent souvent voix à l'industrie pour la gestion des stocks, bien que les bénéficiaires soient souvent des compagnies propriétaires de bateaux plutôt que des pêcheurs indépendants. De telles mesures ont tendance à mieux fonctionner là où les exploitants sont peu nombreux et ont beaucoup en commun. Pour l'ensemble du Canada, les permis à quota individuel comptent pour plus de la moitié de la valeur au débarquement à la fin des années 1990.

Moratoire sur la pêche de la morue

Les débarquements en Atlantique atteignent un record de plus de 1,4 million de tonnes en 1988, et le poisson de fond est nettement en tête. La valeur totale du débarquement est évaluée à plus d'un milliard de dollars. À Terre-Neuve, cependant, les pêcheurs côtiers se plaignent que la morue du Nord se raréfie. Vers 1989, les scientifiques fédéraux exigent une réduction draconienne des prises de morue du Nord. Les ministres du cabinet fédéral à cette époque gardent les quotas plus élevés que recommandé. Mais en 1992, 15 ans après l'introduction de la zone de 200 milles nautiques, le ministre des Pêches et Océans John Crosbie impose un moratoire sur la pêche à la morue du Nord, maintenant décimée. Cette mesure est bientôt suivie de l'interdiction de pêcher les autres principaux stocks de morue, d'aiglefin et d'autres poissons de fond. Le total des prises de poissons de fond chute de 734 000 tonnes en 1988, à 96 000 tonnes en 1995, et la valeur totale passe de 373 millions de dollars à 102 millions de dollars. Dans les provinces maritimes et au Québec, quelque 40 000 personnes perdent leur emploi, des employés d'usines pour la plupart. Selon Richard Cashin, président de la Fishermen Food and Allied Workers Union, basée à Terre-Neuve, il s'agit d'une « famine à l'échelle biblique — une grande destruction ». Dans les années 1990, bien que l'accès à certains stocks de poissons de fond à des niveaux inférieurs soit rouvert, la pêche continue d'être en difficulté.

Les changements environnementaux, la pêche par des navires étrangers en bordure de la zone de 200 milles (zone réservée aux pêcheurs canadiens) et la prédation croissante par des troupeaux de phoques du Groenland sont autant d'éléments qui ont pu influer sur les stocks de poissons de fond, mais personne n'a encore pu les évaluer de façon définitive. Plusieurs observateurs blâment la surpêche canadienne et le système de gestion qui, bien qu'adéquat sur papier, révèle a posteriori de graves lacunes, non seulement pour le poisson de fond. Dans la jeune et difficile science de la dynamique des populations, les scientifiques semblent avoir autant surestimé les stocks de poissons que leur propre expertise. Au début des années 1980, ils prédisaient de sérieux problèmes pour le homard de l'Atlantique et d'énormes augmentations des poissons de fond. Dix ans plus tard, les prises de homard ont plus que doublé et celles du poisson de fond se sont effondrées. La capacité de pêche continue à augmenter, particulièrement pour le poisson à nageoires. Malgré les limites imposées sur la longueur et le nombre de bateaux, les pêcheurs possèdent des embarcations plus larges, plus profondes, meilleures, dotées d'un système électronique amélioré. La multiplication des centaines de quotas individuels et collectifs rend l'application des règlements de plus en plus complexe. Les pêcheurs cherchent à se soustraire aux quotas en faisant de fausses déclarations de leurs prises, ce qui résulte en l’affaiblissement des évaluations scientifiques des stocks. Les gouvernements provinciaux font peu d'efforts pour contrôler la croissance rapide des usines de transformation et même, pour la plupart, l'encouragent.

« L'accès limité » ne touche que le nombre de permis de pêche. Le nombre de pêcheurs inscrits passe de quelque 35 000 au milieu des années 1970 à 60 000 dans les années 1990. Bon nombre sont employés de pêcheurs qui profitent de la pêche pour avoir droit aux prestations d'assurance-emploi. La surabondance des bateaux, le surinvestissement et la dépendance excessive continuent de limiter les revenus moyens. Le manque de communication et de mise en commun de l'information entraîne frictions et divisions. Les pêcheurs de la côte s'opposent aux pêcheurs hauturiers, les petits s'opposent aux grands et les utilisateurs de différents types d'engins s'opposent les uns aux autres. Bon nombre de pêcheurs ne font pas confiance aux scientifiques et à la gestion du ministère des Pêches et Océans, et refusent de coopérer pour remplir les rapports concernant les prises et d'autres sujets. Ils se sentent souvent désarmés, perçoivent le gouvernement comme un ennemi et résistent aux tentatives de réglementation et de coordination. Le gouvernement a rarement tenté de façon systématique à recueillir l’information des pêcheurs.

Les deux plus grandes entreprises de poisson de fond, « restructurées », National Sea Products Limited (La Compagnie nationale des produits de la mer ltée) et Fishery Products International Limited, survivent aux moratoires des années 1990, mais se départissent de la plupart de leurs chalutiers et de nombreuses usines. Elles dépendent davantage des navires appartenant aux pêcheurs indépendants, des autres espèces et produits, et du poisson importé pour la transformation et la vente. En 1999, la Compagnie nationale des produits de la mer devient Les Aliments High Liner Inc. Beaucoup de petites usines de poisson de fond ferment leurs portes, particulièrement à Terre-Neuve.

Regard vers l'avenir

En 1993, Pêches et Océans met sur pied le Conseil pour la conservation des ressources halieutiques (CCRH), réunissant scientifiques, universitaires et représentants du gouvernement et de l'industrie. Le CCRH fait des recommandations sur les quotas de poisson de fond, souvent appuyé par les responsables du gouvernement. La pêche étrangère, bien qu'elle soit fortement restreinte à l'intérieur de la zone de 200 milles, s'attire une partie du blâme pour l'épuisement des stocks aux abords de la zone. En 1995, sous la direction du ministre Brian Tobin, le Canada appréhende le chalutier espagnol Estai en dehors de la zone de 200 milles, ce qui précipite un différend international, mais incite également les flottes européennes à modifier leur comportement. À la même époque, le Canada concentre ses efforts sur l'Accord des Nations Unies sur le droit de la mer qui entre en vigueur en 2001, pour améliorer le contrôle de la pêche à l'extérieur des zones nationales. En vertu de « La Stratégie du poisson de fond de l'Atlantique » et d'autres programmes connexes, le gouvernement fédéral fournit une aide de plus de 4 milliards de dollars pour réduire la dépendance économique par rapport aux pêches.

Les programmes de réduction des permis, d'autres changements apportés dans l'octroi de permis et les malheurs de l'industrie réduisent davantage la pêche. Bien que la capacité de pêche dans l'Atlantique demeure élevée, le nombre de bateaux et le nombre de pêcheurs inscrits ont chuté d'environ un tiers en 2000.

Pendant que l'industrie du poisson de fond s'effondre, la pêche d'espèces en eaux libres ainsi que la pêche du homard, du crabe et de la crevette ne posent aucun problème au cours de la même période. Les mollusques et crustacés deviennent la pêche dominante devant le poisson de fond et, bien que ce type de pêche engendre moins d'emplois dans le domaine de la transformation, la période prospère des mollusques et crustacés entraîne une augmentation qui fracasse tous les records de la valeur au débarquement dans l'Atlantique, allant de 954 millions de dollars en 1990 à 1,8 milliard de dollars en 2002. Dans la foulée de l'effondrement du poisson de fond, Pêches et Océans est confronté à des compressions budgétaires au milieu des années 1990. Lors d'une restructuration gouvernementale, le ministère fusionne avec la Garde côtière canadienne et les responsabilités inhérentes à l'inspection du poisson passent aux mains de l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Pêches et Océans recommence à faire valoir son mandat de base qui consiste en la conservation, de même qu'en la viabilité autonome de l'industrie. Certains groupes de l’industrie, provenant généralement de pêcheries plus homogènes et mieux nanties, commencent à fournir des fonds pour la recherche et l'application et la mise en œuvre de certains aspects de la gestion. Surtout à Terre-Neuve et au Québec, les gouvernements fédéral et provinciaux, ainsi que l'industrie, s'orientent vers des normes professionnelles plus élevées et la formation des pêcheurs. Les règles régissant l'octroi des permis semblent avoir une meilleure stabilité, même si les coûts élevés des permis, des bateaux et des quotas découragent parfois de nouveaux pêcheurs indépendants à intégrer le marché et favorisent un contrôle accru des entreprises. Bien que cette industrie ne soit jamais calme, la pêche de l'Atlantique à la fin du siècle semble moins turbulente qu'au cours du passé récent.

Les Autochtones, qui ont bien établi la pêche à l'époque préeuropéenne, jouent un rôle restreint dans les pêches commerciales de l'Atlantique. En 1992, la décision Sparrow de la Cour suprême du Canada ouvre la voie à une plus grande participation autochtone en ce qui a trait à la pêche vivrière, sociale et cérémoniale. Pêches et Océans met en place une Stratégie des pêches autochtones nationales, pour favoriser leur participation dans la recherche, la gestion et la pêche commerciale. En 1999, la décision Marshall, prononcée par la Cour suprême, reconnaît les droits conférés par traité dans la pêche commerciale pour 34 bandes sur l'Atlantique. Le ministère négocie des ententes avec la plupart de ces bandes en fournissant l’accès aux bateaux, aux permis et aux quotas. Des millions de dollars sont versés aux pêcheurs commerciaux qui abandonnent volontairement leurs permis pour les donner aux Autochtones.

Les pêcheurs de la Colombie-Britannique sont traditionnellement plus scolarisés, mieux organisés et plus urbanisés. Les débarquements de saumon et les valeurs totales des pêches sont élevés à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Tout de même, les pêcheurs de la Colombie-Britannique ont l’impression qu'ils perdent de l'influence au profit de la pêche sportive et autochtone, qui elle, est petite, mais en croissance, et qu'ils se font dérober par le manque de conformité des États-Unis au Traité sur le saumon du Pacifique de 1985. Ce dernier problème est résolu dans le cadre d'une nouvelle entente en 1999. Entre-temps, les débarquements de saumon diminuent de façon spectaculaire au milieu des années 1990. Un demi-siècle plus tôt, les règlements permettaient à la majorité des bateaux de pêcher presque chaque jour au cours de la saison. Cependant, dès 1997, un grand nombre de navires de pêche demeurent amarrés pendant 10 ou 11 mois en raison des contrôles provoqués par les grandes flottilles et des stocks faibles, alors que le saumon quinnat et le saumon coho affichent des signes de déclin sérieux. Viennent s'ajouter à la pression de la pêche et à la perte d'habitats, les changements océaniques, facteurs clé, influençant la survie des espèces.

Les autres espèces pêchées en Colombie-Britannique, comme le hareng, le flétan et d'autres poissons de fond, notamment la morue charbonnière et les mollusques et crustacés, se maintiennent sans trop de difficultés. Beaucoup gagnent en valeur, aidées dans certains cas par les quotas individuels transférables. Mais la pêche au saumon est désastreuse, tant sur le plan de la ressource que du marché. Les prix chutent puisque l'aquaculture fournit davantage de produits au marché mondial. Bien qu'elle soit encore petite comparativement à celle d'autres grands pays, l'aquaculture canadienne croît rapidement. Vers 2002, la valeur de la production atteint 639 millions de dollars, surtout pour l’élevage du saumon atlantique, que même les pisciculteurs du Pacifique ont adoptés. La Colombie-Britannique fournit plus de la moitié de la valeur de l'aquaculture au Canada.

La pêche au saumon sauvage en Colombie-Britannique, les politiques strictes en matière de conservation à la fin des années 1990, notamment les restrictions de pêche et les modifications apportées aux engins de pêche, aident à réduire la pression sur le saumon quinnat, le saumon coho et le saumon en général. À partir de 1996, les programmes fédéraux et les conditions de l'industrie réduisent la pêche en Colombie-Britannique. Le nombre de pêcheurs ayant un permis et des embarcations chute. Bien que les principales entreprises demeurent, certains prennent une plus grande part en tant que propriétaires de la flotte pour la pêche du saumon, le nombre de grandes usines industrielles de conservation de saumon chute à une poignée. Les secteurs de transformation et de mise en marché deviennent moins industriels et plus entrepreneuriaux.

À la fin du siècle, malgré les décourageantes perspectives à court terme pout le saumon et le hareng, et malgré l’incertitude dans les communautés côtières, l'industrie résiliente des pêches de la Colombie-Britannique espère toujours garder son dynamisme. Les espèces d'eau douce semblent aussi avoir atteint une sorte de stabilité, puisque plusieurs pêcheurs utilisant les quotas individuels, notamment transférables, et que l'Office de commercialisation du poisson d'eau douce joue toujours un rôle important dans les Prairies.

Au début du XXIe siècle, la coopération et la cogestion semblent augmenter, et les revenus sont raisonnables dans de nombreux secteurs. Même si la technologie moderne facilite la prise du poisson, d'autres facteurs pèsent plus lourd dans le sort des pêcheurs, surtout leurs compétences en affaires, représentation et acquisition de permis. Sur les deux côtes, la pêche, malgré son histoire complexe, litigieuse et parsemée de crises, conserve un certain élan. Même en période de crise, de nombreux pêcheurs n'ont ni les moyens ni le désir d'abandonner un métier qui a façonné leurs familles, leurs communautés et leur culture. En dépit de tous les problèmes, ils sont nombreux à y trouver encore une grande satisfaction. Travaillant seul sur l'eau, le pêcheur connaît des sentiments et des défis en grande partie inconnus de la majorité d'entre nous.