Wajdi Mouawad

 Wajdi Mouawad, acteur, metteur en scène, traducteur et dramaturge (né à Deir el-Qamar, au Liban, le 16 octobre 1968). Wajdi Mouawad est un phénomène rare au théâtre en raison de ses talents multiples et de sa capacité d'atteindre différentes générations ainsi que différentes cultures. Il écrit en français, mais ses pièces, qui transcendent les spécificités du langage, stimulent l'esprit et touchent le cœur. C'est un dramaturge et un metteur en scène multiculturel dont l'œuvre dramatique est reconnue pour son influence morale.

En 1977, la famille de Wadji Mouawad laisse derrière elle la guerre civile au Liban et se rend en France, avant de finalement 'immigrer au Canada en 1983. Mouawad s'inscrit à la section française de l'École nationale de théâtre et obtient son diplôme en 1991. Il cofonde, en 1990, avec Isabelle Leblanc, le Théâtre du Ô Parleur. Ensemble, ils mettent en scène une production de Macbeth, « production marchée dans le Vieux-Montréal. ». Il joue dans Caligula, d'Albert Camus, ainsi que dans sa propre pièce, Alphonse, mise en nomination pour un Prix du Gouverneur général. Cette pièce, retrace l'histoire d'un jeune garçon qui disparaît dans la campagne, où il s'invente des aventures mettant en vedette un personnage imaginaire pendant que, terrassés par l'inquiétude, sa famille, ses amis et la police partent à sa recherche.

Wajdi Mouawad remporte le Grand Prix de la Critique de l'Association québécoise des critiques de théâtre pour Willy Protagoras, sa première pièce, qui relate l'histoire d'un adolescent qui s'enferme dans les toilettes pour échapper aux folles tensions du monde adulte. Avec un humour virtuellement rabelaisien, la pièce représente une métaphore de la révolte civile de la guérilla. L'un des principaux objectifs du Théâtre Ô Parleur est de faire la promotion de la valeur du langage et, lorsque cette aventure prend fin en 1994, la réputation de Wajdi Mouawad comme dramaturge, metteur en scène et producteur s'établit rapidement.

En 1999, son adaptation de Don Quichotte est nominée pour un Masque de l'Académie québécoise du théâtre. Sa pièce Journée de noces chez les Cromagnons, une histoire bouleversante de lutte pour la survie au milieu d'un carnage dans la ville de Beyrouth dévastée par la guerre, a reçu des critiques mixtes. En 2000, Reitman se mérite le PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL pour Littoral, la première partie d'un projet de tétralogie qui se poursuit avec Incendies et Forêts. Littoral relate l'histoire d'un jeune homme vivant à Montréal qui décide d'enterrer son père dans une terre étrangère déchirée par la guerre et parsemée de cadavres. Cette pièce illustre clairement la préoccupation de l'auteur à l'égard de l'histoire contemporaine.

Incendies relate l'histoire d'une sœur et d'un frère jumeaux de Montréal dont la mère décédée exprime dans son testament la volonté qu'ils retournent dans son Moyen-Orient natal afin de retrouver leur père disparu qu'ils n'ont jamais rencontré, ainsi qu'un frère dont ils ignoraient l'existence. Il s'agit d'une histoire qui traite des origines - de leur mystère et de leur souffrance -, mais également de l'enfance, de l'histoire familiale, de la guerre civile, de la justice, de la solitude et de la guérison des traumatismes par le bris du silence. Intellectuellement stimulante, politiquement pertinente et passionnément poétique, la pièce décrit un monde qui possède un appétit vulpin et vorace pour la destruction des êtres vulnérables.

Forêts renchérit sur le modèle commun de la recherche des ancêtres. D'une durée de quatre heures, cette pièce présente 17 personnages tout en réussissant à demeurer une pièce intime qui possède certaines des caractéristiques de l'épopée. Le personnage central, Loup, adolescente rebelle, collabore avec un paléontologue pour faire un voyage dans l'histoire de ses ancêtres féminines. D'abord un drame familial, la pièce devient un voyage dans les ténèbres, englobant les lieux et les périodes de la guerre franco-prusse jusqu'aux deux guerres mondiales du XXe siècle.

Fortes en structure narrative et en intensité poétique, les pièces de Wajdi Mouawad sont traduites en plusieurs langues et sont jouées sur de nombreuses scènes nationales et internationales allant du Festival de Théâtre des Amériques, à Montréal, à Limoges et au Festival d'Avignon, en France, au CENTRE NATIONAL DES ARTS à Ottawa et dans des théâtres de Québec, Toronto et Vancouver. Ces pièces sont également plus émouvantes en matière de sensations viscérales, peut-être en raison de leurs intenses situations dramatiques qui traitent de conséquences humaines universellement inévitables.

En plus de son talent d'acteur, Wajdi Mouawad réussit bien comme metteur en scène, traducteur et acteur. En tant que metteur en scène, il présente des classiques de Shakespeare, Sophocle, Euripide, Pirandello, Wedekind et Tchékhov ainsi que des pièces contemporaines de dramaturges tels que Jason SHERMAN et Ahmed Ghazali. Il publie un roman, Visage retrouvé (2002), puis un livre d'entrevues avec le metteur en scène québécois André BRASSARD (Je suis le méchant. 2004). En 2004, il assure la réalisation de l'adaptation cinématographique de sonLittoral.

De 2000 à 2004, Wajdi Mouawad est le directeur artistique de l'important théâtre alternatif, le Théâtre de Quat'Sous, à Montréal. En 2005, il fonde deux compagnies qui se consacrent à de nouvelles pièces, Abé carré cé carré, à Montréal (en collaboration avec Emmanuel Schwartz) et Au Carré de l'hypoténuse, à Paris.

En 2002, il devient Chevalier de l'Ordre national des Arts et des Lettres en France; en 2004, il reçoit le Prix de la Francophonie. En 2005, il refuse le prestigieux Prix Molière, en France, pour protester contre l'indifférence des metteurs en scène français envers les dramaturges contemporains. La même année, il est finaliste pour le plus important prix du théâtre canadien, le Prix Siminovitch accordé aux dramaturges. Il est honoré comme « Artiste de la paix de l'année 2006 » par l'organisme québécois Les Artistes pour la paix et, en 2008, il est sélectionné par les organisateurs du prestigieux festival d'Avignon comme « Artiste associé » de l'édition 2009.

En 2008, Wajdi Mouawad devient directeur artistique de la section française du Centre national des Arts.