Historique du travail domestique au Canada

C'est au cours du XIXᵉ siècle que le travail domestique au Canada devient un métier principalement féminin. Alors que dans les années 1820 près du tiers des domestiques sont des hommes, à la fin du XIXᵉ siècle ils sont à plus de 90 % des femmes. Le travail domestique est le travail rémunéré le plus répandu chez les femmes canadiennes avant 1900. En 1891, elles sont près de 80 000 à exercer ce type de travail.

Au XXᵉ siècle, avec l'accroissement de la main-d'oeuvre féminine dans les manufactures, les bureaux et les commerces, la proportion de femmes travaillant comme domestiques décroît, passant de 41 % en 1891 à 18 % en 1921. La baisse la plus remarquable a lieu après la Deuxième guerre mondiale. Elle coïncide avec un accroissement du nombre d'employés de maison non résidants et du travail à mi-temps. La plupart des domestiques résidantes sont des jeunes femmes qui accomplissent des tâches générales dans un ou deux foyers situés en milieux urbains ou dans des fermes, mais quelques-unes exercent une activité spécialisée au sein d'une équipe.

Les employeurs engagent des domestiques pour attester de leur statut social tout autant que pour obtenir l'aide nécessaire. Les conditions faites aux employés de maison et la dévalorisation entourant ce type de travail le rendent impopulaire. Avec le temps, rien n'est changé quant au bas niveau du rang social, aux heures irrégulières, à l'isolement et au manque d'indépendance. Pour compenser le manque de domestiques d'origine canadienne, on emploie des femmes immigrantes en provenance de Grande-Bretagne, de Scandinavie, d'Europe centrale et, après la Deuxième guerre mondiale, des Antilles et des Philippines. Au XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, des sociétés britanniques spécialisées dans l'émigration d'enfants ainsi que des orphelinats canadiens placent des jeunes filles comme domestiques (voir Petits immigrés britanniques; Migration des enfants au Canada).

Dévalorisation du travail domestique

La politique permettant d'accueillir des domestiques immigrantes en tant que résidantes permanentes et futures épouses change dans les années 1970, lorsque le gouvernement accorde des visas d'emploi temporaires qui permettent aux domestiques de rester au Canada seulement pour une période limitée et à la condition de conserver leur emploi de domestique. Le gouvernement, accusé de favoriser ainsi l'exploitation des Antillaises et des Philippines, adopte en 1981 un amendement permettant à une domestique sur place au Canada de demander son statut d'immigrante reçue, à la condition qu'elle fasse la preuve de son « auto-suffisance » en développant ses compétences. Cet amendement permet à nouveau d'entrer au Canada par le moyen du travail domestique, mais il perpétue la dévalorisation de ce type d’emploi.

Contrôles législatifs

La vulnérabilité des immigrantes rend plus difficile l'amélioration des conditions de travail des employées qui sont isolées et qui, la plupart du temps, occupent un poste temporaire. Au début du XIXᵉ siècle, un mouvement tente, sans succès, de professionnaliser le travail domestique. Les premières associations de travailleurs domestiques à Vancouver et à Toronto ne survivent pas très longtemps, mais, depuis les années 1970, la coalition INTERCEDE (International Coalition to End Domestics' Exploitation) veille et parvient à obtenir un certain droit de regard sur les normes d'emploi.

Depuis le 30 novembre 2014, les aides familiales immigrantes ne sont plus tenues de résider chez leurs employeurs afin d’être admissibles à la résidence permanente (voir Citoyenneté). Cette réforme du Programme des aides familiaux a pour objectif de réduire la vulnérabilité des aides familiaux en milieu de travail et d’augmenter leurs possibilités d’obtenir de meilleurs emplois et de meilleurs salaires. Par contre, elles sont tenues de réaliser 24 mois de travail à temps plein avant de pouvoir demander la résidence permanente et leur permis de travail demeure lié à un employeur particulier.

Voir aussi Travail des enfants; Femmes dans la population active; Main-d'oeuvre immigrante.