Prémisse

Slings & Arrows tourne autour d’un trio d’artistes travaillant au New Burbage, festival de théâtre fictif : Geoffrey Tennant (Paul Gross), un ancien acteur qui a fait une dépression nerveuse en pleine représentation de Hamlet ; Oliver Welles (Stephen Ouimette), son metteur en scène et mentor, et Ellen Fanshaw (Martha Burns), son ex-petite amie et covedette.

Sept ans après cette performance fatidique, Tennant dirige une compagnie de théâtre (Théâtre Sans Argent) sur le point d’être évincée. De son côté, Oliver Welles est devenu le directeur artistique du festival New Burbage et Ellen Fanshaw en est la grande dame vieillissante. Après le décès tragique de Oliver Welles dans un curieux accident (il se fait happer par un camion de livraison de jambons), Geoffrey Tennant est engagé à titre de nouveau directeur artistique. L’esprit de Oliver Welles, toutefois, refuse de partir et hante le protégé qui tente de lui prendre sa place.

Une dispute à savoir si le festival doit rechercher le mérite artistique ou le succès commercial éclate bientôt entre Geoffrey Tennant, le directeur général du festival Richard Smith-Jones (Mark McKinney) et la commanditaire Holly Day (Jennifer Irwin). Tennant est également en conflit avec le prétentieux Darren Nichols (Don McKellar) quant à la mise en scène d’une nouvelle édition de Hamlet,tout en servant de mentor à Jack Crew (Luke Kirby), un jeune et séduisant acteur de films d’action qui doit défendre le rôle qui a poussé Geoffrey Tennant à la dépression. Parmi les autres personnages de la série, on compte Anna Conroy (Susan Coyne), le cerveau derrière les opérations; l’actrice à l’avenir prometteur Kate McNab (Rachel McAdams); et le critique de théâtre Basil Thume (Seán Cullen).

Synopsis

Chaque saison suit la production d’une tragédie différente de Shakespeare devant être présentée au festival New Burbage. La première saison, qui compte six épisodes, porte sur la création de Hamlet. La deuxième saison présente l’acteur égocentrique Henry Breedlove (Geraint Wyn Davies) qui tient le rôle éponyme dans Macbeth,et Colm Feore dans la peau d’un directeur marketing d’avant-garde. La troisième et dernière saison ajoute Sarah Polley dans le rôle de Sophie, une jeune actrice qui interprète Cordelia et qui donne la réplique à Charles Kingman (William Hutt), un acteur mourant dont le dernier souhait est d’interpréter le Roi Lear.

Comme l’a dit Bob Martin en 2013, « de façon générale, la première saison symbolise la jeunesse, la deuxième l’âge moyen et la troisième, la vieillesse. »

Origine

À la fin des années 1990, la productrice exécutive de CTV Tecca Crosby présente une série d’épisodes d’une demi-heure à Niv Fichman, productrice exécutive de Rhombus Media. Niv Fichman demande à Susan Coyne — dramaturge, actrice et cofondatrice du Théâtre Soulpepper de Toronto — d’écrire un pilote qu’elle intitule « Over The Top ». Niv Fichman engage ensuite Mark McKinney, vétéran de The Kids In The Hall,comme partenaire d’écriture pour Susan Coyne. Mark McKinney et Susan Coyne débordent d’idées, mais pas suffisamment pour soutenir une série complète.

À la même époque, Niv Fichman voit The Drowsy Chaperoneet décide d’inclure son cocréateur Bob Martin, un ancien de Second City de Toronto, dans le projet. Chaque membre de l’équipe de rédaction apporte son expérience personnelle du théâtre à la collaboration. Comme l’a dit Susan Coyne à Gayle MacDonald, journaliste du Globe and Mail, le processus n’était pas toujours sans heurts, mais « nous avons écrit à propos de ce qui nous faisait rire, de ce qui nous frustrait et de ce que nous trouvions humiliant de la vie théâtrale ».

Le public et la critique s’attendent à ce que la série soit une satire à peine voilée du célèbre festival de Stratford. En effet, une grande partie de la distribution a joué dans des productions de Stratford, certains personnages ont de fortes ressemblances avec les vrais artisans du festival, et le titre St. Ratford est même utilisé à un certain point dans le développement de la série.Les créateurs insistent que le festival New Burbage ne fait pas référence spécifiquement à Stratford, mais plutôt à tous les festivals de théâtre d’été, que ce soit le Shaw Festival de Niagara-on-the-Lake, The Old Globe de San Diego ou la Royal Shakespeare Company de Stratford-Upon-Avon, en Angleterre. Comme l’a déclaré Bob Martin en 2013, « nous nous sommes tous rendu compte que de faire [de la série] une attaque envers Stratford non seulement était injustifié, mais nuirait à la série. »

Production

C’est la CBC qui commence le développement de la série et lui donne le feu vert avant de l’abandonner en début de la production. Niv Fichman a raconté au Globe and Mail qu’« à ce jour, nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé. La CBC a développé la série et semblait beaucoup l’aimer. Y a-t-il une série plus adaptée à la CBC qu’une comédie qui s’inspire d’un festival shakespearien ? [...] Tous les dirigeants de la CBC disent ne pas savoir pourquoi [on a laissé tomber la série]. Ils haussent les épaules et disent qu’ils n’arrivent pas à y croire. » Tecca Crosby présente donc la série à TMN où Michelle Marion, directrice de la production canadienne indépendante, commande six épisodes.

Les productions du festival se déroulent au Swan, un théâtre fictif qui sert de décor pour beaucoup de scènes de la série. Dans la première saison, la majorité des scènes théâtrales intérieures sont filmées au théâtre Tivoli à Hamilton, tandis que les scènes se déroulant dans le hall sont au théâtre Pantages à Toronto (aujourd’hui le théâtre Ed Mirvish). Après l’effondrement du toit du Tivoli en juin 2004, les deuxième et troisième saisons sont tournées au centre Sanderson à Brantford, en Ontario. D’autres lieux de tournage dans le sud de l’Ontario, incluant le Blue Goose Pub situé dans le quartier Mimico de Toronto, sont utilisés pour les scènes qui se déroulent à l’extérieur du théâtre.

Première et public international

Lancée le 3 novembre 2003, la série est renouvelée pour trois saisons et entièrement réalisée par Peter Wellington. En août 2005, Laura Michalchyshyn ajoute Slings & Arrows à la programmation de Sundance TV, une chaîne télé artistique fondée par Robert Redford qui diffuse la série à plus de 23 millions de foyers américains.

Accueil au Canada

Au départ, on craint que Slings & Arrows ne plaise qu’à un petit public spécialisé. Cependant, dans une entrevue accordée au Canadian Screenwriter, Bob Martin explique que les auteurs ont traité la série comme une comédie de situation se déroulant en milieu de travail, à la manière de The West Wing : « Selon moi, le théâtre est un lieu de travail comme un autre, avec les mêmes points de tension qu’ailleurs : la hiérarchie, le besoin de briller, les trucs sexuels. »

L’accueil réservé à la série est d’abord mitigé. Plusieurs critiques l’adorent, alors que d’autres émettent des réserves. Certains trouvent que la première saison commence lentement, mais que le rythme s’accélère vers le troisième épisode. John Doyle, du Globe and Mail,écrit : « Malheureusement, ce n’est pas ce que c’était censé être. » Pour sa part, Vinay Menon du Toronto Star, bien que d’abord sceptique face au concept, écrit qu’« à la fin du premier épisode, le constat qu’on regarde quelque chose de formidable se cristallise comme de la cassonade sous un chalumeau. » La saison deux marque une volte-face pour Doyle, qui qualifie la série de « délicieuse comédie ».

Au terme de sa troisième et dernière saison, la série recueille des éloges de Richard Ouzounian, critique de théâtre pour le Toronto Star (et ancien directeur adjoint du festival de Stratford) :

« Regarder de nouveau les six derniers épisodes est devenu une expérience encore plus émouvante depuis le décès de William Hutt l’été dernier. Son interprétation de Charles Kingman, un acteur qui souhaite jouer le Roi Lear même s’il se meurt du cancer, a toujours été superbe, mais maintenant, elle constitue à la fois un document d’archive inestimable et un souvenir déchirant. En ajoutant la profonde humanité de Paul Gross, la splendeur inégalée de Martha Burns, la mélancolie douce-amère de Susan Coyne et l’hilarant pathétisme de Mark McKinney, on se retrouve avec une multitude de prestations inoubliables. »

Accueil international

À sa diffusion aux États-Unis, la série est acclamée. Virginia Heffernan, du New York Times, écrit : « Slings & Arrows est intéressante du début à la fin, et elle est souvent douloureuse et magnifique… [C’]est une série charmante et complexe, et adorable. » Le Chicago Tribune, quant à lui,voit la série comme « un des bijoux les plus méconnus de la télé », tandis que le Los Angeles Times la qualifie de « splendide, toujours intelligente, mais jamais hautaine », ajoutant que les téléspectateurs n’ont pas à comprendre, ou même à aimer, Shakespeare pour apprécier la série. Selon l’A.V. Club, il s’agit de « l’une des meilleures séries à la télé », le produit d’une « alchimie rarement vue à la télévision ».

La série compte également plusieurs admirateurs célèbres. David Simon, créateur de The Wire,loue la série dans bon nombre d’articles, notamment dans Salon : « Il arrive parfois qu’on trouve un bijou qu’on aime énormément. C’était le cas de la série intitulée Slings & Arrows. L’avez-vous vue ?Oh mon Dieu, ce truc était merveilleux. »

Après avoir découvert la série par l’entremise de Simon, Martin Chilton, chef du service culturel du Telegraph,se plaint qu’elle n’a jamais été diffusée en Angleterre. Il écrit : « Ce qui fait de cette série un véritable triomphe (sans vouloir divulguer des intrigues) c’est qu’elle traite de thèmes personnels sérieux avec humour. Elle constitue une satire à la fois fine et tendre qui explore les peurs et les insécurités de tout acteur. »

Nouvelle version

En 2009, une nouvelle version de Slings & Arrows intitulée Som e Furia (« bruit et fureur ») est diffusée sur la chaîne brésilienne Rede Globo de Televisião. Elle est produite et coréalisée par le réalisateur nommé aux Oscars Fernando Meirelles, l’homme derrière Blindness (2008), film tourné à Toronto et produit par Niv Fichman. « C’était très amusant de découvrir à quel point la série traite de sujets universels », a dit Susan Coyne en 2013. « Tout le monde l’a comprise tout de suite. Ils ont utilisé presque tout — ils n’ont que traduit les textes — et les ont interprétés en portugais. » Diffusée sous la forme d’une minisérie de 12 épisodes, Som e Furia a attiré 18 millions de téléspectateurs. La série a été mise en nomination pour un Emmy International et a remporté plusieurs prix.

Héritage

Slings & Arrows est à l’avant-garde de la télévision produite au Canada et devenue populaire à l’échelle internationale. En 2009, Maclean’sa inclus Slings & Arrows parmi les 10 meilleures séries télé canadiennes de la décennie. Elle demeure l’une des séries télé les plus acclamées de toute l’histoire canadienne.

Prix

Prix Gemini :

  • Meilleure performance par un acteur dans un premier rôle dramatique (Paul Gross) (2004)
  • Meilleure performance par une actrice dans un second rôle dans une série dramatique (Rachel McAdams) (2004)
  • Meilleure série dramatique (2006)
  • Meilleure performance par un acteur dans un premier rôle dramatique (Mark McKinney) (2006)
  • Meilleure performance par une actrice dans un premier rôle dramatique (Martha Burns) (2006)
  • Meilleure performance par une actrice dans un second rôle dans une série dramatique (Susan Coyne) (2006)
  • Meilleure réalisation d’une série dramatique (Peter Wellington) (2006)
  • Meilleure scénarisation d’une série dramatique (Bob Martin, Susan Coyne, Mark McKinney) (2006)
  • Meilleure série dramatique (2007)
  • Meilleure performance par un acteur dans un premier rôle dramatique (Paul Gross) (2007)
  • Meilleure performance par une actrice dans un premier rôle dramatique (Martha Burns) (2007)
  • Meilleure performance par un acteur dans un second rôle dans une série dramatique (Stephen Ouimette) (2007)
  • Meilleure scénarisation d’une série dramatique (Bob Martin, Susan Coyne, Mark McKinney) (2007)

Canadian Comedy Awards :

  • Télévision — Scénarisation comique — Séries (Bob Martin, Susan Coyne, Mark McKinney) (2005)
  • Meilleure performance masculine — Télévision (Mark McKinney) (2006)

Guilde canadienne des réalisateurs :

  • Meilleur montage sonore — Télévision (Susan Fairbairn, Ronayne Higginson, Brandon Walker) (2004)
  • Meilleure série télé – Dramatique (2006)
  • Meilleur montage vidéo – série télévisée (Christopher Donaldson) (2006)
  • Série télé – Dramatique (2007)
  • Montage vidéo – série télévisée (Christopher Donaldson) (2007)

Guilde canadienne des auteurs :

  • Série dramatique — 60 minutes (2004)
  • Série dramatique — 60 minutes (2006)
  • Série dramatique — 60 minutes (2007)