Pendant la Deuxième Guerre mondiale, pour la première fois, les femmes canadiennes se trouvent mobilisées au service des Forces armées canadiennes. Environ 50 000 femmes sont enrôlées, et plus de la moitié d’entre elles servent dans l’Armée canadienne. La plupart se voient confier des tâches traditionnellement féminines comme cuisiner, laver le linge ou faire des tâches administratives. Mais pour la première fois, elles travaillent aussi dans les domaines mécanique et technique. Le Service féminin de l’Armée canadienne offre des services essentiels tant au pays qu’à l’étranger, et apporte de cette façon une contribution à la victoire des Alliés.

Formation

Le Service féminin de l’Armée canadienne, créé le 13 août 1941, vise à combler les besoins de main-d’œuvre de l’armée. Les femmes sont recrutées pour faire des tâches auxiliaires et administratives effectuées auparavant par les soldats dans le but de libérer les hommes pour les combats.

Elizabeth Smellie, la matrone en chef du Corps de santé royal canadien, est nommée pour former le Service féminin de l’Armée canadienne. Elle parcourt le pays pour sélectionner des candidatures d’officières. Joan Kennedy est nommée officière d’état-major générale de formation. Margaret Eaton est nommée directrice générale. Alice Sorby est d’abord commandante du Service féminin de l’Armée canadienne à l’étranger, mais elle devient directrice générale adjointe. Le 13 mars 1942, le Service féminin de l’Armée canadienne est complètement intégré à l’Armée canadienne.

Quarante pour cent de femmes enrôlées disent qu’elles sont motivées par le patriotisme. Environ un tiers des femmes disent qu’elles se joignent à l’armée dans la recherche de nouvelles opportunités et d’aventures. Autres raisons nommées sont la possibilité d’être avec ceux qu’elles aiment et qui servent déjà, le prestige de porter un uniforme et la volonté de libérer les hommes pour les combats. La devise connue du Service féminin de l’Armée canadienne est le suivant : « Nous servons pour que les hommes puissent participer aux combats. »

Accepter les femmes comme membres des Forces armées est un processus difficile dans un pays où le rôle traditionnel des femmes est de rester à la maison pour prendre soin de leur famille. Pour cette raison, la politique de l’armée est de donner aux femmes des tâches considérées féminines pour graduellement favoriser la reconnaissance publique du fait qu’elles peuvent contribuer considérablement à l’effort de guerre. Le plus souvent, les femmes effectuent des travaux administratifs et domestiques, mais éventuellement, certaines femmes font des travaux considérés comme masculins, par exemple les travaux de réparations, de rédaction, de communication, ou bien le travail de chauffeur. La nécessité de la guerre, ayant dans l’esprit que les femmes dans l’armée sont un phénomène temporaire, contribue à l’acceptation du Service féminin de l’Armée canadienne dans la société canadienne. Mais seulement les hommes participent dans les batailles et ont le droit aux armes.

Recrutement et entraînement

Chaque mois, entre 350 et 430 femmes enrôlées sont envoyées pour l’entraînement de base de 4 semaines à Kitchener, en Ontario, ou à Vermilion, en Alberta. Les officières, la plupart avec des diplômes universitaires, ont une formation de huit semaines à Sainte-Anne-de-Bellevue, au Québec. Certaines recrues ont une formation supplémentaire qui dure jusqu’à six mois.

Au début de l’année 1943, il y a une chute d’enrôlement. Les femmes sont réticentes à cause des histoires d’autres recrues qui racontent que les soldats hommes se moquent des femmes du Service féminin de l’Armée canadienne quand les dernières font de la gymnastique, de l’entraînement avecunmasque à gaz, des marches d’entraînement et des exercices en rangs serrés. Il y a aussi ceux qui posent des questions sur la moralité des femmes qui veulent remplir les « fonctions d’hommes ».

Alors, le ministère de la Défense nationale engage une maison de sondage pour trouver la meilleure façon de recruter plus de femmes et d’avoir aussi plus de soutien public. Une campagne publicitaire avec des affiches, des films, des pages complètes de publicités dans des magazines et des journaux et des émissions à la radio ranime peu à peu le recrutement. Le célèbre film sur le sujet, Proudly She Marches, sorti par l’Office national du film du Canada, montre la fierté, la cohésion et la discipline des femmes qui ne perdent pas leur féminité.

On voit finalement les Forces féminines du Canada effectuer les tâches essentielles en toute confiance, en libérant les hommes pour les combats. Les affiches représentant les femmes « épaule contre épaule » avec les hommes annoncent : « C’est aussi NOTRE bataille à nous. »

Rôle dans l’armée canadienne

Plus de femmes s’enrôlent, et plus elles font preuve de leur compétence, plus le soutien public augmente. Les officières du Service féminin de l’Armée canadienne sont soumises aux hommes du même grade, et dans la plupart des cas, leurs subordonnées sont des femmes. Presque 90 % des métiers que les femmes font dans l’armée sont des travaux traditionnellement féminins, comme le ménage ou le secrétariat, les soins dentaires ou médicaux, soit le travail de téléphoniste. Éventuellement, les salaires des femmes, pour le même travail que font les hommes, augmentent de 67 à 80 % et s’égalisent pour les métiers spécialisés.

L’uniforme professionnel du Service féminin de l’Armée canadienne kaki avec casquette à visière, chemise militaire, cravate, collant et chaussures inspire de la fierté, et encourage les femmes à essayer des métiers plus créatifs comme photographe, musicien du corps de cornemuses ou d’orchestre militaire, ou animateur des concerts de l’Armée canadienne. Molly Bobak est la première peintre officielle de guerre qui fait des centaines de dessins et de tableaux de guerre et des portraits du personnel du Service féminin de l’Armée canadienne au travail.

Les postes à l’étranger sont les plus désirés. Environ 3 000 femmes du Service féminin de l’Armée canadienne servent en Angleterre, au nord-ouest de l’Europe, en Italie, en Allemagne et en Extrême-Orient. Avant d’assigner à une femme un poste à l’étranger, on vérifie ses compétences professionnelles et sa contribution à l’effort de guerre.

Réalisations

Le Service féminin de l’Armée canadienne sert au cours de la Deuxième Guerre mondiale côte à côte avec le Service féminin de la Marine royale du Canada, la Division féminine de l’Aviation royale du Canada et les infirmières militaires faisant partie de toutes les trois Forces. La société craint que le service militaire des femmes éradique les mœurs traditionnelles et la féminité. Pourtant, le dévouement et la détermination des membres du Service féminin de l’Armée canadienne dissipent ces doutes, et leur procurent de la reconnaissance pour leur travail, qui aide les soldats à rentrer chez eux le plus tôt possible. La plupart des gens croient qu’à la fin de la guerre, les femmes reviendront à la « normalité » de leur vie familiale.

Dans l’armée, les femmes démontrent leurs capacités pour l’entraînement, leurs habiletés de direction, ainsi que leurs responsabilités. Le service dans l’armée leur procure des possibilités que la plupart des femmes ne peuvent pas avoir dans la vie civile. Les 55 métiers offerts aux femmes après la guerre leur font sentir qu’elles n’ont jamais fait de travail tellement appréciable. Les membres des unités féminines de l’armée sont aussi précurseurs des femmes soldates dans les Forces armées canadiennes d’aujourd’hui, où les femmes et les hommes sont égaux quant aux postes de direction ou de combat.