Les pipelines font malgré tout l’objet de controverses au Canada, puisque l’on craint que les combustibles fossiles qu’ils rendent accessibles contribuent grandement au changement climatique. Au cours des dernières années, des groupes autochtones, des activistes pour l’environnement, des municipalités, des maires et des syndicats se sont opposés à plusieurs projets de pipelines de crainte qu’ils ne contaminent les cours d’eau environnants à cause de déversements et de fuites.

Contexte

La découverte des combustibles fossiles au Canada date des années 1850 à Enniskillen Township, près de Sarnia, en Ontario (voir Industrie pétrolière). La construction de pipelines pour le transport du pétrole brut et du gaz naturel vers le marché intérieur (puis le marché international) s’ensuit rapidement. Pendant le siècle suivant la découverte de pétrole dans la région de Sarnia, la construction de pipelines se fait plutôt lentement, avec seulement trois routes d’importance (de Turner Valley, en Alberta, jusqu’à Calgary; de la côte du Maine à Montréal, et du Midwest américain à l’Ontario) en production.

Vers la fin des années 1940, des réserves suffisantes de pétrole et de gaz naturel sont constituées en Alberta dans les champs pétroliers de Leduc pour justifier la construction massive et rapide d’un réseau de pipelines afin d’acheminer le pétrole brut vers les marchés de l’est du Canada et des États-Unis. Vers la fin des années 1950, de nouveaux pipelines sont construits pour transporter le pétrole des puits éloignés jusqu’à Edmonton, puis jusqu’à Vancouver, et dans le sud afin de l’acheminer jusqu’aux pipelines américains. La capacité de transport augmente de manière considérable entre les années 1970 et 2010 avec la construction de pipelines supplémentaires reliant les champs de pétrole et de gaz naturel canadiens à des raffineries en Alaska, en Illinois et en Oklahoma.

Principaux pipelines au Canada

Aujourd’hui, plus de 840 000 km de pipelines sillonnent le Canada, partant de l’Alberta vers l’ouest jusqu’en Colombie-Britannique, vers le nord jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest, vers le sud jusqu’au Texas et vers l’est jusqu’au Québec. Les pipelines de collecte, les pipelines d’amenée et les pipelines de transport acheminent du pétrole brut, du gaz naturel et du gaz naturel liquéfié des puits jusqu’aux points de collecte, traversant les frontières nationales et provinciales. Les pipelines de distribution livrent certains produits de gaz naturel directement aux consommateurs. Selon l’Association canadienne des producteurs pétroliers, 99 999 % de tout le pétrole et le gaz transporté par pipelines au Canada parvient à destination.

On retrouve, parmi les principaux oléoducs transportant du pétrole brut au Canada :

Pipeline Route Capacité
Réseau principal d’Enbridge Alberta au Wisconsin 2,5 millions de barils/jour
TransCanada Keystone Alberta à l’Illinois 591 000 de barils/jour
Pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan Alberta à la
Colombie-Britannique
300 000 de barils/jour
Canalisation 9 d’Enbridge Sarnia, en Ontario, à Montréal, Québec 300 000 barils/jour
Spectra Express Alberta au Wyoming 280 000 de barils/jour

On retrouve, parmi les principaux gazoducs transportant du gaz naturel actuellement en service au Canada :

Pipeline Route Capacité
Système Nova Gas Transmission Ltd Alberta 475 millions de mètres cubes/jour
Réseau principal de TransCanada Alberta au Québec 445 millions de mètres cubes/jour
Pipeline Alliance Colombie-Britannique à la Saskatchewan 48 millions de mètres cubes/jour
Pipeline Westcoast Territoires du Nord-Ouest à la Colombie-Britannique 45 millions de mètres cubes/jour
Pipeline Maritimes and Northeast Du Nouveau-Brunswick à la Nouvelle-Écosse 15 millions de mètres cubes/jour

De nombreux projets de pipelines d’envergure ont été rejetés par le gouvernement fédéral ou interrompus au cours des dernières années (voir Politique et controverses). Quelques propositions notables). Le pipeline Northern Gateway d’Enbridge, entre l’Alberta et Kitimat, C.-B., a été rejeté par le premier ministre Justin Trudeau en novembre 2016 du fait des protestations autochtones et des craintes en lien avec les déversements en milieu marin. Le projet Keystone XL de TransCanada est approuvé conditionnellement par l’Office national de l’énergie avant d’être étouffé dans l’œuf par l’ancien président américain Barack Obama en 2015, une décision qui a depuis été annulée par la Maison-Blanche sous le président Donald Trump. Un autre projet de TransCanada, le pipeline Energy East, devait transporter plus de 850 000 barils de pétrole par jour depuis l’Alberta jusqu’à des raffineries du Québec et du Nouveau-Brunswick. En octobre 2017, TransCanada abandonne le projet Energy East et propose plutôt Eastern Mainline. Le projet gazier du Mackenzie, destiné à transporter du gaz naturel depuis le delta du Mackenzie jusqu’au nord de l’Alberta, est annulé par la Compagnie Pétrolière Impériale et ses partenaires en 2017.

Comment fonctionne un pipeline ?

Un pipeline simple est un ensemble de tuyaux reliés entre eux sur une longue distance et munis de pompes, de valves et de dispositifs de contrôle pour transporter des liquides ou des gaz. Un réseau de pipelines comprend aussi des réseaux de collecte, de canalisations principales et de systèmes de distribution; ces parties sont en quelque sorte analogues aux racines, au tronc et aux branches d’un arbre. Le réseau de collecte transporte un mélange de pétrole, de gaz et parfois d’eau des puits de production jusqu’aux points de collecte, comme les usines de traitement ou les raffineries. C’est là que l’eau ou les contaminants présents dans le pipeline sont retirés du combustible fossile.

Les canalisations principales (ou pipelines principaux) transportent le pétrole ou le gaz sous haute pression sur de longues distances à travers des tuyaux à large diamètre depuis les points de collecte jusqu’aux marchés. L’énergie nécessaire pour compenser la friction présente dans les tuyaux est fournie par des stations de pompage (pour les liquides) et des stations de compression (pour les gaz), installées à intervalles réguliers. Pour suivre l’expansion des marchés, la capacité d’une canalisation principale peut être augmentée par l’installation de lignes parallèles (appelées « doublements ») ou par l’ajout de pompes et de compresseurs supplémentaires. Pour ce qui est du pétrole, les canalisations principales fournissent les raffineries qui, en retour, distribuent le combustible fossile aux marchands par camion ou par productoduc.

Le gaz naturel est retiré de la canalisation principale et livré aux consommateurs grâce au système de distribution. Cette partie du réseau est la plus longue des trois. Normalement, les tuyaux de ce réseau sont d’un diamètre réduit et sont opérés à basse pression.

Comment les pipelines sont-ils construits ?

La plupart des pipelines sont faits d’acier, même si on utilise parfois le plastique et l’aluminium dans la construction du réseau de distribution du gaz naturel. Les pipelines d’acier sont formés de tuyaux soudés. Les soudures sont ensuite examinées aux rayons X pour repérer le moindre défaut, après quoi le pipeline est recouvert d’une couche protectrice et est enterré. Tous les pipelines, peu importe leur type, sont alors inspectés et soumis à des essais sous pression avant d’être mis en service. Quant aux tuyaux de plastique de plus petit diamètre, ils peuvent être déroulés d’une large bobine tirée par un puissant tracteur, une méthode rapide d’installation des pipelines.

Les tuyaux les plus larges sont généralement enterrés à 1,5 mètre de profondeur (un peu moins pour les plus petits), même si certains réseaux, comme le réseau interprovincial traversant le détroit de Mackinac, sont enterrés à des profondeurs pouvant dépasser les 70 mètres. Le Canada est un leader mondial en matière de construction de pipelines adaptés à l’hiver, ayant mis au point des trancheuses uniques pour travailler avec le pergélisol et le muskeg. Des sociétés canadiennes de pipelines ont déjà élaboré et construit des pipelines en Russie, en Chine et en Asie du Sud-Est.

Comment les pipelines sont-ils contrôlés et entretenus ?

Les pipelines sont en service tous les jours de l’année. Des opérations informatisées permettent de contrôler en permanence la pression, le débit et la consommation d’énergie du réseau. Les ordinateurs peuvent effectuer rapidement des calculs de détection des fuites et initier des mesures correctrices en cas d’urgence, notamment en fermant des valves d’urgence, en coupant l’alimentation des pompes et en prévenant les équipes de réparation (voir aussi Applications de l’informatique). Des recherches suggèrent toutefois que les postes de commande ne détectent qu’environ 15 à 20 % des fuites des pipelines. En outre, les sociétés emploient fréquemment des systèmes de détection « non continus », notamment des chiens entraînés et des inspections visuelles comme des contrôles aériens par hélicoptère.

Comme précaution supplémentaire, des tests sont effectués régulièrement pour assurer le fonctionnement sécuritaire des pipelines. Les pipelines de pétrole peuvent être ramonés afin d’en retirer la cire et les autres corps étrangers. Un cylindre couvert de crin traverse le pipeline sous l’effet de la pression du fluide, le nettoyant au passage. Le nom anglais de ce procédé, « pigging », vient du couinement que produisent les crins en frottant les parois du tuyau. Aujourd’hui, certains « smart pigs » (les cylindres en question, appelés « racleurs ingénieux ») sont équipés de capteurs et d’enregistreurs afin de détecter de l’intérieur la corrosion et les points faibles dans les pipelines. Des essais sous pression peuvent y être combinés, voire remplacer les inspections au « smart pig ».

Quelle est la réglementation sur les pipelines ?

La première Loi sur les pipelines au Canada est adoptée en 1949. Cette législation fédérale élabore des lignes directrices et des normes de sécurité en lien avec la méthode et l’emplacement de la construction des pipelines. Une décennie plus tard, le gouvernement fédéral crée l’Office national de l’énergie (ONE), une agence indépendante ayant le pouvoir de réglementer les pipelines traversant les frontières provinciales et internationales ainsi que l’export du pétrole brut et du gaz naturel.

De plus, l’ONE analyse les enjeux liés à la construction des pipelines, comme l’estimation des réserves de pétrole, les coûts, les facteurs environnementaux et les pratiques d’ingénierie et de sécurité. L’ONE a également procédé à des évaluations de l’impact sur l’environnement dans le cadre de soumissions de projets d’infrastructure énergétique. Dans de rares cas, une commission est mise sur pied pour analyser un projet spécifique, comme cela s’est passé dans les années 1970 pour le pipeline de la vallée du Mackenzie, lorsque des protestations de la part des écologistes et des revendications territoriales autochtones compliquent le processus d’analyse à tel point qu’il ne relève plus du mandat de l’Office.

Politique et controverses

La construction de pipelines a souvent été un sujet chaud en politique. Un pipeline de TransCanada, désormais connu sous le nom de Canadian Mainline, a fait l’objet de nombreux débats en 1956; une controverse musclée entoure également le pipeline de la vallée du Mackenzie, un projet reporté indéfiniment dans les années 1970, repris par la Compagnie Pétrolière Impériale Ltée en 2004, puis abandonné de nouveau en 2017.

L’expansion du Trans Mountain de Kinder Morgan a elle aussi été très controversée. Sept Premières Nations et deux groupes environnementaux, ainsi que les villes de Burnaby et de Vancouver, intentent des actions à la Cour d’appel fédérale pour contrer le projet. La province de la Colombie-Britannique, qui s’oppose fermement à la construction du pipeline sous le premier ministre NPD John Horgan, obtient le statut d’intervenant dans cette affaire. Au début de 2018, un différend commercial éclate entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, lorsque le gouvernement de John Horgan propose d’interdire l’augmentation du transport du bitume de l’Alberta. S’en suivent plusieurs mois de disputes entre les provinces. En mai 2018, alors que Kinder Morgan menace d’abandonner le projet en raison de l’opposition soutenue en Colombie-Britannique, le gouvernement fédéral prend la décision controversée d’acquérir le pipeline Trans Mountain pour 4,5 milliards de dollars. (Voir Expansion du Trans Mountain Pipeline de Kinder Morgan)

La consultation des Autochtones et leur approbation des projets de pipelines sont devenues des facteurs clés pour que ceux-ci soient acceptés par les gouvernements, les autorités de réglementation et le public. En Colombie-Britannique, de nombreuses Premières Nations ont mis à profit le système de justice et l’obligation de consultation du gouvernement pour s’opposer au pipeline Northern Gateway et au projet d’expansion du Trans Mountain.

La principale inquiétude de plusieurs communautés autochtones provient des risques que pose l’installation d’infrastructures de pétrole ou de gaz naturel dans les habitats, ou à proximité, des sources de nourriture sauvage dont elles dépendent. Les risques pour la santé sont aussi un enjeu : en plus de la contamination de l’eau potable, on craint que le fait de vivre à proximité d’un site d’extraction de combustibles fossiles augmente les chances de développer un cancer, comme le démontre une étude conjointe de Santé Canada et de l’Université du Manitoba portant sur la Première Nation Chipewyan d’Athabasca et la Première Nation crie Mikisew en 2014 (voir aussi Déné; Cris). En effet, ces deux communautés vivent non loin de sables pétrolifères en Alberta. (Voir aussi Fracturation hydraulique).

À l’inverse, certains projets de pipelines ont obtenu le soutien des communautés autochtones. Par exemple, la Société régionale Inuvialuit, le Conseil tribal Gwich’in et le Sahtu Pipeline Trust s’allient pour se joindre au projet gazier du Mackenzie sous le nom Aboriginal Pipeline Group (voir aussi Inuvialuits; Gwich’in; Sahtu Got’ine). Le projet du pipeline Eagle Spirit, proposé comme solution de rechange au Northern Gateway, est soutenu par plusieurs Premières Nations, désireuses de faire bâtir un pipeline appartenant aux Autochtones.

Les écologistes insistent désormais pour que les sociétés pétrolières, les gouvernements et l’ONE prennent en compte l’augmentation importante d’émission de gaz à effet de serre que causent les pipelines, qui facilitent l’extraction et la combustion massive de combustibles fossiles. En décembre 2015, à l’occasion de la Conférence de Paris sur les changements climatiques, le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de carbone de 523 mégatonnes par an d’ici 2030, soit une réduction de 30 % par rapport aux chiffres de 2005. Comme il est déjà fort improbable que le Canada atteigne l’objectif fixé à Paris, certains affirment que la tâche sera tout simplement impossible si l’on augmente la capacité des pipelines reliés aux sables pétrolifères de l’Alberta. (Voir aussi Changements climatiques.)

Le système d’approbation des pipelines a lui-même fait l’objet de critiques; certains estiment que les Canadiens doutent de la capacité de l’ONE de porter un jugement impartial sur les projets énergétiques. Pendant l’hiver 2016-1017, un groupe d’experts nommés par le gouvernement ont rencontré des groupes d’industriels, d’actionnaires et d’autochtones dans le cadre d’un grand projet de réorganisation du processus d’évaluation et d’approbation des projets à venir par l’ONE.

Quelques propositions notables

Au cours des dernières années, les soumissions de projets pipeliniers ont fait beaucoup parler Canada, entraînant des discussions complexes dans les domaines politiques, juridiques et sociaux. Parmi les propositions encore valides, on compte l’expansion du Trans Mountain initié par Kinder Morgan, le Keystone XL de TransCanada et le projet de remplacement de la canalisation 3 d’Enbridge. Quant au pipeline Northern Gateway d’Enbridge et le projet gazier du Mackenzie, mené par la Compagnie Pétrolière Impériale, ils sont tous deux interrompus.

Expansion du Trans Mountain Pipeline de Kinder Morgan

Le projet d’expansion du Trans Mountain Pipeline, d’une valeur de 7,4 milliards de dollars, est d’abord proposé par Kinder Morgan en 2013 afin d’acheminer du bitume dilué, ou « dilbit », depuis Edmonton, en Alberta, jusqu’à Burnaby, en Colombie-Britannique. Des tronçons de pipeline existants doivent être réactivés et environ 980 km de nouveaux pipelines doivent être construits en parallèle de ceux que Kinder Morgan possède et exploite depuis 1953. Cette expansion ferait passer la capacité du réseau de pipelines de 300 000 barils par jour à 890 000 barils par jour.

Kinder Morgan défend alors l’expansion de son réseau de pipelines existant, arguant qu’elle fait partie d’un vaste effort visant à exporter plus de pétrole canadien vers la région de l’Asie pacifique à travers le Westridge Marine Terminal à Burrard Inlet, Burnaby. Le Canada, selon l’entreprise, pourrait récolter annuellement 3,7 milliards de dollars de plus en envoyant de plus importantes quantités de pétrole à travers l’océan Pacifique qu’il ne le ferait en les vendant simplement aux marchés américains.

Le projet se heurte toutefois à des obstacles légaux et politiques tant au provincial qu’au fédéral. Moins d’un an suivant la proposition d’expansion, des douzaines de manifestants sont arrêtés sur le mont Burnaby pour avoir tenté d’entraver le travail d’évaluation du pipeline, et le gouvernement fédéral intervient pour s’assurer qu’une évaluation environnementale stricte soit effectuée. Vers la fin de 2016, des membres de la Coldwater Indian Band, de la nation Tsleil-Waututh et de la nation Squamish entament des poursuites à la Cour d’appel fédéral pour interrompre le projet, mettant de l’avant leurs inquiétudes quant à la contamination de leurs aquifères ainsi que les « lacunes décevantes » du processus de consultation fédéral (voir aussi Pollution de l’eau). Le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique sous John Horgan promet aussi de contester en cour le projet de pipeline, prétendant qu’il n’est pas dans le meilleur intérêt de la province. Plus de 150 activistes anti-pipeline, incluant la chef du Parti vert Elizabeth May et le député fédéral du NPD Kennedy Stewart, sont arrêtés en mars 2018 pendant des manifestations aux installations de Kinder Morgan à Burnaby. (Un ordre de la Cour suprême de la Colombie-Britannique empêche les manifestants d’approcher à moins de cinq mètres des zones de construction de deux terminaux de la société à Burnaby.)

Au début de 2018, un différend commercial éclate entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, lorsque le gouvernement de John Horgan propose d’interdire l’augmentation du transport du bitume de l’Alberta vers la Côte Ouest tout en demandant d’autres consultations sur les risques posés par les déversements de pétrole. Rachel Notley, première ministre NPD de l’Alberta, répond qu’une telle décision est inconstitutionnelle et bafoue les accords commerciaux en place. Elle fait aussi des représailles en freinant temporairement l’importation de vin de Colombie-Britannique en Alberta. Le conflit se poursuit et s’exacerbe jusqu’au printemps, et l’Alberta vote une loi qui pourrait empêcher ses exportations de pétroles actuelles d’atteindre la Colombie-Britannique. Cette dernière répond à la menace par une poursuite en justice. La société Kinder Morgan, elle, fait entendre qu’elle sera forcée d’abandonner le projet d’expansion si elle ne reçoit pas, d’ici le 31 mai, « de la clarté quant à la voie à suivre » et de quoi rassurer ses investisseurs. Alors que les chefs d’entreprise canadiens exercent des pressions croissantes pour faire construire le pipeline, le premier ministre fédéral Justin Trudeau interrompt un voyage à l’étranger pour se rendre à une rencontre d’urgence avec les deux premiers ministres provinciaux. Le gouvernement fédéral promet également d’indemniser Kinder Morgan pour les pertes financières résultant des retards de construction.

Le différend, toutefois, demeure dans une impasse et, deux jours avant l’échéance donnée par Kinder Morgan, le gouvernement fédéral annonce qu’il achètera le pipeline existant pour 4,5 milliards de dollars et qu’il cherchera de nouveaux investisseurs pour achever le projet d’expansion. Tandis que Rachel Notley et certains chefs d’entreprise célèbrent cette décision, des politiciens de tout le spectre politique la qualifient de mauvaise utilisation de l’argent des contribuables (voir Imposition au Canada.) Certains opposants au projet, quant à eux, voient l’entente comme un échec : celle-ci, en effet, ne parvient ni à inspirer confiance aux investisseurs, ni à résoudre les problèmes politiques qui affligent le projet. D’autres critiques encore y voient une trahison des engagements des libéraux à l’égard de la cause environnementale et des droits des Autochtones.

Keystone XL de TransCanada

Le Keystone XL est un projet de pipeline de transport de pétrole brut de 1 897 km de long, proposé pour la première fois en juillet 2008 par la TransCanada Corporation, basée à Calgary. Le pipeline de 36 pouces de diamètre, baptisé XL pour « export limited » (ou exportations limitées, en français), représente la quatrième section prévue du réseau de pipeline Keystone de TransCanada, qui transporte actuellement jusqu’à 591 000 barils de pétrole brut tous les jours depuis l’Alberta jusqu’à des raffineries en Illinois et au Texas.

Le pipeline Keystone XL traverserait la frontière entre le Canada et les États-Unis dans son trajet entre Hardisty, Alberta, à Steele City, au Nebraska, augmentant la capacité de 830 000 barils par jour et, disent ses promoteurs, ajoutant 3,4 milliards de dollars américains au PIB des États-Unis. On fait également miroiter les bénéfices économiques dont profiterait le Canada, et plus particulièrement l’Alberta, notamment sous forme de salaires et de taxes foncières.

Le projet attise toutefois une grande hostilité de la part des groupes écologistes, des propriétaires de ranchs et de plusieurs communautés autochtones en Alberta, dans le Montana et au Nebraska. Nombre d’entre eux craignent que le pétrole brut supplémentaire transporté par le pipeline ne pollue les terres et les rivières. Dans le cadre du débat entourant le pipeline Keystone XL, James Hansen, climatologue et ancien directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, affirme en 2012 que, si les réserves pétrolifères du Canada viennent à être entièrement exploitées, la quantité de carbone générée dans l’atmosphère entraînera l’« échec et mat pour le climat ».

Puisque le pipeline Keystone traverse la frontière canado-américaine, l’expansion doit être approuvée par le département d’État américain. Le permis du pipeline Keystone XL est rejeté par le président américain Barack Obama en 2015. Le 24 mars 2017, le président Donald Trump délivre un permis présidentiel qui donne le feu vert au projet. Dès le début de 2018, TransCanada cherche à obtenir les différents permis et approbations nécessaires au commencement de la construction.

Projet de remplacement de la canalisation 3 d’Enbridge (section du réseau principal d’Enbridge)

Le projet de remplacement de la canalisation 3 (parfois surnommé L3RP) est un ajout de 1 660 km sur un pipeline de pétrole brut déjà existant reliant Hardisty, en Alberta, à Superior, dans le Wisconsin. Il s’agit du plus ambitieux projet d’infrastructure énergétique jamais entrepris par Enbridge, entreprise basée à Calgary.

Le projet L3RP, qui selon les plans devrait être achevé en 2019, remplacera les tuyaux de 34 pouces de diamètre par des tuyaux de 36 pouces de diamètre, permettant à 760 000 barils de pétrole brut léger, moyen et lourd d’être acheminé tous les jours jusqu’à la Station and Terminal Facility de Superior, dans le Wisconsin. Les travaux du côté canadien devraient coûter environ 5,3 milliards de dollars canadiens, et ceux du côté américain, près de 2,9 milliards de dollars américains.

L’ONE tient des audiences en lien avec ce projet de remplacement en novembre et en décembre 2015. Le 29 novembre 2016, le gouvernement canadien annonce son approbation du projet. Même si cette décision est saluée par les supporters du projet, notamment le syndicat des Métallurgistes unis d’Amérique et le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, plusieurs groupes écologistes sont d’avis que le gouvernement canadien devrait investir dans les énergies renouvelables plutôt que d’approuver des expansions de pipelines. Bobby Cameron, chef de la Fédération des nations autochtones souveraines, exprime le besoin criant de « mesures strictes de protection de l’environnement ».

Enbridge entame la construction du pipeline le 1er août 2017.

Northern Gateway d’Enbridge

Le projet Northern Gateway d’Enbridge, d’une valeur de 7,9 milliards, est soumis en 2008. Il est d’abord destiné à transporter du bitume dilué sur environ 1 170 km, de Bruderheim, en Alberta, à un terminal situé sur l’océan Pacifique, à Kitimat, en Colombie-Britannique. Selon Enbridge, ce projet devrait générer 1,2 milliard de dollars en impôts pour la Colombie-Britannique en plus de 560 emplois.

Environ 220 pétroliers doivent traverser les eaux turbulentes entourant la forêt pluviale de Great Bear en route vers le Pacifique, transportant une partie de 525 000 barils de dilbit livrés chaque jour jusqu’au terminal de Kitimat. Nombreux sont ceux qui croient que les déversements sont inévitables, surtout dans les eaux difficiles à naviguer du chenal marin de Douglas, menaçant les habitats naturels des rorquals, des épaulards et des baleines à bosse (voir aussi Pollution de l’eau).

L’ONE tient des consultations publiques sur le projet; celles-ci durent 180 jours entre 2012 et 2013. La grande majorité de ceux qui viennent s’exprimer lors des consultations s’opposent au projet : on compte parmi ses détracteurs les Premières Nations, les groupes écologistes, l’Union des municipalités de la Colombie-Britannique et un syndicat ouvrier, Unifor. Kitimaat, la communauté mère de la nation Haisla vote contre le projet et, deux mois après, en juin 2014, le premier ministre Stephen Harper approuve le projet de pipeline.

Vers la fin de l’année 2015, la Cour d’appel fédérale examine les procédures judiciaires entamées contre le pipeline Northern Gateway par huit Premières Nations, une coalition de quatre groupes écologistes menés par Ecojustice et Unifor. La poursuite se fonde sur le fait que l’évaluation de l’impact du projet sur l’environnement est incomplète.

La Cour Suprême de Colombie-Britannique décrète que le gouvernement provincial a « déshonoré la Couronne en manquant à son devoir de consulter » les Gitga’at (voir Tsimshians) et les autres Premières Nations au sujet du Northern Gateway, en janvier 2016, et des mois après, le premier ministre Justin Trudeau confirme que le projet ne recevra pas l’approbation de son gouvernement.

Projet gazier du Mackenzie

Soumis pour la première fois dans les années 1970, le pipeline de la vallée du Mackenzie (appelé plus tard le projet gazier du Mackenzie) est d’abord destiné à livrer du gaz naturel depuis le delta du fleuve Mackenzie, dans la mer de Beaufort, jusqu’en Alberta, en passant par les régions des Inuvialuits, des Gwich’in, du Sahtu et du Deh Cho, dans les Territoires du Nord-Ouest. Le projet est reporté pendant toute une décennie, puis indéfiniment, tandis que les revendications territoriales autochtones et les questions de propriété des infrastructures de ressources sont réglées pendant les années 1980 et 1990.

En 2004, la Compagnie Pétrolière Impériale, basée à Calgary, présente une requête à l’ONE pour obtenir la permission de construire un pipeline d’une valeur de 16,2 milliards de dollars permettant de livrer près de 34,3 millions de mètres cubes de gaz naturel chaque jour en l’Alberta sur une distance d’environ 1 200 km. L’ONE donne son approbation au projet en 2010 et donne à la Compagnie Pétrolière Impériale et ses partenaires jusqu’au 31 décembre 2015 pour commencer la construction.

En août 2015, la Compagnie Pétrolière Impériale demande à l’ONE une extension; elle désire avoir jusqu’en 2022 pour commencer la construction du pipeline, prétextant qu’elle a besoin de plus de temps afin d’évaluer si le marché du gaz naturel en Amérique du Nord est assez solide pour justifier de mener le projet à terme. Certains groupes autochtones, dont la Société régionale Inuvialuit, le Conseil tribal des Gwich’in et la Société foncière du district de Tulita, expriment publiquement leur soutien au projet et à l’extension proposée. Les deux premières de ces organisations, aux côtés du Sahtu Pipeline Trust, s’allient à l’initiative sous le nom du Aboriginal Pipeline Group.

Des groupes écologistes s’opposent à l’extension en se basant sur l’évolution du marché de l’énergie, la sensibilisation croissante aux changements climatiques et les changements survenus au sein du gouvernement fédéral depuis l’approbation du projet en 2010. L’un de ces groupes, Alternatives North, soutient que les conséquences à long terme du pipeline sur le plan des gaz à effet de serre devraient faire interdire sa construction.

En juin 2016, l’ONE annonce que le projet gazier du Mackenzie est encore dans l’intérêt du public, et accorde à la Compagnie Pétrolière Impériale et ses partenaires jusqu’en 2022 pour en débuter la construction, au risque de devoir soumettre le projet à une nouvelle évaluation de son impact sur l’environnement. En décembre 2017, toutefois, le partenariat annonce l’annulation de son projet de pipeline.