Confédération Haudenosaunee

La Confédération Haudenosaunee, initialement composée de cinq nations – les Onöndowàga (Sénécas), les Goyogohó:no (Cayugas), les Onöñda’gega (Onondagas) et les Onyota’a:ka (Oneidas) –, est formée sans doute quelque temps avant le contact avec les Européens. La sixième nation, celle des Tuscaroras, s’y joint plus tard, entre 1722 et 1723. On fait désormais référence à la Confédération sous le nom de Confédération Rotinonhsyón:nih ou Confédération des Six-Nations.

L’histoire de la formation de la Confédération attribue un rôle important aux Mohawks et à leur chef, Hiawatha, dans la création de l’union politique entre les cinq nations Haudenosaunee d’origine, établies au sud et à l’est du lac Ontario. Le témoignage oral raconte que Deganawida (le Pacificateur) voyage de son lieu de naissance sur la baie de Quinte jusqu’en pays mohawk. Là-bas, il rencontre Hiawatha, qu’il convainc de diffuser son message de paix. Hiawatha devient ainsi le porte-parole du Pacificateur, et les deux convoquent un conseil de 50 chefs. On établit la structure de la Confédération et on plante l’Arbre de la Grande Paix. Toutes les nations Haudenosaunee, et leurs alliées, s’assoient dans l’ombre de cet arbre symbolique.

Territoire ancestral

Les Kanyen’kehà:ka occupent des territoires situés dans des régions de ce qui constitue aujourd’hui le nord de l’État de New York et, plus tard, la région du Saint-Laurent au Canada. Étant donné que de tels territoires kanyen’kehà:ka précèdent la création de la frontière canado-américaine, certains d’entre eux, comme la réserve Akwesasne, près de Cornwall, en Ontario, chevauchent les frontières entre l’Ontario, le Québec et l’État de New York.

Territoire traditionnel mohawk.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Vie traditionnelle

Les Kanyen’kehà:ka et leurs voisins sont des peuples agricoles qui dépendent des « trois sœurs » (le maïs, le haricot et la courge) pour se nourrir. Si les champs sont d’abord dégagés par les hommes, la responsabilité de planter et de s’occuper des récoltes, et de les cueillir, incombe aux femmes du village.

Peuple iroquoien, les Kanyen’kehà:ka vivent dans des maisons longues qui servent de refuge à leur famille. Les villages de maisons longues sont relativement grands et abritent au moins 1 000 habitants. (Voir aussi Histoire de l’architecture : Autochtones.)

Commerce des fourrures et guerres coloniales

Lorsque les Français s’établissent sur les rives du fleuve Saint-Laurent, ils s’allient aux Hurons-Wendats et aux Algonquins, voisins des Kanyen’kehà:ka au nord. En 1609 et 1610, ceux-ci mettent en déroute les Kanyen’kehà:ka, aidés par Samuel de Champlain. Les Kanyen’kehà:ka se tournent donc vers l’est, où ils chassent les Mohicans de la vallée Mohawk et obtiennent l’accès aux commerçants hollandais du fort Orange (aujourd’hui Albany, dans l’État de New York). En 1640, ayant épuisé leurs propres stocks de castors, ils pillent les flottilles de fourrures qui arrivent pour faire du commerce avec les Français. (Voir aussi Traite des fourrures.)

Une trêve est négociée entre la Nouvelle-France et les Kanyen’kehà:ka en 1645. Le père Isaac Jogues tente d’établir une mission jésuite dans leur territoire, mais il est soupçonné de sorcellerie et tué. Peu après, les Kanyen’kehà:ka et les Onöndowàga (Sénécas) s’unissent pour expulser les Hurons-Wendats de leur terre natale.

Les Français incendient les villages kanyen’kehà:ka à l’automne 1666, avant de se déclarer en faveur de la paix. Les Jésuites fondent une mission et encouragent leurs convertis à fuir l’influence anglaise en s’installant sur les rives du Saint-Laurent, où ils fondent des communautés dans les années 1670. On compte parmi ceux qui s’y installent une jeune Kanyen’kehà:ka, Kateri Tekakwitha, dont le dévouement à sa nouvelle religion catholique lui vaudra d’être canonisée en 2012 par le pape Benoît XVI.

La guerre entre les Kanyen’kehà:ka et la Nouvelle-France éclate de nouveau dans la vallée Mohawk, et des villages mohawks sont incendiés en 1693. Certains Kanyen’kehà:ka catholiques se tournent alors contre leurs propres familles en aidant les Français. La confédération Haudenosaunee négocie des traités de paix et de neutralité avec les Français et les Britanniques en 1701. (Voir aussi Grande Paix de Montréal (1701).)

En 1710, trois chefs Kanyen’kehà:ka et un Mohican se rendent à Londres, où ils sont présentés à la reine Anne. Pour contrer l’influence des Français et des Jésuites, on leur promet la venue de missionnaires anglicans, et la reine leur offre des pièces d’argent pour la construction d’une chapelle. En tant qu’alliés des Français, les Kanyen’kehà:ka catholiques de la région du Saint-Laurent jouent un rôle important dans la destruction de Deerfield (1704) et de Groton (1707), dans le Massachusetts.

Relations avec les Britanniques

Au cours du 18e siècle, les Kanyen’kehà:ka, regroupés dans deux villes principales sur la rivière Mohawk, sont de plus en plus en minorité par rapport aux colons venus d’Europe. Ils adoptent les types de maisons de leurs voisins et entretiennent des liens étroits avec l’administration britannique.

Le surintendant des affaires indiennes (voir Indien), sir William Johnson, épouse une Kanyen’kehà:ka, Mary Brant, et utilise les guerriers kanyen’kehà:ka contre les Français dans la guerre de Sept Ans (connue en Amérique du Nord comme la guerre entre les Français et les Indiens). William Johnson meurt avant le début de la Révolution américaine. Cependant, les Mohawks s’engagent dans ce conflit en 1777 sous le commandement de Thayendanegea (Joseph Brant, frère de Mary Brant), tout juste rentré d’Angleterre. Joseph Brant et ses guerriers infligent plusieurs défaites aux Américains, mais ils sont finalement forcés d’abandonner leurs maisons. Celles-ci sont confisquées et utilisées par les colons américains.

Après la guerre, Joseph Brant et ses hommes s’installent près de la rivière Grand sur une concession (aujourd’hui appelée « réserve des Six Nations ») que leur accorde le gouverneur Frederick Haldimand (voir Proclamation Haldimand). D’autres Kanyen’kehà:ka, dirigés par John Deserontyon, s’établissent dans la baie de Quinte. La plupart étant anglicans, l’argent donné par la reine Anne est partagé entre les deux réserves.

Joseph Brant et Teyoninhokarawen (John Norton) mènent également de nombreux Kanyen’kehà:ka au combat pendant la guerre de 1812, où ils luttent du côté des Britanniques. (Voir aussi Participation des Premières nations et des Métis à la guerre de 1812.) Cette alliance perdure jusqu’au 19e siècle, lorsque d’habiles navigateurs kanyen’kehà:ka de Kahnawake, près de Montréal, sont recrutés pour transporter l’armée du général Garnet Wolseley sur le Nil en 1884-1885. (Voir aussi Expédition sur le Nil.) Les Kanyen’kehà:ka (et les peuples autochtones canadiens en général) appuient les forces armées dans les deux guerres mondiales, ainsi que dans d’autres conflits armés.

Religion et spiritualité

De nombreux Kanyen’kehà:ka sont convertis au christianisme pendant les années de la colonisation. Catholiques romains pendant quelque 250 années, certains résidents de Kahnawake et d’Akwesasne (Saint Regis) réintègrent toutefois au 20e siècle leurs systèmes de croyances traditionnelles, comme la religion de Handsome Lake. Des communautés de maisons longues sont également fondées à Kahnawake dans les années 1920 et à Akwesasne dans les années 1930. (Voir aussi Autochtones : religion et spiritualité.)

Économie et développement

Les Kanyen’kehà:ka vivant en Ontario et dans la région du Saint-Laurent s’intègrent de plus en plus à l’économie et à la société des colons venus s’installer près de leurs communautés. À la fin du 19e siècle, plusieurs des Kanyen’kehà:ka de la réserve des Six Nations sont devenus des fermiers accomplis.

Depuis plus d’un siècle, le travail dans le secteur de l’acier de construction est devenu en quelque sorte le métier national des Kanyen’kehà:ka, surtout de ceux qui habitent Kahnawake. Cela commence en 1886, lorsque la Dominion Bridge Company construit le pont ferroviaire du Saint-Laurent, qui traverse une partie de la réserve de Kahnawake. L’entreprise, après avoir accepté d’employer les Mohawks de Kahnawake pour la réalisation du projet, constate rapidement leurs compétences dans le travail de l’acier. Celui-ci ne tarde pas à devenir le métier de nombreux Mohawks de Kahnawake.

Langue

Le kanyen’kéha (la langue mohawk) est considéré comme sur le point de s’éteindre. C’est une langue menacée dont les utilisateurs actifs sont membres de la génération des grands-parents ou de la précédente. D’après les informations fournies par les communautés kanyen’kehaka, il y aurait environ 932 locuteurs natifs du kanyen’kéha dans le monde, avec 14 lignées familiales n’ayant jamais cessé de transmettre la langue à leurs enfants à la maison. Il y aurait également environ 32 locuteurs du kanyen’kéha comme langue seconde, lesquels élèvent au total au moins 28 enfants bilingues. Il est encourageant de constater, toutefois, que le statut linguistique du kanyen’kéha est en hausse, avec un nombre croissant de locuteurs au sein des communautés kanyen’kehà:ka. (Voir également Langues autochtones au Canada.)

Défense des droits ancestraux

Les Kanyen’kehà:ka militent pour la défense de leurs terres et de leurs droits contre l’empiétement. Ils poursuivent activement la revendication des terres qui leur ont été enlevées illégalement. Dans les années 1950, les résidents de Kahnawake s’opposent à la confiscation de leurs terres pour la construction de la voie maritime du Saint-Laurent.

Les questions de frontière sont depuis longtemps une source de conflit à Akwesasne. Les Kanyen’kehà:ka de Kanesatake et Kahnawake en viennent même aux armes avec la police de Québec et l’armée canadienne à la suite de contestations portant sur le territoire à Oka, près de Montréal, à l’été 1990. (Voir aussi Crise d’Oka.)

À Akwesasne, un profond fossé se creuse entre ceux qui se disent en faveur de l’ouverture de casinos et ceux qui s’y opposent, ce qui mène, au plus fort du conflit, à des affrontements violents aux conséquences tragiques. Les Mohawks de la réserve des Six Nations occupent des terres à Caledonia, en Ontario, soutenant que celles-ci leur ont été extorquées illégalement. (Voir aussi Droits des Autochtones au Canada.)

Personnalités connues

Beaucoup de Kanyen’kehà:ka connaissent la gloire bien au-delà des frontières de leurs communautés. Quelques exemples :

L’écrivaine Pauline Johnson est surtout connue pour sa poésie et ses prestations sur scène au tournant du 20e siècle. Jay Silverheels figure dans plusieurs films hollywoodiens et immortalise le personnage de Tonto dans la série télévisée Lone Ranger.

Kahn-Tineta Horn s’illustre comme mannequin et ardente défenseure des droits des Kanyen’kehà:ka. Sa fille, Waneek Horn-Miller, suit ses traces dans la défense des droits autochtones, en plus d’être cocapitaine de l’équipe olympique canadienne de water-polo en 2000. Survivante d’une attaque à la baïonnette par un soldat lors de la crise d’Oka (lorsqu’elle n’avait que 14 ans), Waneek Horn-Miller poursuit aujourd’hui ses activités de défense des droits.

Roberta Jamieson occupe le poste d’ombudsman du gouvernement de l’Ontario de 1989 à 1999. Dans sa jeunesse, Robbie Robertson passe ses étés dans la famille de sa mère sur la réserve des Six Nations. Il deviendra un célèbre rockeur avec son groupe The Band.

Enjeux contemporains

En 1981, une loi adoptée par le Conseil des Mohawks de Kahnawake interdit à tout membre de la bande ayant épousé une personne non autochtone de vivre sur son territoire. En 2014, sept personnes intentent une poursuite contre le Conseil, contestant cette loi. S’ajoutent à ces sept personnes neuf autres plaignants en 2015. En avril 2018, la Cour supérieure du Québec déclare la loi inconstitutionnelle.