Enfance

Mary Greyeyes naît en 1920 sur la réserve de la nation crie de Muskeg Lake située au nord de Saskatoon, en Saskatchewan (voir aussi Cri). Elle a quatre frères et six sœurs. À cinq ans, elle fait son entrée au pensionnat indien St. Michael à Duck Lake, en Saskatchewan.

Son frère préféré, David Greyeyes-Steele, qui sert également dans l’armée canadienne durant la Deuxième Guerre mondiale, contribue à soutenir financièrement la famille.

Au terme de sa huitième année, Mary Greyeyes prend des leçons le soir auprès d’une religieuse. De jour, elle cuisine, nettoie, coud et fait la lessive pour l’école.

Enrôlement

Mary Greyeyes décide de suivre l’exemple de son frère David qui s’est joint à l’armée. Elle se rend à Regina en juin 1942 pour s’enrôler à son tour.

Les forces armées canadiennes amorcent le recrutement de femmes en 1941. Mary Greyeyes redoute le test écrit obligatoire en raison de son éducation limitée, mais elle le réussit. À l’âge de 20 ans, elle devient la première femme autochtone à se joindre aux forces armées canadiennes à titre de membre du service féminin.

Carrière militaire

Déployée sur la base canadienne à Aldershot, en Angleterre, Mary Greyeyes s’affaire à la cuisine et à la lessive, une tâche qu’elle déteste. Quand elle sollicite un transfert auprès de son sergent, ce dernier, qui souhaite la voir rester à son poste, écrit sur le formulaire : « Ne sait pas parler anglais ».

Mary Greyeyes est éventuellement transférée à Londres, en Angleterre, où elle cuisine aux quartiers généraux de guerre. Ses supérieurs, qui veulent donner l’apparence d’un milieu de travail où la diversité est mise de l’avant, emmènent Mary Greyeyes à différents événements publics. À l’un d’entre eux, elle fait la rencontre de la princesse (et future reine) Elizabeth II, de la reine mère et du roi George VI. Des photos d’elle en compagnie de personnalités publiques apparaissent dans divers quotidiens londoniens.

Mary Greyeyes reste à Londres jusqu’en 1946. En septembre de cette année, le gouvernement canadien dissout le service féminin de l’armée canadienne puisqu’il le juge inutile en temps de paix. Libérée de ses obligations, Mary Greyeyes retourne à Muskeg Lake. Plus tard, elle qualifie ses années dans l’armée comme les meilleures de sa vie.

Photo en temps de guerre

À la fin de juin 1942, le sergent de Mary Greyeyes et deux gendarmes de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) demandent à la soldate de poser pour une photo visant à encourager davantage de femmes à s’enrôler. En retour, on lui offre un nouvel uniforme et un repas copieux.

La GRC offre vingt dollars à Harry Ball, vétéran de la Première Guerre mondiale et conseiller de la bande de Piapot, une réserve autochtone située au nord-est de Regina, pour participer dans la même photo (voir aussi Les peuples autochtones et les guerres mondiales). Harry Ball prend la pose dans un costume de chef autochtone (il ne deviendra chef que des années plus tard), portant une coiffe à plumes ainsi qu’une couverture avec des accessoires empruntés, incluant une pipe.

Sur la photo, on voit Mary Greyeyes agenouillée, en uniforme, devant Harry Ball. Pendant plusieurs années, l’image, d’abord publiée dans le Regina Leader-Post, est libellée : « Une princesse indienne non identifiée reçoit la bénédiction de son chef et père d’aller combattre ». La photo est distribuée à travers le Canada et dans tout l’Empire britannique.

Plus d’un demi-siècle après la publication de la photo de 1942, Melanie Fahlman Reid, la bru de Mary Greyeyes, corrige la légende, ajoutant le nom de la soldate et spécifiant certains détails.

Vie personnelle et après-guerre

De retour à Muskeg Lake en 1946, Mary Greyeyes passe du temps en famille. Elle déménage éventuellement à Winnipeg, au Manitoba, où elle rencontre son futur mari, Alexander Reid.

Le couple déménage à Victoria, en Colombie-Britannique, et élève deux enfants, Stephen et Stephanie. Mary Greyeyes, également connue sous le nom de Mary Reid, est pendant un certain temps cuisinière dans un restaurant de Victoria.

La famille déménage à Vancouver, probablement en 1960, où Mary Greyeyes habite pendant 36 ans. Elle gagne sa vie à titre de couturière dans l’industrie textile au centre-ville de Vancouver.

Mort

En 2002, souffrant de démence, Mary Greyeyes est admise dans un établissement de soins pour bénéficiaires internes à Vancouver. Elle y meurt dans son sommeil le 31 mars 2011 à l’âge de 90 ans. Mary Greyeyes est enterrée aux côtés de son mari (décédé en 1989) sur la réserve de la nation crie de Muskeg Lake.

Importance

Mary Greyeyes Reid passe à l’histoire en tant que première femme autochtone à se joindre à l’armée canadienne. Grâce à la photo largement distribuée en temps de guerre, Mary Greyeyes symbolise les tentatives de l’armée canadienne de recruter des femmes et des Autochtones.