L’île Axel Heiberg au Nunavut est la deuxième île la plus septentrionale du Canada. Elle est située dans l’Extrême‑Arctique, à environ 1 200 km du pôle Nord. Avec ses 370 km de long et ses 43 178 km2, elle s’étend sur une superficie comparable à celle de la Suisse.

Géographie

L’île Axel Heiberg repose sur un socle épais et permanent de pergélisol, c’est‑à‑dire un sol qui reste gelé pendant au moins deux années consécutives, dont la profondeur, mesurée dans les années 1970, à l’époque de l’exploration pétrolière et gazière dans l’Arctique, était comprise entre 400 et 600 m. Son climat est de type « désertique polaire » avec des hivers froids et secs et des étés frais. Les températures moyennes, fournies par la station météorologique à long terme la plus proche, la Station météorologique Eureka située sur l’île voisine d’Ellesmere, sont de -36,1 °C en janvier, de 5,4 °C en juillet, et de -19,7 °C sur l’ensemble de l’année. Environ 35 % de la superficie de l’île est recouverte de glace toute l’année, notamment par deux calottes glaciaires principales, les calottes glaciaires Müller et Stacie, ainsi que par d’autres types de glaciers, dont des glaciers de vallée. Le restant du sol est essentiellement dénudé, car la végétation y est rare. Les monts de la Princesse‑Margaret, dont le plus haut sommet, le pic Outlook, s’élève à 2 210 m, dominent la topographie. La côte de l’île se compose de trois baies, les baies Whitsunday, Sand et Good Friday, et d’une multitude de fjords, notamment les fjords Expedition, Strand, Li, Middle, Skaare, Wolf et Glacier.

Géologie

L’île est située dans le bassin Sverdrup, un bassin sédimentaire de 1 000 km sur 350 km englobant la partie occidentale des îles de la Reine‑Elisabeth, de l’île du Prince‑Patrick au nord de l’île d’Ellesmere. Il y a environ 318 à 66 millions d’années, des sédiments, dont la partie la plus épaisse se trouve sur l’île Axel Heiberg, se sont accumulés sur près de 13 km dans ce bassin. Des sels se sont également déposés dans la région au début de l’histoire du bassin Sverdrup lorsque l’eau de mer s’est évaporée. Lorsque l’activité tectonique a donné naissance à la chaîne des monts de la Princesse‑Margaret, ce sel accumulé a migré pour former des protubérances salines ou diapirs. L’île Axel Heiberg est dotée de la deuxième plus grande concentration de diapirs dans le monde après l’Iran; sur les 100 qui ont été recensés dans le bassin Sverdrup, 46 se trouvent sur l’île. La présence d’accumulations de sel et de diapirs est souvent le signe de l’existence de réserves de pétrole et de gaz, le sel s’accumulant dans des environnements similaires à ceux qui produisent des hydrocarbures. En outre, il peut agir comme un joint d’étanchéité pour former une enceinte autour des réserves de pétrole, les empêchant de migrer.

Faune et flore insulaires

La végétation qui émaille, ça et là, le désert polaire de tâches éparses se compose en grande partie d’espèces d’herbes et d’arbustes. Cependant, ça n’a pas toujours été le cas. À l’été 1985, on a découvert, sur la côte orientale de l’île Axel Heiberg, des alignements de grosses souches d’arbres momifiés qui sont devenus célèbres sous le nom de « forêt de fossiles ». Ces souches ont depuis été datées et remontent à plus de 45 millions d’années, la preuve que le Grand Nord était à cette époque beaucoup plus chaud et plus humide qu’aujourd’hui. Cette forêt fossile n’est pas pétrifiée; elle contient donc toujours l’intégralité de la matière organique d’origine, permettant d’avoir un aperçu unique sur un ancien écosystème. Les souches, les rondins, les graines, les cônes et les feuilles sont parfois si bien conservés qu’il est difficile de les distinguer de leurs pendants actuels. L’espèce d’arbre la plus commune est le métaséquoia, mais on y trouve également des mélèzes, des platanes, des sycomores, des châtaigners d’eau, des épicéas et des pins.

À la fin des années 1990, on a également obtenu des preuves animales de l’existence passée d’un climat semi-tropical sur l’île Axel Heiberg. On a en effet découvert des fossiles d’alligators et de tortues au fjord Mokka, et des fragments de dents fossilisés d’un herbivore géant éteint ressemblant à un énorme rhinocéros, le brontotheriidae, ont été trouvés sur le site de la forêt des fossiles.

On trouve des lièvres arctiques partout sur l’île Axel Heiberg, tandis que les bœufs musqués habitent les basses terres. Les espèces présentes les moins répandues comprennent le loup, le renard arctique, le lemming et le caribou de Peary. Plusieurs espèces d’oiseaux son présentes sur l’île, notamment le sterne arctique, l’oie, le labbe, le plectrophane des neiges et le lagopède.

Histoire du peuplement humain de l’île

Les Européens ont aperçu l’île Axel Heiberg pour la première fois en 1899, lors de l’expédition norvégienne d’exploration et d’attribution de noms aux zones encore inconnues de l’Arctique menée par Otto Sverdrup de 1897 à 1902. Elle doit son nom à Axel Heiberg, un Norvégien qui était l’un des commanditaires de l’expédition. Aujourd’hui, elle est inhabitée, la communauté la plus proche étant le fjord Grise dans le sud de l’île d’Ellesmere; toutefois, elle abrite deux centres de recherche : la Station de recherches arctiques de McGill (SRAM) et une station de l’Agence spatiale canadienne (ASC). La SRAM, créée en 1960 par l’Université McGill, compte au nombre de ses projets l’étude du glacier White, l’un des glaciers officiels de référence de la Convention‑cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Des études montrent que les glaciers White et Baby sur l’île Axel Heiberg perdent de la glace presque chaque année depuis la fin des années 1970, un signe que le changement climatique produit déjà ses effets sur les régions de latitude élevée. Le camp de l’ASC a été établi en 2007, à 10 km à l’ouest de la SRAM, le long du fjord Expedition. L’île présente un intérêt pour l’ASC, car son climat froid et sec en fait un endroit idéal pour étudier les processus qui pourrait se produire sur la planète Mars. Désormais, la SRAM et l’ASC collaborent à ces recherches sur les planètes.