Origine de la Fédération des femmes du Québec

Dans les années 1960, alors que les élues dans les instances politiques sont peu nombreuses au Québec, des femmes s’organisent en associations afin d’exercer des pressions sur les gouvernements, et défendre ainsi leurs droits et leurs intérêts. Thérèse Casgrain prend l’initiative de rassembler des femmes lors d’une célébration soulignant le 25e anniversaire de l’obtention du droit de vote des Québécoises. C’est dans la foulée de cet événement que naît la Fédération des femmes du Québec en 1966. On souhaite faire de la nouvelle fédération une « force de frappe » pour accéder à l’égalité des droits avec les hommes et rassembler les groupes de femmes du Québec (voir Femmes et loi). Le congrès de fondation se tient à Montréal, les 23 et 24 avril 1966. Près de 400 femmes y participent, certaines à titre individuel, les autres comme déléguées de 38 associations.

Deux types de membres s’inscrivent à la Fédération. Quatre-vingt-seize femmes y adhèrent à titre individuel et 10 associations en deviennent membres au cours de l’année qui suit le congrès de fondation. Les membres associatives proviennent des groupes de femmes ou des comités de femmes au sein d’organisations mixtes, tels les syndicats ou les organismes communautaires. Il s’agit notamment du Young Women’s Christian Association (YWCA), de l’Association des Femmes diplômées d’universités du Québec(AFDU) (les sections de Montréal et de Québec), du Cercle des femmes journalistes, de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), de la Société d’études et de conférences de Montréal et de Québec, de La Voix des femmes, de La Ligue des femmes du Québec et des Loisirs Saint-Urbain.

Au tournant des années 1980, plus d’une trentaine d’associations sont membres de la FFQ. En 2016, cette dernière en regroupe 193. Cette importante représentativité contribue à faire de la Fédération un leader du mouvement des femmes au Québec.

Ses débuts

La Fédération des femmes du Québec est née de la deuxième vague du féminisme. La première vague renvoie à la lutte pour l’obtention du droit de vote des femmes, alors qu’on associe le féminisme de la deuxième vague à la résurgence du féminisme au début des années 1960 (voir Début des mouvements de femmes au Canada : 1867-1960; Mouvement des femmes au Canada : 1960 à 1985). À cette époque, on assiste au Québec et ailleurs dans le monde à l’apparition de nouveaux groupes féministes qui se mobilisent autour de revendications telles que le droit à l’avortement et à la contraception, l’équité salariale et la rémunération du travail ménager.

Les trois dossiers principaux sur lesquels se penche la Fédération des femmes du Québec sont la famille, le travail salarié et les enquêtes sur le statut de la femme (voir notamment Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada). Très tôt dans son histoire, la FFQ revendique la parité des salaires entre les hommes et les femmes. En 1967, la première présidente de la FFQ, Réjane Laberge-Colas, déplore l’absence au Québec de lois portant sur la parité des salaires et sur les congés de maternité payés. Au-delà de toutes allégeances, des syndicalistes militent à la FFQ pour faire avancer ces dossiers concernant la main-d’œuvre féminine.

La Fédération des femmes du Québec s’inscrit dans le courant du féminisme égalitaire qui réclame l’égalité de droit et de fait pour les femmes. Le discours officiel de la FFQ, dans les mémoires qu’elle soumet aux autorités municipales, provinciales et fédérales, se fonde sur les notions d’égalité entre les sexes et la reconnaissance des droits des femmes, propres à ce courant féministe.

Au début des années 1970, la FFQ participe à la mise en place de structures originales de représentation des femmes à l’intérieur des gouvernements québécois et canadien, soit le Conseil du statut de la femme (CSF) et le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme (CCCSF).

Depuis 1975, la FFQ prend position officiellement sur l’avortement. Elle milite en faveur du droit des femmes de choisir de poursuivre ou non une grossesse. Dans les années 1980, elle est membre de la Coalition québécoise pour le droit à l’avortement libre et gratuit. Elle dénonce la violence du discours du mouvement Pro-Vie International et participe à des émissions de radio et de télévision sur l’avortement. La FFQ poursuit toujours cette lutte pour le respect des droits reproductifs des femmes.

La question nationale du Québec

La FFQ se définit comme une organisation non partisane. Toutefois, elle prend part aux débats politiques qui touchent l’avenir constitutionnel du Québec.

Dans les premières années de son existence, la FFQ est nationaliste canadienne (voir Nationalisme). En 1980, lors du premier référendum sur la souveraineté du Québec, Sheila Finestone s’engage publiquement dans le débat référendaire, comme présidente de la FFQ, pour faire avancer l’option du « NON ». Avec des membres influentes de la Fédération et d’autres féministes fédéralistes, elle organise de grands rassemblements de femmes s’opposant à la souveraineté du Québec,les manifestations des « Yvettes ». Ce mouvement qui connaît un succès retentissant est considéré comme un geste politique des plus marquants dans cette campagne référendaire et un élément déterminant de la victoire du « NON », le 20 mai 1980.

Lorsqu’on analyse les origines, le cheminement et les revendications du Comité canadien d’action sur le statut de la femme (CCA), on constate une parenté évidente avec la FFQ qui en est membre à certaines périodes de son histoire, mais s’en retire à d’autres moments. En effet, alors que les deux organismes militent ensemble et luttent solidairement contre certaines décisions gouvernementales, la question nationale du Québec entraîne parfois des ruptures.

La Fédération des femmes du Québec devient à la fin des années 1980 nationaliste québécoise. Dans les années 1990, pour la première fois de son histoire, la FFQ adopte une position favorable à la souveraineté du Québec. D’abord, sur un mode défensif, elle réagit aux propos des féministes canadiennes, comme celles du CCA qui craignent que l’Accord du lac Meech (1987) que s’apprêtent à signer les provinces et le gouvernement fédéral porte atteinte à leurs droits. Dans le mémoire qu’elle présente en novembre 1990 à la Commission sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec, la FFQ affirme clairement son orientation nationaliste. On associe la libération des femmes à la libération nationale, entendue comme la possibilité pour le peuple québécois de se définir et de s’autodéterminer.

Des actions politiques

À partir des années 1970, la FFQ offre des formations en leadership, donne des cours d’initiation à la vie politique et organise des journées sur un parlement modèle. Lors des élections, la Fédération appuie les candidates et questionne les partis sur les priorités relatives aux femmes.

La Fédération est aussi un lieu d’apprentissage où les présidentes, qui ont déjà un solide bagage en matière de militantisme, se familiarisent avec le domaine politique. Ainsi, pour Yvette Boucher-Rousseau, Sheila Finestone, Céline Signori, Constance Middleton-Hope, Vivian Barbot et Françoise David, la présidence de la FFQ sera un véritable tremplin pour leur carrière politique.

De multiples comités ont vu le jour à la FFQ et se sont penchés sur différents problèmes. Des enjeux et des préoccupations comme l’environnement, le pacifisme, la reconnaissance des lesbiennes, les femmes des communautés culturelles, la mondialisation, la prostitution, les aînées, l’homophobie, la laïcité et l’intersectionnalité sont traités dans ces comités où les femmes s’outillent pour l’analyse et l’action féministes.

En coalition

Dans les années 1980, la Fédération des femmes du Québec modifie sensiblement son discours et ses actions concernant le type de féminisme qu’elle défend. Le discours sur les droits des femmes demeure, mais le ton devient plus marxisant, plus à gauche (voir Marxisme). La FFQ veut s’attaquer aux inégalités sociales et à la pauvreté des femmes. Ne pouvant mener seule tous les combats qu’elle envisage, elle participe à des coalitions et à des manifestations dans la rue. Ainsi, en 1985, elle œuvre de concert avec le Front de défense des non­-syndiquéEs et appuie par des gestes concrets la campagne visant l’augmentation du salaire minimum.

À la fin des années 1980, la FFQ travaille avec des instances de centrales syndicales québécoises qui s’occupent de la condition féminine à promouvoir la Journée internationale des femmes qui a lieu chaque année le 8 mars. Cette coalition ‒ qui se nomme aujourd’hui le Collectif 8 mars ‒ produit une affiche et une épinglette, organise et coordonne des activités de représentation politique entourant cet événement. La FFQ profite de cette journée pour célébrer le chemin parcouru par les femmes et faire avancer des revendications précises.

En solidarité avec les femmes autochtones du Québec et du Canada

Dans les années 1970, la FFQ dénonce l’iniquité de la Loi sur les Indiens et revendique des modifications à cette loi discriminatoire (voir Préjugés et discrimination au Canada). Avec son association membre, Femmes autochtones du Québec, la FFQ appuie le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme dans ses démarches afin de redonner aux femmes autochtones et à leurs enfants les droits qu’elles ont perdus.En 1985, le Parlement fédéral adopte les modifications à la Loi sur les Indiens permettant aux femmes autochtones ayant épousé des non-autochtones de récupérer leur statut et le droit d’appartenir à leur bande (voir Questions relatives aux femmes autochtones).

En octobre 2004, l’organisme Femmes autochtones du Québec, qui n’est alors plus membre de la FFQ, signe un protocole de solidarité mutuelle. On souhaite établir un rapport de nation à nation et le protocole vient sceller l’engagement d’agir solidairement dans le respect des droits afin de transformer les rapports inégalitaires. Dans les années 2010, la FFQ participe à la mobilisation qui permet d’obtenir une commission d’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées au Canada.

La marche Du pain et des roses (1995)

Dans les années 1990, la Fédération des femmes du Québec se rapproche du féminisme radical. Alors que les finances publiques subissent les contrecoups d’une crise économique, la FFQ réagit aux orientations de l’État québécois qui se donne comme objectif de diminuer le déficit sans ménager les plus démunis. La FFQ dénonce le néolibéralisme et élabore une approche critique de la mondialisation économique. Elle s’engage dans la lutte à la pauvreté.

C’est Françoise David, alors présidente de la FFQ, qui propose la marche Du pain et des roses. À partir du 26 mai 1995, trois contingents regroupant 800 femmes marchent jusqu’à Québec depuis Montréal, Longueuil et Rivière-du-Loup et présentent une série de revendications contre la pauvreté au gouvernement québécois. La marche Du pain et des roses bénéficie d’un réel appui populaire et d’une bonne couverture médiatique. À son terme le 4 juin 1995, Jacques Parizeau alors premier ministre du Québec, accueille les marcheuses devant l’Assemblée nationale. À quatre mois de la tenue d’un second référendum sur la souveraineté du Québec, le gouvernement répond favorablement à plusieurs revendications, entre autres, l’augmentation substantielle du salaire minimum, l’adoption de lois sur l’équité salariale et la perception automatique des pensions alimentaires.

La Marche mondiale des femmes (2000)

Dans les années 2000, la FFQ engage ses ressources à contrer les violences envers les femmes. Elle participe à des actions telles que la campagne annuelle des 12 jours d’action contre la violence envers les femmes et milite pour le maintien du registre des armes à feu au Canada (voir Contrôle des armes à feu).

La FFQ vise aussi une meilleure redistribution des richesses. Elle se mobilise contre le désinvestissement de l’État et milite au sein de la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services publics et du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

C’est lors de la marche Du pain et des roses que l’idée d’entreprendre une marche mondiale des femmes pour souligner le début du XXIe siècle a germé. La FFQ contribue à la formation de La Coalition nationale des femmes contre la pauvreté et la violence, qui est responsable de l’organisation de la marche au Québec. On crée également un comité canadien de la marche et un comité de liaison international.

Ainsi, la Fédération des femmes du Québec connait dans les années 2000 une transnationalisation des solidarités qui se manifeste par des alliances entre groupes de femmes de divers pays. La Marche mondiale des femmes permet à des centaines d’organisations féministes de mettre en commun leur vécu et leurs aspirations. Elles élaborent ensemble une plateforme de revendications autour de deux axes, soit la lutte à la pauvreté et la dénonciation des violences dont les femmes sont victimes. La stratégie vise à négocier avec les gouvernements des différents pays impliqués afin d’obtenir des réponses positives aux demandes des femmes. À partir du 8 mars 2000, des femmes de près de 6 000 groupes issus de 161 pays marchent à travers le monde. Les grandes marches communes auront lieu du 15 au 17 octobre. Au terme de la marche à Montréal, la présidente de la FFQ, Françoise David, se dit déçue des réponses des gouvernements provincial et fédéral aux revendications et critique le maigre 10 cents d’augmentation du taux horaire du salaire minimum qui vient d’être accordé.

Le 17 octobre 2000, la Marche mondiale des femmes culmine par une manifestation pacifiste dans les rues de New York. Des femmes d’une centaine de pays se rassemblent sur Union Square. Une délégation de la Marche est accueillie au siège de l’Organisation des Nations Unies pour porter les revendications; elle remet aux responsables onusiens les cinq millions de signatures d’appui recueillies dans le monde entier. Elle va signifier aux gouvernements quelles sont leurs responsabilités face aux violences et à la pauvreté dont les femmes sont victimes.

Depuis, des millions de femmes à travers le monde ont marché contre la pauvreté et la violence lors des autres éditions de la Marche mondiale des femmes en 2005, 2010 et 2015.

Lutte pour les droits des femmes

Depuis ses débuts, la FFQ critique les programmes, les politiques et les lois adoptés par les gouvernements et veille à ce que les femmes y soient prises en compte. Elle lutte contre les discriminations dont les femmes sont victimes par des actions collectives, des activités de formation et de sensibilisation et au moyen de la représentation politique.

On qualifie la FFQ de réformiste puisqu’elle vise à adapter le système social plutôt qu’à le transformer de fond encomble. Sa mission réécrite en 2015 précise que : « La Fédération des femmes du Québec est une organisation féministe autonome qui travaille à la transformation et à l’élimination des rapports sociaux de sexe et des rapports de domination dans toutes les sphères de la vie, en vue de favoriser le développement de la pleine autonomie de toutes les femmes et la reconnaissance véritable de l’ensemble de leur contribution à la société ».

Voir aussi Mouvement des femmes