Historique

En 1899, le révérend presbytérien néo-écossais Alfred Fitzpatrick (1862-1936), inspiré par le courant de pensée de l’Évangile social, fonde dans le nord de l’Ontario l’Association des camps de lecture (Reading Camp Association), l’ancêtre direct de Collège Frontière. Il souhaite ainsi rendre l’enseignement élémentaire accessible aux collectivités éloignées. L’Association cible notamment les dizaines de milliers de jeunes hommes ‒ principalement des immigrés ne parlant ni français ni anglais ‒ qui vivent et travaillent dans les divers chantiers et campements forestiers, miniers ou ferroviaires (voir construction ferroviaire). Des ouvriers-enseignants se rendent dans les régions éloignées et y travaillent avec les hommes de chantiers, partageant intimement leur existence de labeur. Puis, le soir, ces ouvriers-enseignants dressent des tentes de lecture (reading tents) dans les chantiers même et y regroupent les travailleurs intéressés par l’instruction afin de leur enseigner la lecture, l’écriture et l’arithmétique. Un certain nombre de figures militantes de l’histoire canadienne, comme Norman Bethune et Margaret Strang, ont été ouvriers-enseignants en régions éloignées et ont participé à ces camps de lecture.

Le nom Collège Frontière est une traduction directe de Frontier College. Le mot Frontière n’est pas le nom propre de l’organisme. Il fait plutôt référence à un « collège de la frontière » au sens de la thèse de la frontière, une notion typiquement nord-américaine en vogue dans l’entre-deux-guerres et qui englobait la réalité spécifique des régions éloignées, forestières, montagnardes, riveraines ou lacustres graduellement investies par les pionniers. Continuant le travail de l’Association des camps de lecture, Frontier College prend corps sous ce nom dès 1919. En une quinzaine d’années, il s’implante dans toutes les régions éloignées du Canada, atteignant la Colombie-Britannique en 1932. L’initiative, lancée au Canada anglophone, gagne aussi les milieux francophones. Les premiers ouvriers-enseignants du Québec sont des étudiants de l’Université Laval et de l’Université McGill qui se rendent à Val d’Or, Sept-Îles, La Tuque et Gaspé pendant l’été et travaillent dans les mêmes conditions et au même salaire que leurs confrères ouvriers.

Au fil des années, l’action de l’organisme d’alphabétisation gagne de plus en plus les villages et les villes. Collège Frontière étend ses interventions pédagogiques de terrain aux prisonniers, aux ouvriers des manufactures, aux fermiers, aux pêcheurs, aux travailleurs agricoles (notamment d’origine latino-américaine), aux autochtones et aux immigrants en zone urbaine. Ses services se diversifient et s’adaptent de plus en plus aux nouvelles contraintes sociales de l’instruction publique élémentaire et de l’alphabétisation.

Vocation actuelle

Collège Frontière est aujourd’hui une organisation d’envergure nationale, dont le quartier général se trouve depuis 1986 à la Maison Gzowski, à Toronto. Solidement implanté en Ontario et au Québec, il compte aussi un bon nombre d’employés dans des bureaux régionaux et provinciaux situés dans toutes les parties du Canada. Son réseau d’intervenants bénévoles s’appuie sur la présence de programmes dans plusieurs universités canadiennes. Les étudiants universitaires sont aujourd’hui les principales recrues des programmes d’alphabétisation et de tutorat éducatif de l’organisme.

Dans les conditions contemporaines, les bénévoles de Collège Frontière effectuent principalement des interventions d’alphabétisation en milieu immigrant ou défavorisé. Ils font du tutorat individuel ou de groupe avec des adultes désirant apprendre à lire et à écrire. Ils animent des cercles de lecture avec des enfants de 7 à 12 ans et participent aux programmes d’aide aux devoirs. Ils se chargent également de la gestion, du recrutement et de la formation de nouveaux bénévoles.

Financement

Collège Frontière est un organisme caritatif de type moderne qui mise largement sur la philanthropie et la commercialisation sociale. Ses principales sources de financement sont le gouvernement du Canada et ceux de l’Ontario, du Manitoba, du Yukon, du Nunavut, du Québec, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse, les Villes de Toronto et Winnipeg ainsi qu’un certain nombre de communes du Grand Nord. Contribuent aussi à son financement : des banques et institutions financières, des compagnies d’assurance, des commissions scolaires, de grands organismes parapublics, des entreprises, des fondations, des université, des conseils de bandes autochtones, de grandes centrales syndicales (notamment d’enseignants) ainsi que des particuliers, ces derniers par voie officielle ou anonyme (certains assurent même leurs dons sous forme de legs testamentaire). Une autre contribution substantielle dont bénéficie Collège Frontière depuis ses débuts est évidemment le travail et l’expertise des centaines de bénévoles qui dispensent activement ses programmes éducatifs.

Reconnaissance

En 1977, Collège Frontière a été le premier organisme canadien à recevoir une médaille de l’UNESCO pour son travail exemplaire dans le domaine de la promotion de l’alphabétisation. Le 24 septembre 1999, la Société canadienne des postes a émis un timbre rendant hommage à l’organisme et portant l’inscription Collège Frontière, 1899-1999. L’éducation pour tous.