Carrie Mae Best (née Prevoe), O.C., LL.D., militante pour les droits de la personne, auteure, journaliste, éditrice et communicatrice(née le 4 mars 1903 à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse; décédée le 24 juillet 2001 à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse). Provoquée par des incidents de discrimination raciale, elle devient militante pour les droits civils. Cofondatrice de The Clarion, le premier journal de la Nouvelle-Écosse dont les propriétaires et les éditeurs sont des Noirs canadiens, Carrie Best utilise cette plateforme pour défendre les droits des Noirs. En tant que rédactrice, elle appuie de façon publique Viola Desmond dans son procès contre le Roseland Theatre. Elle exprime son opinion à la radio et dans des publications imprimées pour amener un changement positif à la société de la Nouvelle-Écosse et du Canada.

Jeunesse

Carrie Mae Prevoe grandit à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse, à une époque de discrimination raciale. Bien que la discrimination soit moins prononcée au Canada qu’aux États-Unis, elle est toute aussi destructrice et humiliante. Ses parents, James et Georgina (Ashe) Prevoe, encouragent Carrie et ses deux frères à étudier l’histoire afro-canadienne et à être fiers de leur patrimoine noir. Bien qu’ils n’aient pas bénéficié eux-mêmes d’une bonne scolarisation, les parents Prevoe soulignent l’importance d’une bonne éducation.

Une enfant intelligente, Carrie Prevoe rédige ses premiers poèmes à quatre ans. Adolescente, elle soumet souvent ses lettres d’opinion aux rédacteurs des journaux locaux. Insatisfaite des stéréotypes racistes illustrés dans les livres populaires et dans la culture locale, elle déniche les œuvres de poètes et d’historiens afro-américains.

Observant la force et la dignité calmes de sa mère, Carrie Prevoe sait dès un jeune âge qu’elle n’acceptera pas les restrictions auxquelles les Noirs sont soumis. Les choix de carrière pour les jeunes femmes sont en général limités, mais encore moins d’options sont disponibles pour les femmes non blanches. Carrie Prevoe songe à devenir infirmière, mais aucune école canadienne n’accepte les candidates afro-canadiennes. Elle ne souhaite pas enseigner dans l’une des écoles ségréguées de la Nouvelle-Écosse. Elle refuse de devenir domestique et de faire le ménage de quiconque, sauf le sien.

Carrie Prevoe épouse Albert Theophilus Best, un porteur de bagages des chemins de fer, le 24 juin 1925. Ils auront un fils, James Calbert Best, et recevront plus tard plusieurs enfants recueillis dans leur famille : Berma, Emily, Sharon et Aubrey Marshall.

Roseland Theatre

En décembre 1941, Carrie Best apprend que plusieurs étudiantes du secondaire ont été expulsées de force du Roseland Theatre. Les adolescentes, des Noires, ont essayé de s’asseoir dans la section « réservée aux Blancs » de la salle de cinéma. Carrie Best est scandalisée. Elle argumente avec vigueur contre la politique raciste du Roseland Theatre auprès du propriétaire, Norman Mason, en personne et par correspondance, mais ses arguments tombent dans l’oreille d’un sourd. Le temps arrive donc pour Carrie Best d’aller au cinéma.

Quelques jours plus tard, Carrie Best, alors âgée de 38 ans, et son fils Calbert essaient d’acheter des billets au parterre du cinéma. Le caissier leur émet des billets pour le balcon, la section réservée aux clients noirs. Laissant les billets sur le comptoir, la mère et le fils entrent dans la salle. Lorsque le directeur adjoint leur demande de partir, Carrie Best refuse et la police est appelée. Carrie Best est soulevée de son siège de façon brutale par l’officier. Avec son fils, elle est accusée d’avoir troublé la paix. Tous les deux sont trouvés coupables et on leur impose une amende. Carrie Best peut maintenant engager une poursuite judiciaire contre le Roseland Theatre.

Carrie Best intente une poursuite civile qui spécifie la discrimination raciale et réclame des dommages-intérêts pour voie de fait et batterie, des dommages à son manteau et la violation de contrat. Norman Mason et la Roseland Theatre Company Ltée allèguent que la mère et le fils sont des intrus sans billets. L’affaire, examinée le 12 mai 1942, est refusée : le droit du propriétaire d’exclure quiconque prend le dessus sur la question plus importante du racisme. Le juge ne fait pas qu’ignorer la discrimination, il ordonne aussi à Carrie Best de défrayer les dépenses du défendeur.

Cependant, Carrie Best ne se laisse pas abattre. Les problèmes persistants de racisme et de ségrégation seront bientôt traités sur la place publique par quelque chose de bien plus puissant que le système juridique : Carrie Best fonde un journal.

Appel lancé par The Clarion

En 1946, Carrie Best et son fils, Calbert, fondent The Clarion, le premier journal en Nouvelle-Écosse dont les propriétaires et les éditeurs sont des Noirs canadiens. D’abord un journal grand format de 20 centimètres sur 25 centimètres, The Clarion signale les nouvelles, les activités sportives et sociales, et d’autres événements importants. Incorporé en 1947, le journal met l’accent sur l’amélioration des relations interraciales. Pendant une décennie, il couvre beaucoup de questions importantes et milite pour les droits des Noirs. En 1956, il est rebaptisé The Negro Citizen et commence à être diffusé au niveau national.

Viola Desmond

En 1946, Viola Desmond, une jeune femme d’affaires noire de Halifax, se trouve dans une situation semblable à celle de Carrie et George Best au Roseland Theatre. Elle est esthéticienne, ayant sa propre gamme de produits et une prestigieuse école professionnelle de soins de beauté. En attendant que sa voiture soit réparée à New Glasgow, Viola Desmond décide d’aller voir un film.

Puisqu’elle n’est pas résidente de New Glasgow, Viola Desmond n’est pas au courant de la politique non officielle de ségrégation de la ville. Quand elle achète son billet, on lui en émet un pour un siège situé au balcon. Elle demande de payer le supplément pour avoir une place au parterre, mais la caissière refuse de changer le billet. Néanmoins, Viola Desmond s’installe dans un siège au parterre pour regarder le film.

Le gérant s’approche de Viola Desmond et lui demande de quitter la section « réservée aux Blancs », mais elle refuse. La police arrive et la traîne dehors de force, provoquant chez elle des blessures corporelles et psychologiques. La dame d’affaires est accusée d’avoir commis une fraude à l’égard du gouvernement en ne payant pas la taxe d’un sou, et elle doit aussi passer la nuit dans une cellule de prison. Viola Desmond est choquée et fâchée par la politique discriminatoire de la ville.

Lors de son procès, Viola Desmond (qui n’a pas d’avocat) est trouvée coupable et reçoit une amende de 26 $. Cependant, elle décide de faire appel et trouve une alliée forte en Carrie Best, qui met son histoire bien en évidence dans The Clarion et qui demande aux lecteurs de contribuer à un fonds pour aider Viola Desmond avec ses dépenses de procès. Cependant, leurs efforts se soldent par un échec. Les cinq juges de la Cour suprême de Nouvelle-Écosse rejettent l’appel. La justice n’est accordée qu’en 2010, lorsque Viola Desmond est pardonnée. À ce moment-là, elle est morte depuis 45 ans.

Sur les ondes

Tout en publiant son journal, Carrie Best relève un autre défi. Désireuse d’écouter une radio calmante et inspirante, mais incapable de trouver une programmation qu’elle aime, elle résout le problème en radiodiffusant sa propre émission, The Quiet Corner (le coin tranquille), qui débute en 1952 avec Carrie Best devant le microphone.

Il n’y a pas de rock and roll bruyant dans The Quiet Corner. Entre des segments de musique classique et religieuse, Carrie Best lit de la poésie, divertissant les écouteurs avec les œuvres de Henry Wadsworth Longfellow et Paul Laurence Dunbar. Pendant 12 ans, l’émission répond à un besoin pour le public enthousiaste de quatre stations de radio dans les Maritimes.

Chroniqueuse des droits de la personne

En 1968, le journal The Pictou Advocate embauche Carrie Best pour rédiger une chronique hebdomadaire appelée « Human Rights » (droits de la personne), qui paraît jusqu’en 1975. La chroniqueuse utilise sa plume tranchante pour promouvoir les droits ancestraux, améliorer les conditions de vie dans les réserves et faire avancer les droits civils de base pour tous.

Cependant, la communauté noire fait toujours face à de grandes inégalités. Entre autres, la plupart des résidents noirs du chemin Vale et de ses rues latérales à New Glasgow sont surimposés pour les forcer à vendre leurs propriétés afin de faire de la place pour un nouveau développement. Carrie Best mène une enquête approfondie et publie ses résultats dans sa chronique; ils représentent aussi la base d’un rapport qu’elle soumet à la Commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse.

En 1975, la militante fonde la Kay Livingstone Visible Minority Women’s Society, une association qui fournit un financement pour la scolarisation des femmes noires. Deux ans plus tard, à 74 ans, elle écrit son autobiographie, That Lonesome Road: The Autobiography of Carrie M. Best.

Honneurs

Les contributions de Carrie Best à la défense des droits de la personne sont reconnues aux niveaux provincial et fédéral. Le 18 décembre 1974, le gouverneur général la nomme Membre de l’Ordre du Canada. L’honneur est accordé « au nom de la communauté nègre de la Nouvelle-Écosse, en reconnaissance de son travail acharné en tant qu’écrivaine et communicatrice. » Cinq ans plus tard, elle est promue au rang d’Officier de l’Ordre du Canada en reconnaissance de son dévouement « aux défavorisés, sans égard à leur race, leur couleur, leurs croyances ou leur sexe, et en particulier son propre peuple de la communauté noire. »

Carrie Best devient docteure en 1975, lorsqu’elle reçoit un doctorat honorifique en droit (LL.D.) de l’Université St. Francis Xavier à Antigonish, en Nouvelle-Écosse. En 1992, l’Université de King’s College, à Halifax, lui décerne un doctorat honorifique en droit civil. Cette même université offre aussi une bourse de premier cycle pour étudiants afro-canadiens et autochtones canadiens, la bourse d’études Dr. Carrie Best, en son honneur.

Elle se voit décerner d’autres prix, y compris la médaille de la reine Elizabeth (1977), le certificat de mérite du Black Professional Women’s Group (1989) et le prix d’excellence en relations interraciales du ministre d’État au Multiculturalisme (1990); elle est aussi intronisée au Temple de la renommée des Noirs de la Nouvelle-Écosse (1980).

Le 24 juillet 2001, la Dre Best meurt, paisible, chez elle, dans son sommeil. En 2002, on lui remet, à titre posthume, l’Ordre de la Nouvelle-Écosse. La Société canadienne des postes émet un timbre sur lequel figure Carrie Best en février 2011.