Camille Turner, artiste (née le 11 mars 1960 à Kingston, en Jamaïque). Qu’il s’agisse de ses performances ou de ses œuvres sur les nouveaux médias, le travail de Camille Turner s’articule autour de l’identité canadienne et du concept d’appartenance et interroge l’occultation de l’histoire des Noirs des récits canadiens. Elle est active partout au Canada et dans de nombreux pays à l’étranger où elle se produit régulièrement sous la forme de son alter ego, la reine de beauté Miss Canadiana.

Formation et début de carrière

En 1969, Camille Turner quitte la Jamaïque avec sa famille pour s’installer au Canada, d’abord à Sarnia en Ontario, puis à Hamilton où elle va passer les dernières années de son enfance en compagnie de sa mère, de sa sœur et de son père qu’elles ont désormais rejoint.

Après l’école secondaire, Camille Turner étudie l’éducation physique à l’Université McMaster à Hamilton avant de poursuivre ses études dans le cadre du programme de sensibilisation aux techniques artistiques du Collège Sheridan à Oakville, en Ontario, puis d’obtenir, en 1993, un diplôme de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario. Elle détient également une maîtrise en études environnementales de l’Université York.

Principales œuvres

Miss Canadiana

C’est probablement pour ses performances dans le rôle de Miss Canadiana, qu’elle offre depuis la fête du Canada 2002, que l’on connaît le mieux Camille Turner : elle se produit sous la forme de cet alter ego lors de manifestations publiques pour interroger les standards de la beauté « blanche » et pour réaffirmer la présence des Noirs dans le récit historique constitutif de l’identité canadienne. Jouant avec les concepts d’origine, d’appartenance et de foyer, elle présente également un spectacle‑visite de « retour à la maison » qui renvoie à sa propre relation à Hamilton en tant qu’immigrante de la première génération. Des productions autour du personnage de Miss Canadiana ont eu lieu dans tout le Canada ainsi qu’en Grande‑Bretagne, en Allemagne, au Sénégal, en Australie, au Mexique, à Cuba et en Jamaïque.

The Final Frontier

Le projet de performance The Final Frontier met en scène les voyages imaginaires de mystérieux astronautes africains du futur revenus sur Terre avec pour mission de sauver la planète. Ces « afronautes » apparaissent, depuis 2007, lors de performances dans l’Ouest canadien ainsi que dans le parcours vidéo TimeWarp commandé pour l’expositionLand/Slide : Possible Futures au Musée de Markham.

Parcours sonores

Depuis 2012, Camille Turner crée des parcours sonores sous la forme de circuits audio numériques qui revisitent un certain nombre de récits du passé. Ces œuvres visent souvent à donner une expression historique à la présence des Noirs, dans le cadre de récits qui auraient autrement disparu. L’une de ces promenades sonores, HUSH HARBOUR, s’empare de l’histoire de l’esclavage au Canada, en mettant en scène une relation amoureuse entre Peggy, une femme asservie au Canada qui entend s’échapper, et Samuel, un homme libre ayant fui l’esclavage aux États‑Unis. Cetteœuvre – dont l’action se situe dans la période entre la promulgation de la loi de 1793 intitulée « An Act to prevent the further introduction of slaves » qui, à défaut d’abolir l’esclavage, visait à interdire l’introduction de nouveaux esclaves au Haut‑Canada, et celle de 1833 qui prévoyait l’abolition totale de l’esclavage dans l’ensemble des colonies britanniques –explore les difficultés de la vie quotidienne des Noirs canadiens dans leur recherche d’un foyer, de la sécurité et de la liberté. Dans The Resistance of Peggy Pompadour, l’artiste approfondit l’histoire de Peggy Pompadour, une esclave amenée à Toronto en 1793 (c’est d’ailleurs à partir de ce personnage historique qu’elle a créé la Peggy de HUSH HARBOUR). Le récit se présente sous la forme d’un voyage dans le temps : après que sa protagoniste contemporaine assiste, comme témoin, à l’emprisonnement de Peggy Pompadour pour résistance à l’esclavage, elle revient au XXIe siècle pour retracer ce moment dans l’histoire de Toronto. Les divers parcours sonores de Camille Turner jouent avec le potentiel de ravivement d’une histoire, souvent difficile, offert par les médias numériques. Cette démarche émerge de pratiquement toutes ses œuvres, notamment les applications mobiles Queerstory et TXTilecity développées en collaboration avec Year Zero One, un collectif torontois spécialisé dans les arts sur les nouveaux médias qu’elle a créé conjointement avec l’artiste Michael Alstad.

BigUpBarton

En 2015, Camille Turner met sur pied le projet BigUpBarton, un musée numérique temporaire installé dans un local déshérité de la rue Barton, une artère de la ville autrefois florissante et dynamique, à proximité du Tim Horton’s Field, le stade de Hamilton reconstruit pour accueillir les matchs de soccer lors des jeux panaméricains de 2015. L’artiste y présente des enregistrements interactifs des souvenirs de ceux qui habitent toujours le quartier ainsi que sa vision de ce qu’il pourrait devenir dans le futur. Pour elle, ce projet représente une occasion de restaurer la dignité de la rue Barton en explorant son passé et en lui construisant un avenir et d’engager un dialogue avec ses habitants.

Autres activités

En 1996, Camille Turner cofonde avec l’artiste Michael Alstad Year Zero One, une organisation à but non lucratif œuvrant dans le secteur des arts sur les nouveaux médias dont l’objectif est de faciliter la production et d’exposer des œuvres à l’intersection de l’art, des technologies et des interactions avec le public. En partenariat avec YZO, elle développe TXTilecity, un site web et une application mobile produits et présentés par le Textile Museum of Canada qui plongent dans le rôle joué par les textiles dans l’histoire de Toronto.

Camille Turner est également fondatrice de Outerregion, une compagnie de performance « afrofuturiste » créée en 2010. Elle est chargée de cours à l’Université de Toronto où elle enseigne l’art, la culture et le développement de la conscience communautaire.