Il existe des troupes de théâtre noires depuis le début du 19e siècle à Vancouver, à Halifax et dans des petites villes ontariennes telles que North Buxton et Amherstburg. Toutefois, la première percée importante se produit à Montréal en 1942, quand la Negro Theatre Guild monte The Green Pastures, de Mark Connolly, mise en scène par Don A. Haldane avec une scénographie d'Herbert Whittaker. La pièce est d'abord présentée au Victoria Hall, puis au Her Majesty's Theatre. En 1949, la compagnie monte The Emperor Jones d'Eugene O'Neill qui vaut à Percy Rodriguez le prix du meilleur acteur au Festival national d'art dramatique. Pendant les années 1960, la compagnie produit des pièces qui reflètent les intérêts des immigrants d'Afrique et des Caraïbes. Après l'émergence du Black Theatre Workshop en 1968, le Negro Theatre Guild ne réussit pas à se maintenir à flot.

Vers 1970, on assiste à la naissance de plusieurs compagnies de théâtre noires. En 1964, le Drama Committee of the Trinidad et la Tobago Association entreprennent de monter des pièces et d'assurer la formation de comédiens. Sous l'impulsion de Victor Phillips, ce comité se développe et devient bientôt le Black Theatre Workshop (BTW) qui, en 1968, monte sa première production, How Now Black Man, de l'auteur montréalais Loris Elliot.

Black Theatre Workshop

Le Black Theatre Workshop (BTW) a une longue histoire de production. Il alterne entre des œuvres contemporaines d'écrivains noirs canadiens et des pièces choisies dans le répertoire international. Parmi ses productions, mentionnons The Black Experience de Clarence Bayne (1975), Prodigals in a Promised Land d'Hector Bunyon (1982), Marvin Dream of a Lifetime de Dwight Bacquie (1988) et une version remaniée de la pièce pour enfants The Nutmeg Princess de Richardo Keens-Douglas (1994), montée auparavant par la troupe Theatre in the Rough, d'Amah Harris. Le BTW présente ensuite les pièces Riot d'Andrew Moodie (1998-1999) et New Canadian Kid de Dennis Foon (1998-1999). En 1999, le BTW reçoit une subvention Millennium Arts Fund de 100 000 $ du Conseil des Arts du Canada qui lui permet de revitaliser le Youth Performer's Initiative, un programme de formation intensive pour jeunes noirs. Parmi les pièces produites par cette compagnie, citons The Crossroad/Le Carrefour (2000) de Kossi Efoui, Afrika Solo de Djanet Sears (2002, présentée en tournée scolaire en 2006), Wade in the Water de George Elroy Boyd (2004), Blacks Don't Bowl de Vadney Haynes (2005-2006) et The Lady Smith d'Andrew Moodie (2006). D’autres productions du BTW comprennent Come Good Rain de George Bwanika Seremba (2007-2008), Le Code Noir de George Elroy Boyd (2008-2009), Swan Song of Maria de Carol Cece Anderson (2009-2010), Stori Ya de Joan M. Kivanda (2011-2012), Harlem Duet de Djanet Sears (2012-2013), The Adventures of a Black Girl in Search of God de Djanet Sears (2015-2016), Binti’s Journey, adaptée par Marcia Johnson du roman The Heaven Shop de Deborah Ellis (2016) et She Said/He Said d’Anne-Marie Woods (2016-2017).

Parmi les productions du BTW faisant partie du répertoire international durant les années 1970, mentionnons les pièces Dream on Monkey Mountain de Derek Walcott, The River Niger de Joseph A. Walker et My Sweet Charlie de David Westheimer, suivies de la pièce très applaudie de Ntozake Shange For Colored Girls Who Have Considered Suicide When the Rainbow is Enuf (1985), The Colored Museum (1987) de George C. Wolfe et Playboy of the West Indies coproduite en collaboration avec la Centaur Theatre (1993) et My Children, My Africa d'Athol Fugard (1998-1999).

Durant sa longue histoire, le Black Theatre Workshop accueille des comédiens connus comme Errol Slue, Jeff Henry, Walter Borden, Winston Sutton, Lorena Gale, Marvin Ishmael et Dwight Bacquie, et contribue à l'épanouissement de centaines de comédiens noirs œuvrant partout au pays.

Théâtre noir à Toronto

Il convient aussi de mentionner la troupe torontoise Theatre Fountainhead, fondée en 1974 par Jeff Henry, et le Black Theatre Canada, fondé en 1973 par Vera Cudjoe. Henry décide de créer et de produire les œuvres d'auteurs dramatiques noirs, et sa compagnie présente des pièces de Wole Soyinka et d'Errol Sitahal ainsi qu'Africa in the Caribbean, une pièce de Henry, et Coldsnap (1983) de l'écrivaine native des Prairies Linda Ghan qui raconte les expériences d'un immigrant venu des Antilles. Citons aussi la comédie musicale The Obeah Man, écrite et jouée par Richardo Keens-Douglas, un rôle qui lui vaut une nomination pour le prix Dora (1985), et enfin la pièce The Blood Knot d'Athol Fugard, montée en 1986. Toutefois, des difficultés financières obligent la compagnie à fermer ses portes en 1990.

En créant le Black Theatre à Toronto, Cudjoe désire faire connaître au grand public la culture noire. Dans ce but, la troupe présente des pièces dans les écoles, où elle organise avec succès des ateliers. Parmi ses productions, mentionnons les pièces School's Out de l'auteur dramatique Trevor Rhone, Dem Two in Canada (1979) de Peter Robinson, Toronto More About Me (1979) du dramaturge torontois Daniel Caudiron et la comédie musicale One More Stop on the Freedom Train de Leon Bibb, qui traite du chemin de fer clandestin qui conduisait les esclaves vers la liberté en Ontario. Produit à Toronto en 1984 puis repris en 1985, ce spectacle est présenté partout au Canada ainsi qu'à l'Expo 86 de Vancouver au pavillon du Canada, dans le cadre du Arts Against Apartheid Festival. Toutefois, des difficultés financières obligent le Black Theatre Canada à cesser ses activités en 1988. Quant au Theatre Fountainhead, il ferme en 1990.

La compagnie torontoise b current, fondée en 1990, se donne comme mission de créer des œuvres traitant de la vie culturelle, sociale et politique de la diaspora noire au Canada et à l'étranger. Depuis les années 1990, elle propose des pièces complètes ou à élaborer en atelier, le programme de formation rAiz’n the Sun s'adressant aux jeunes artistes noirs émergents et le festival annuel rock.paper.sistahz présentant des œuvres théâtrales interprétées par des artistes féminines noires et par des artistes de couleur. Les productions récentes notoires comprennent Obeah Opera au festival Panamania (2015), une adaptation du procès des sorcières de Salem du point de vue d’une esclave antillaise, Twisted de Charlotte Corbeil-Coleman et Joseph Jomo Pierre (2015), le classique Oliver Twist de Charles Dickens réinventé qui se déroule dans les rues de Toronto et Brotherhood: The Hip Hopera de Sébastien Heins (2016), un spectacle solo au sujet de deux frères qui essayent de vivre une vie dédiée au hip-hop.

L'AfriCan Theatre Ensemble de Toronto est fondé en 1998 par son directeur artistique Modupe Olaogun. Il crée un pont culturel entre l'Afrique et le Canada et aide à renforcer les liens entre l'Afrique et ses diasporas. Parmi les spectacles présentés par l'ensemble, citons la première canadienne The Gods Are Not To Blame (1999) et Our Husband Has Gone Mad Again (2000) d'Ola Rotimi, And the Girls in Their Sunday Dresses de Zake Mda (2001), Death and the King's Horseman de Wole Soyinka (2004), The Full Nelson de Donald Carr (2005) et The Marriage of Anansewa d'Efua Sutherland (2008-2009). D’autres productions récentes comprennent Coma de Jude Idada(2013), un drame abordant des thèmes entourant le suicide assisté et Lost de Modupe Olaogun (2013), qui se passe en 2006 dans un pays d’Afrique centrale à la suite d’une horrible guerre civile.

L'Obsidian Theatre Company, fondée en 2000 à Toronto, a pour mission l'exploration, la mise en valeur et la production de chanteurs noirs sur la scène canadienne. Parmi ses pièces, citons The Adventures of a Black Girl in Search of God de Djanet Sears (2001-2002), The Piano Lesson d'August Wilson (2002-2003), Consecrated Ground de George Elroy Boyd (2003-2004), The Polished Hoe d'Austin Clarke (2007), Black Medea de Wesley Enoch (2008-2009), Yellowman (2009) de Dael Orlandersmith, Intimate Apparel de Lynn Nottage (2009-2010), la comédie musicale Caroline, or Change, avec les paroles de Tony Kushner et la musique de Jeanine Tesori (2011-2012), Topdog/Underdog de Suzan Lori-Parks (2011-2012), Nightmare Dream de Motion (2013-2014) et The Mountaintop de Katori Hall (2014).

Théâtre noir au Canada

La compagnie winnipegoise Caribbean Theatre Workshop, fondée à l'Université du Manitoba, et la compagnie de la Nouvelle-Écosse Kwacha (mot zambien signifiant « aube d'un nouveau jour »), fondée par Walter Borden en 1984, produisent des œuvres intéressantes durant les années 1980. Toutefois, elles disparaissent au cours des années 1990 malgré les critiques élogieuses et un public nombreux. Les conseils des arts considèrent que les activités de ces compagnies, désireuses d'assurer la formation et le perfectionnement des comédiens, se situent « en dehors de la sphère du théâtre professionnel », et les organismes d'aide aux groupes multiculturels rejettent leurs demandes en prétextant un « trop grand professionnalisme ».

Malgré ces déboires, le théâtre noir a devant lui un avenir prometteur. En 1987, Djanet Sears présente seule sur scène son spectacle Afrika Solo, qui lui vaudra par la suite une nomination pour le prix Dora. Elle reçoit de nombreux autres prix canadiens, entre autres pour Harlem Duet (1997), une pièce remontée au Neptune Theatre en 2000 et au Festival de Stratford en 2006. Elle aide aussi à mettre sur pied le AfriCanadian Playwrights Festival qui se déroule à Toronto en 2000, 2003 et 2006.

En 1988, la troupe We Are One Theatre Productions inaugure ses activités avec la pièce de Marvin Ishmael Sweet Pan, une comédie musicale qui comporte des tambours métalliques (steel drum) et des costumes de carnaval. Cette troupe a pour mandat de présenter des œuvres où sont décrites les expériences des Canadiens originaires des Caraïbes. Elle fusionne dans ses spectacles la tradition des conteurs, les tambours métalliques et le calypso. We Are One Theatre Productions jouit d'une solide réputation grâce à ses nouvelles œuvres destinées à un jeune public.

Cette troupe marque les débuts d'un théâtre distinct canado-antillais et l'apparition d'un nouveau milieu artistique composé, entre autres, de l'acteur et conteur Richardo Keens-Douglas ainsi que de l'actrice et metteure en scène Amah Harris et de sa troupe Theatre in the Rough.

D’autres productions dignes de mention du théâtre des Caraïbes au pays comprennent la trilogie sankofa de l’artiste de théâtre canado-jamaïcaine d’bi.younganitafrika. Sa trilogie de pièces de théâtre pour une seule comédienne comprend : bloodclaat: one oomaan story (2005), benu (2009) et word!sound!powah! (2010) eta été largement acclamée pour leur récit vivifiant et franc de l’expérience d’une femme jamaïcaine. En 2008, anitafrika fonde le théâtre dub anitafrika, un programme de mentorat principalement destine aux artistes noirs, que l’on appelle actuellement le Watah Theatre.

Aussi, Da Kink in my Hair de la dramaturge canado-jamaïcaine et humoriste Trey Anthony,qui se déroule dans un salon de coiffure d’un quartier antillais de Toronto, devient la première pièce canadienne produite par le Princess of Wales Theatre (2005).

Une autre compagnie digne de mention, Theatre Wum, atteint la renommée au début des années 1990. Dans le but d'explorer les « constantes africaines », le directeur artistique fondateur, Colin Taylor, produit six pièces entre 1991 et 1994 : The Meeting de Jeff Stetson, œuvre décrivant une rencontre imaginaire entre Malcolm X et Martin Luther King (1991); The Radiance of the King, au mois de septembre de la même année; Imperceptible Mutabilities in the Third Kingdom de Suzan Lori-Park (1992); Titus Andronicus et The Urban Donnelleys (avec la compagnie Theatre Passe Muraille), en 1993. La démarche expérimentale rigoureuse de Colin Taylor et son choix d'œuvres théâtrales provocatrices lui valent le prix John Hirsch de la mise en scène en 1993. L'année suivante, il est nommé directeur artistique associé de Theatre Passe Muraille. Il s'occupe aussi de mise en scène pour des troupes connues comme le Tarragon Theatre, la Great Canadian Theatre Company et Alberta Theatre Projects. Colin Taylor adapte aussi pour la scène le roman emblématique lauréat du prix Giller The Polished Hoe de Austin Clarke, lequel a été produit par le Obsidian Theatre en 2007.

Dans ses efforts pour créer des pièces d'auteures prometteuses, la troupe féministe Nightwood Theatre apporte une contribution importante au théâtre noir canadien. Ses productions comprennent la pièce dynamique The Wonder Quartet, écrite par Diana Braithwaite et mise en scène par Djanet Sears (1992) ainsi que la pièce solo Dry Lands, qui raconte dans une veine féministe le mythe de la création, écrite et jouée par Pauline Peters et mise en scène par Diane Roberts (1993). La troupe Young People's Theatre présente en 1993 la pièce In Search of Dragon's Mountain, qui traite de l'amitié interraciale en Afrique du Sud à l'époque de l'Apartheid et qui remportera un prix Dora accordé à une production théâtrale remarquable destinée au jeune public. Après plusieurs années d'efforts, l'auteur et comédien George Seremba gagne, en 1994, un prix Dora pour une nouvelle œuvre avec Come Good Rain. Cette pièce poignante décrit la vie en Ouganda sous le régime sanguinaire d'Amin Dada. Elle est présentée à Ottawa, à Montréal, à Los Angeles et à Londres.

En Nouvelle-Écosse, le Voices Black Theatre Ensemble, fondé en 1990, œuvre dans la création et la présentation de pièces dramatiques et de pièces qui explorent et célèbrent l'histoire des Noirs dans cette province. Composée d'un noyau de dix artistes, en outre des acteurs, des musiciens, des danseurs, des artistes de rap, des conteurs, des chanteurs, des auteurs et des techniciens de la scène. La compagnie monte plusieurs pièces originales, dont Kumbaya: The Black History Month Show, The Detention, Africville, Nova Scotia Suite et Choices in the Skin.