Les Antillais forment un groupe économique et culturel varié. Ils désignent les ressortissants de 27 pays et territoires dont : Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Dominique, Grenade, le Guyana, Haïti, la Jamaïque, Montserrat, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-Et-Nevis, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, le Suriname et Trinité-et-Tobago. Dans le recensement de 2006, 578 695 Canadiens ont déclaré être originaires des Antilles et une écrasante majorité d'entre eux déclarent être arrivés au Canada au cours des 30 dernières années.

Les Canadiens d'origine antillaise font partie de l'un des plus importants groupes non européens du Canada. Hormis l'arrivée au Canada d'un groupe de 556 Jamaïcains (voir Noirs) en 1796, après que les Britanniques aient tenté en vain d'en faire des esclaves, les contacts entre Canadiens et Antillais à l'époque de la colonisation sont rares. Entre 1800 et 1920, un petit nombre de Jamaïcains et de Barbadiens arrivent au Canada pour travailler dans les mines du cap Breton et de Sidney, mais entre 1920 et 1960, l'immigration antillaise est au point mort. C'est dans les années 60 que l'immigration antillaise s'intensifie et, dès 1973, elle compte pour près de 13 p. 100 de l'ensemble de l'immigration.

Il y a trois grandes périodes d'immigration antillaise. De 1900 à 1960, le Canada accepte environ 21 500 Antillais, dont 33 p. 100 seulement sont classés comme étant « Noirs ». La faible augmentation de l'immigration antillaise de 1945 à 1960 correspond à l'essor économique d'après-guerre et au programme de recrutement de domestiques antillaises (1955-1960), mis sur pied à l'intention presque exclusive des Jamaïcaines et des Barbadiennes qui émigrent au Canada pour y être domestiques. La deuxième période, de 1960 à 1971, concorde avec la « libéralisation » de la Loi de l'immigration. Au cours de cette période, le Canada accueille environ 64 000 Antillais.

Dans les années 1970, le Canada considère que l'augmentation du flux migratoire s'inscrit dans un contexte plus global de ralentissement de l'immigration européenne et il commence à dépendre de plus en plus de la main-d'œuvre des pays en voie de développement. La dernière période, qui débute avec les années 70, coïncide avec la récession économique. Sauf en 1973 et en 1974 (années exceptionnelles en raison de l'Opération Mon Pays, programme qui permet à de nombreuses personnes de régulariser leur statut), l'immigration antillaise diminue : de 10 p. 100 de l'immigration totale en 1975, elle passe à 6 p. 100 en 1979. En 1996, le taux d'immigration antillaise est resté stable à 6 p. 100. Avant 1960, la majorité des immigrants antillais viennent des colonies britanniques, particulièrement de la Barbade, de la Jamaïque, de Trinité et des Bermudes.

La population des Canadiens d'origine antillaise s'est accrue à un rythme plus rapide que celui de la population canadienne dans son ensemble. Entre 1996 et 2001, la population canadienne a augmenté de 4 p. 100 alors que la population de Canadiens d'origine antillaise a augmenté, elle, de 11 p. 100. Les Canadiens d'origine antillaise sont concentrés en majorité dans les grandes agglomérations urbaines du Québec et de l'Ontario. En 2001, 91 % des Canadiens d'origine antillaise vivaient dans l'une ou l'autre de ces provinces. Entre 1973 et 1980, 96 p. 100 des immigrants haïtiens s'installent au Québec, et en 2001, 90 p. 100 de Haïtiens vivaient au Québec, 8 p. 100 en Ontario, 1 p. 100 en Colombie-Britannique et 1 p. 100 en Alberta.. La même année, la plupart des Haïtiens du Québec vivaient à Montréal (83 p. 100).En 2006, les Jamaïcains constituaient le plus grand groupe de Canadiens d'origine antillaise avec 231 110 ressortissants, suivis des Haïtiens (102 430), des Guyaniens (61 085) et des Trinidadiens (58 415).

Vie économique

Depuis le début du XXe siècle, les immigrants antillais contribuent à la vie économique du Canada en fournissant une main-d'œuvre bon marché, surtout comme employés dans les fermes, les mines et les usines. Ils travaillent également comme mécaniciens, domestiques, serveurs, porteurs et commis. Durant les années 60, des milliers de travailleurs qualifiés viennent combler un marché du travail en pleine expansion dans les domaines de l'enseignement, de la santé et du travail de bureau. Entre 1962 et 1966, presque un tiers des immigrants antillais cherchent du travail dans la catégorie « professionnelle et technique ». À cause des économies qu'il réalise ainsi du côté de la formation de la main-d'œuvre et grâce à la productivité des nouveaux arrivants, le Canada bénéficie doublement de l'exode des cerveaux de partout au monde.

À la fin des années 70, on note un changement marqué dans les catégories d'admission (diminution des indépendants, augmentation des parrainés) et dans les qualifications de la main-d'œuvre (scolarité et formation). Parallèlement, les employeurs continuent à embaucher des travailleurs temporaires dans les secteurs de l'agriculture et des services. Parmi les immigrants antillais, on compte une minorité de chefs d'entreprises familiales et de professionnels hautement qualifiés qui forment une petite bourgeoisie séparée. En majorité ce sont surtout des chauffeurs de taxi, des travailleurs d'usines, des concierges et des domestiques dont les conditions de travail sont instables et difficiles. Aujourd'hui, les Canadiens d'origine antillaise travaillent dans tous les secteurs d'emploi.

L'Agence canadienne de développement international (ACDI) fournit une aide au développement aux Antilles. En 2006, la valeur des échanges commerciaux entre le Canada et les Antilles s'élevait à un milliard huit cents millions de dollars et en 2007, le gouvernement a entamé de négociations se rapportant au libre-échange entre le Canada et le CARICOM qui comprend les représentants d'Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Barbade, du Belize, de la Dominique, de Grenade, du Guyana, de Haïti, de la Jamaïque, de Montserrat, de Sainte-Lucie, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, du Suriname et de Trinité-et-Tobago.

Vie sociale et culturelle

La communauté antillaise n'est pas homogène. Les distinctions de classes recoupent les différences régionales qui tiennent autant à l'identité des pays européens qui se sont partagé les Antilles au cours des siècles précédents qu'aux particularismes de l'histoire de chacune des îles. Le principal clivage est d'ordre linguistique. Les Haïtiens se dirigent massivement vers le Québec (Montréal), alors que les Antillais anglophones optent plutôt pour l'Ontario (Toronto). Là où ces deux groupes coexistent, comme à Montréal, ils ont relativement peu de contacts entre eux. Même lorsqu'ils partagent une langue commune, d'autres différences entrent en jeu, comme la religion et les classes sociales.

Les ressortissants d'Antigua, de Grenade, des Bahamas, de la Barbade, de Jamaïque, de Trinité-et-Tobago, de Montserrat, de Sainte-Lucie, des îles Vierges, de Saint-Kitts-et-Nevis, de la Dominique, de Saint-Vincent sont généralement anglophones; la plupart des francophones sont originaires de Haïti, de la Martinique et de la Guadeloupe et les hispanophones viennent de Puerto Rico, de Cuba et de la République dominicaine. La langue maternelle de la majorité des Canadiens d'origine antillaise est l'une des deux langues officielles du Canada et seuls 3 p. 100 d'entre eux parlent une autre langue que le français ou l'anglais à la maison.

Les Antillais ont mené plusieurs luttes au Canada au sujet des écoles, y compris celles se rapportant aux barrières linguistiques. De nombreuses associations ont lancé des programmes de transition pour aider les jeunes issus de minorités visibles à s'adapter aux différents programmes scolaires. Ces programmes, notamment des cours de créole, ont été mis sur pied à Montréal pour venir en aide aux immigrants d'origine haïtienne, pour aider les jeunes à mieux connaître leur pays d'origine et à contrer les préjugés de la société canadienne. Montréal est devenu l'un des principaux centres de publication de la littérature haïtienne, qui traite des souvenirs de la patrie et des difficultés de la vie d'immigrant. Des peintres et des sculpteurs haïtiens se font aussi connaître au Québec.

Dans les diverses communautés antillaises, la famille nucléaire fait partie d'un groupe de familles élargies disséminées dans plusieurs grandes villes nord-américaines qui maintiennent souvent des liens avec leur pays d'origine. Outre la famille, les églises chrétiennes jouent aussi un rôle important dans l'accueil des nouveaux arrivés et dans l'aide aux personnes en difficulté. La majorité des Canadiens d'origine antillaise se déclarent de confession chrétienne. Le recensement de 2001 révèle des différences entre les groupes ethniques : ainsi, 29 p. 100 de ceux qui se déclarent d'origine antillaise sont catholiques, en revanche, une plus grande proportion de Haïtiens sont catholiques (59 p. 100).

Les immigrants jamaïcains ont introduit le rastafarianisme au Canada. Mouvement messianique à l'origine (1933), qui voit en Hailé Sélassié (appelé Ras Tafari avant de devenir empereur) le dieu des Noirs venu renverser le monde blanc (Babylone), le rastafarianisme exerce une influence considérable sur toute la société jamaïcaine. Les Jamaïcains introduisent aussi la musique « reggae », née dans les ghettos de Kingston, en Jamaïque. Fusion des traditions musicales africaines et du rhythm and blues, le reggae voit le jour dans les années 60 et se répand rapidement en Angleterre et en Amérique. Les Trinidadiens introduisent le calypso et le carnaval.

Plusieurs festivals de culture antillaise sont organisés chaque année partout au Canada : les Caribbean Days à Vancouver, la Carifête à Montréal, le Cariwest à Edmonton, le Carifest à Calgary et le Caribana à Toronto, le plus grand festival antillais. Contrairement aux festivals qui, dans le calendrier chrétien, se déroulent avant le carême, ces festivals antillais se déroulent en plein cœur de l'été.

Politique

Les luttes politiques des Antillais au Canada portent sur leurs conditions, sur l'omniprésence du racisme dans l'emploi, sur l'éducation, sur le logement, sur le droit d'immigrer et de participer à la vie politique de leur pays d'origine et du Canada. Les Canadiens d'origine antillaise anglophones ont longtemps lutté contre la discrimination raciale qui empêchait les Noirs de travailler sur les voies ferrées et l'un de leurs plus grandes victoires fut la création de l'Order of Sleeping Car Porters, une organisation ouvrière affiliée à l'International Brotherhood of Sleeping Car Porters (AFL-CIO). Depuis le début du XXe siècle, les Canadiens d'origine antillaise défendent leurs droits par le truchement du Coloured Women's Club. Le Congrès national des femmes noires du Canada, une organisation plus récente, regroupe les femmes anglophones et francophones du Canada, des Antilles et d'autres pays.

Pour défendre les intérêts des Noirs et lutter contre le racisme à divers niveaux, un certain nombre d'organisations unissant les Noirs d'origine canadienne et antillaise ont été créées, au nombre desquelles figure l'une des premières organisations à défendre les droits des Canadiens noirs, la Canadian League for the Advancement of Coloured People, inspirée par la grande organisation américaine (NAACP). Entre les deux guerres, l'Universal Negro Improvement Association, fondée par Marcus Garvey, un Jamaïcain et l'un des grands leaders noirs américains, mène un mouvement différent préconisant le retour en Afrique et la non-intégration. Cette association a donné lieu à plusieurs associations affiliées au Canada. En 2002, 41 % des nouveaux immigrants au Canada ont déclaré avoir été victimes d'une forme de discrimination visant leur groupe ethnique ou la couleur de leur peau ou leur religion ou encore leur langue ou leur accent au cours des cinq années qui ont suivi leur arrivée au Canada.

À la fin des années 60, les organisations étudiantes et de jeunes se mobilisent contre le système scolaire. Ce mouvement est influencé à la fois par le mouvement des Panthères noires aux États-Unis, par les luttes de libération nationale menées dans le monde entier et par l'incident survenu à l'U. Sir George Williams de Montréal (voir Université Concordia) en 1968-1969, où plusieurs étudiants noirs, protestant contre le système d'évaluation raciste d'un professeur, s'attaquent à un ordinateur. En Nouvelle-Écosse, on fonde le Black United Front.

Les organisations haïtiennes du Québec ont lutté activement contre le régime Duvalier et contre la déportation des Haïtiens en 1974 et en 1979. Elles ont mis sur pied des services d'information, de dépannage et d'alphabétisation. Les Haïtiens ont exercé tant de pression sur le gouvernement que le statut de réfugié politique est maintenant accordé plus librement aux immigrants haïtiens et sud-américains.

Une Enquête sur la diversité ethnique menée par Statistique Canada en 2006 révèle que 82 p. 100 de Canadiens d'origine antillaise et 70 p. 100 de Canadiens d'origine haïtienne éprouvent un fort sentiment d'appartenance au Canada tout en éprouvant un solide attachement à leur groupe culturel. Cette enquête a par ailleurs rapporté que 68 p. 100 de Canadiens d'origine antillaise, 76 p. 100 de Canadiens d'origine jamaïcaine et 82 p. 100 de Canadiens d'origine haïtienne se disent extrêmement attachés à leurs origines, leurs coutumes et leurs traditions, et cela, quelque soit le nombre de générations nées au Canada.