Enfance et formation

Addie Aylestock est la fille de William Aylestock et de Minnie Lawson. Aînée d’une famille de huit enfants établie à Glen Allan, en Ontario, elle est issue d’une longue lignée de fermiers noirs qui ont élu domicile le long de la rivière Conestogo. À l’adolescence, elle se rend dans la grande ville de Toronto attirée par les occasions qu’elle y voyait d’améliorer son sort. Pour subvenir à ses besoins, elle accepte une place de domestique — un des emplois possibles pour les femmes noires de l’époque — ce qui lui permet de payer chambre et pension :

Nous étions quatre — quatre filles. Nous avions cette idée de partir. La plupart d’entre nous ont quitté la maison très tôt, car nos parents étaient pauvres et n’avaient les moyens de nous faire vivre. […] Lorsque je suis arrivée à Toronto, il n’y avait pas beaucoup d’opportunités pour les filles noires. Mes parents étaient heureux, car j’avais un travail comme domestique dans un ménage où je pouvais demeurer. Au début, je crois que je recevais 15 dollars par mois. Cela devait couvrir mes vêtements et mon transport.

— Témoignage d’A. Aylestock rapporté dans B. Walker, 2008, p. 240.

Ayant entendu l’appel de Dieu, elle décide par la suite de fréquenter le Collège missionnaire médical dans l’espoir d’œuvrer en Afrique. Cependant, afin de se qualifier pour ce service à l’étranger, elle doit se rendre aux États-Unis acquérir une autre formation.

Le saviez-vous?

La famille Aylestock est issue d’une longue lignée de colons noirs s’étant établis dans les cantons de Wellington et Waterloo, mieux connu comme l’établissement de Queen’s Bush. La sœur d’Addie, Rella Braithwaite (née Aylestock) est l’auteure de plusieurs articles et ouvrages sur les Afro-Canadiens. Quant à Diana Braithwaite, nièce d’Addie et fille de Rella, elle est une interprète de blues reconnue à travers le Canada. Elle a également réalisé des films pour la télévision portant sur le chemin de fer clandestin, réseau grâce auquel ses ancêtres venus des États-Unis ont pu fuir l’esclavage et s’établir au Canada.

Elle décide toutefois de demeurer dans la métropole ontarienne pour se perfectionner au Collège biblique de Toronto (CBT), tout en fréquentant l’Église épiscopale méthodiste britannique (EEMB), une église protestante du Canada, issue de l’Église épiscopale méthodiste africaine (voir Méthodisme). Elle devient diaconesse de l’EEMB en 1944 et obtient son diplôme du CBT en 1945. À l’époque, seul le rôle de diaconesse, qui consistait en l’animation spirituelle et communautaire, était offert aux femmes qui, ne pouvaient accéder à aucune fonction religieuse supérieure. Elle travaille successivement dans les communautés d’Africville (un village afro-canadien situé au nord d'Halifax), Montréal, Toronto et Owen Sound.

Ordination et contributions

Au début des années 1950, l’EEMB modifie ses règlements, autorisant dès lors, l’ordination des femmes. Puisqu’Addie Aylestock exerce les mêmes responsabilités que ses collègues masculins, le superintendant de la Conférence de l’EEMB propose une résolution en ce sens. Celle-ci est adoptée en 1951 et Aylestock est ordonnée ministre. Elle devient ainsi non seulement la première femme ordonnée ministre du culte de l’EEMB, mais aussi la première noire canadienne à être ordonnée au pays.

Étant donné l’éloignement en région et ce, partout au Canada, des églises de l’EEMB, la révérende Aylestock réussit, pendant la vingtaine d’années consacrées à sa fonction de ministre du culte, à renforcer le développement et l’organisation des congrégations de l’EEMB en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse. Elle a également assumé le mandat de secrétaire générale de la Conférence de l’EEMB de 1958 à 1982. Elle est décédée en 1998 à l’âge de 88 ans. Depuis quelques années, l’Ontario Black History Society remet annuellement le prix rév. Addie Aylestock dans le cadre des célébrations du mois de l’histoire des Noirs.

Une version de cet article est parue initialement dans Histoire des Noirs au Canada, un site web développé par Historica Canada.