Accordéon

Accordéon. Instrument portatif à anches libres métalliques actionnées à l'aide de soufflets, breveté en Autriche en 1829 par Cyril Demian. Il est maintenu contre le bas de la poitrine de l'instrumentiste par des courroies et joué au moyen de claviers - un clavier à boutons pour l'accompagnement à la main gauche et un clavier à touches de piano ou à boutons à la main droite (d'où les noms d'accordéon-piano et d'accordéon à boutons). Suite à de profondes modifications du clavier de la main gauche, deux types fondamentaux d'accordéon sont ainsi apparus : l'accordéon traditionnel, à basses composées (aussi appelé stradella) sur lequel chaque bouton du clavier de la main gauche correspond à un accord fixe et dont les boutons (ou accords) sont couramment disposés sur six rangs; l'accordéon à basses chromatiques, sur lequel le clavier de la main gauche n'offre pas d'accord fixe, ses boutons (habituellement sur trois rangs) correspondent à des notes individuelles suivant une gamme chromatique pour constituer un registre allant jusqu'à six octaves et demie. L'accordéon traditionnel, le plus fréquemment utilisé, est associé traditionnellement à la musique ethnique, folklorique et populaire. L'accordéon à basses chromatiques évolue surtout en tant qu'instrument de concert, son répertoire comprenant essentiellement des transcriptions d'oeuvres classiques et des oeuvres originales de compositeurs contemporains.

Construction

Les deux plus grandes industries manufacturières de l'occident sont Castelfidardo, en Italie, et Trossingen, en Allemagne. Peu de manufactures ont survécu à cause de la baisse de la demande. Les premiers accordéons fabriqués au Canada sont probablement ceux de Roch Lyonnais (v. 1865-1880). Durant les années 1970 cependant, la plupart des instruments au Canada sont importés d'Allemagne et d'Italie, même si l'importation d'accordéons de Russie, du Brésil et, à plus petite échelle, de Chine se poursuit. Musique Gagné et Frères, représentant trois générations de la famille, continue de produire des accordéons diatoniques et d'entretenir les instruments au Québec. Il faut mentionner en particulier le réparateur Leo Niemi de Sudbury.

Accordéon folklorique

Au Québec, l'accordéon à boutons (de type stradella avec boutons à la main droite) partage avec l'harmonica et le violon le répertoire de reels, de gigues et d'autres pièces de danse. Parmi ses adeptes, on retrouve plusieurs musiciens du 20e siècle qui enregistrent des disques : Alfred Montmarquette (New York 6 avril 1871 - Montreal 24 mai 1944) pour Starr, son protégé Arthur Pigeon (1884-1966) pour Starr et Bluebird, Joseph Plante, Joseph Guilmette (1866-1950) et Joseph Latour (1888-1932) pour Victor et Donat Lafleur (1892-1973) pour Colbia. Adélard Lebrun (v. 1867-1931) et sa femme Mélissa Vadeboncoeur (v.1868-1953) forment un duo populaire d'accordéonistes et enregistrent pour Starr, Apex et Colbia. Parmi les accordéonistes récents qui jouent de l'accordéon-piano ou de l'accordéon à boutons, on retrouve René Alain (Trio Soucy), Tommy Duchesne et les plus jeunes Messervier, Philippe Bruneau, Denis Coté, Francine Desjardins, Raynald Ouellet, Gilles Paré, Denis Pépin et Adelard Thomassin.

L'accordéon à boutons est aussi au centre de la musique traditionnelle à Terre-Neuve, où on trouve des joueurs notables tels que Geoff Butler (Figgy Duff), Eddie Coffey, Delmer Dorey, Wilf Doyle, Jack Fleming, Harry Hibbs, Jack Kennedy, Art Stoyles et Minnie White.

Le concertina, un instrument de la famille de l'harmonium similaire à l'accordéon (sans clavier et de forme hexagonale et non rectangulaire) est aussi entendu dans la musique traditionnelle, dans les mains d'Ian Bell de Toronto, de Kelly Russell et d'autres.

Musique country et ethnique

L'accordéon stradella est joué dans des contextes de musique country et ethnique par Gaby Haas, Ted Komar, Walter Ostanek (gagnant à trois reprises du prix Grammy du meilleur groupe polka), Olav Sveen, Marc Wald (les Rythm Pals) et beaucoup d'autres. Matt DeFlorio (de Holiday Ranch de la SRC) et Tommy Renzetti (de Hayloft Hoedown de la SRC) sont actifs dans les studios de Toronto des années 1930 aux années 1950. Plusieurs autres accordéonistes de Toronto sont aussi populaires par leur travail en studio et à la radio de la SRC, dont Eddie Allen et Les Foster (de Happy Gang), Ned Ciaschini et Dixie Dean. À Montréal, Émilia Heyman et Saturno Gentiletti font leur marque à la radio de la SRC avec Les Joyeux Troubadours.

En 1998, Alicia Svigals forme Mikveh, un groupe interprétant des chansons pleines de sens pour les femmes et dédiées à la musique Klezmer. L'accordéon fait partie des instruments du groupe. Mikveh est composé de revivalistes dévoués à la renaissance de la culture Yiddish au Canada.

Jazz et rock

On joue de l'accordéon dans des groupes de jazz et des groupes de studio par Vic Centro (Vancouver et Toronto), Gordon (Gordie) Fleming (Montréal et Toronto), Gary Gross (Toronto) et Tom Czczesniak (Toronto) qui accompagne aussi Frank Leahy. L'accordéon est employé pour la musique rock dans les mains de Garth Hudson (le Band) et Bob Wiseman (Blue Rodeo).

Festivals

La rivalité est intense et les émotions sont fortes aux festivals d'accordéon, particulièrement à ceux organisés par la Canadian Accordion Teachers' Association (formée en 1952 et inactive aujourd'hui).

Sont à mentionner deux organisations uniques qui attirent des milliers d'accordéonistes chaque année à leurs spectacles de talents d'accordéons. Le Carrefour Mondial de l'accordéon annuel, établit à Montmagny en 1989, présente des programmes éclectiques de musique de concert, de musique populaire et de musique traditionnelle canadienne française d'accordéon. De même, KIOTEC, à Kimberley (C.-B.), intègre des amateurs d'accordéon de toutes les influences et de tous les styles. Jeunes et plus âgés se produisent et concourent dans un environnement touristique.

Professeurs d'accordéon

Comme leurs collègues américains, les premiers pionniers de l'accordéon de type stradella cherchent à obtenir la respectabilité en concert. Le stradella a des adeptes canadiens dès ses débuts, comme les professeurs Eric Mundinger et Pat Marrazza, qui fondent des écoles, respectivement, à Toronto et à Montréal vers le milieu des années 1930. Parmi les élèves de Marrazza, nommons Rolande Désormeaux et Frank Ravenda.

Des studios se spécialisant dans l'enseignement de l'accordéon se forment en Ontario, avec notamment Ernst et Boris Borgstrom (St. Catharines), Nicholas Antonelli (Kitchener), Jerry et Derni Cingolani (Toronto), John Josefik (Barrie), Lindy Baumgarten (Orillia), Nino di Pasquo (Sault Sainte Marie), Helen Milne (Hamilton), Karl Pukara, Iona Reed (Sudbury) et Arden Lewis (Belleville). Iona Reed remporte le World Accordion Championship à Praque (Tchécoslovaquie) en 1962.

Parmi les professeurs ou interprètes actifs dans les régions méso-canadiennes et l'Ouest canadien à la fin du 20e siècle, on retrouve Ted Komar, dans deux écoles de Winnipeg où l'on enseigne l'accordéon à boutons et l'accordéon-piano, Ron Komar, dans une école de Winnipeg où l'on donne des cours pour les deux types d'accordéon, Everett Larson à Saskatoon, Nelly Paruk à Edmonton et Mona Drury ainsi que Douglas Schmidt à Vancouver. Ce dernier est un très bon accordéoniste, mais aussi un excellent compositeur. Au début des années 1970, Tony Mergel développe un programme au Humber College, à Toronto, qui , comme celui de l'Université York, ne se poursuit pas à la fin des années 1970.

Parmi les nombreux étudiants prometteurs qui sortent des premiers studios figurent Ernst Manfredi (St. Catharines), Iona Reed (Sudbury), Joseph Macerollo (Guelph) et Charles Cozens (un brillant interprète, arrangeur, chef d'orchestre et compositeur actif de Hamilton). Également à Hamilton ainsi qu'à Toronto, on retrouve aussi Silvio Camilleri, dans un grand studio d'accordéon, qui est lui-même un excellent interprète et gagne de nombreux concours d'accordéon.

L'accordéon de concert : accordéon à basses chromatiques

C'est au milieu des années 1960 que l'accordéon à basses chromatiques commence à être reconnu au Canada. Le plus célèbre protagoniste canadien de l'instrument, Joseph Macerollo, crée le Concerto pour accordéon et cordes de Surdin à l'Expo 67 et, également en 1967, à l'école d'été du Conservatoire royal de musique (RCM). Il y met sur pied la première classe d'accordéon établie au Canada au sein d'une école de musique d'importance. Il compile le premier programme d'accordéon à basses chromatiques du RCM en 1969, conçoit les programmes d'études de l'accordéon à basses chromatiques à l'Université Queen's en 1970 et à l'Université de Toronto en 1972, et incite les compositeurs à écrire pour cet instrument.

J. Macerollo est également le principal organisateur de l'International Free-Bass Accordion Symposium (symposium international de l'accordéon à basses chromatiques), parrainé conjointement par le RCM et la Contemporary Showcase Association, en 1975 à Toronto. En 1993, il organise à Toronto la International Accordion Celebration, à laquelle participent des artistes de 25 pays interprétant 75 nouvelles œuvres. Le Toronto Symphony, les New Music Concerts et l'Esprit Orchestra y sont présents. Le Concerto pour accordéon de R. Murray Schafer, créé par Macerollo et le Toronto Symphony constitue un des points culminants de l'évènement.

En 1991, Joseph Petric organise en partie Big Squeeze, un festival de musique d'accordéon de plusieurs styles et traditions, tenu à Harbourfront et, sous la direction de Petric, à la Music Gallery. Des représentations y sont données par Petric, Jim Hiscott, Laurie Rosewarne, Jamie Snider et Geoff Butler, et Tina Kiik, ainsi que par des accordéonistes des États-Unis, de l'Europe et de l'URSS. La programmation à Harbourfront inclut un concert de Marcel Messervier, de Montmagny (Qc).

Le nombre d'interprètes sur accordéon à basses chromatiques au Canada demeure encore relativement restreint. Parmi les diplômés des cours de Joseph Macerollo, les instrumentistes américains Joseph Natoli, Richard Romiti et John Torcello retournent aux États-Unis, mais les Canadiens Eugene Laskiewicz, Joseph Petric, Glen Sawich, Frank Baggetta, John Lettieri, Hannu Lambert et Laurie Rosewarne sont actifs en Ontario, beaucoup plus souvent en tant que professeurs qu'accordéonistes. J. Petric (Guelph, Ontario, 8 octobre 1952) constitue une exception et est très actif en concert.

Harold McKenzie, instrumentiste canadien diplômé de l'Université de Houston, commence à enseigner à l'Université de Calgary en 1973 jusqu'à 1980.

Organismes

Le Canadian Accordion Club, fondé en 1985, recrute ses membres dans le sud et le centre de l'Ontario. Son but est d'encourager la communication entre les adeptes de l'accordéon. La Classical Accordion Society of Canada, plus petite mais incorporée dès 1979, est créée afin de favoriser l'acceptation de l'accordéon à basses chromatiques en posant des normes de qualité élevées, de faciliter la communication entre ses membres ainsi qu'avec les autres organisations musicales et de développer l'enseignement de l'instrument. La Canadian Accordion Teachers' Assn, formée en 1952, tient un concours de claviers (piano et accordéon) à St. Catharines, Ontario. On estime à 400 dans le sud de l'Ontario et à 600 au Canada le nombre de jeunes qui étudient l'accordéon à basses chromatiques à la fin du 20e siècle.

Parmi les ensembles actifs en 1990, citons l'Accordion Continuum sous la direction de Glen Sawich, les Academy Players sous celle de Joseph Petric, Accordionations sous celle de Hannu Lambert et la Kitchener-Waterloo Symphonette sous celle de Heinz Siemens.

Compositeurs canadiens

La liste des compositeurs canadiens qui composent des œuvres pour accordéon est un véritable « annuaire des célébrités », comprenant des styles aléatoires, électroniques et multimédias pour solistes, ensembles de chambre et ensemble plus nombreux. L'accordéon de concert est joué avec bonheur par le pionnier moderne Joseph Macerollo, mais aussi par les talentueux Joseph Petric, Alexander Sevastian (du Quartetto Gelato), David Carovillano (Acclarion), Kimberley Pritchard, Charles Cozens (connu pour ses compositions, ses arrangements et sa direction), Linda Cara, Tony Padalino (le claviériste du Mike Bullard Show) et Alex Pauk, chef d'orchestre et compositeur de l'Esprit Orchestra.

Renaissance de l'accordéon

Un regain d'intérêt pour le son de l'accordéon se fait sentir dans les années 1990 et au début des années 2000. L'utilisation du bandonéon (de la même famille d'instruments) dans le tango donne, grâce à la notoriété d'Astor Piazzolla, un nouvel élan à cet instrument. La musique cajun, la musique acadienne, le Tex-mex, quelques groupes rock et des annonces télévisées lui confèrent une image, un son et une connotation qui attire l'attention des enfants.

Si une menace pèse sur le futur de l'accordéon au point de faire craindre son extinction, c'est le manque de manufactures et de production. Le Canada a la chance d'avoir Musique Gagné et Frères, une manufacture québécoise d'accordéons diatoniques. Roland Corporation produit un instrument MIDI en 2004. Les festivals de musique KIOTEC et Montmagny continuent d'attirer des milliers d'adeptes de musique du passé.

Le 21e siècle est témoin d'une augmentation d'interprètes polyvalents d'accordéon établis et formés plus solidement, avec de meilleures possibilités de carrière d'interprétation. Le Quartetto Gelato (accordéonistes Claudio Vena jusqu'en 1998, Joseph Macerollo jusqu'en 2002 et Alexander Sevastian) donne de la visibilité à l'accordéon, tout comme le Trio Norte, avec Sacha Luminski à l'accordéon.

Les accordéonistes jouent un rôle de premier plan dans les domaines éducationnels de la musique, la thérapie musicale, le jazz, l'arrangement et la direction orchestrale. Ils n'hésitent plus à admettre leur loyauté à l'instrument et à se former. Une conscience de la diversité et de la multitude d'expression musicale possibles avec l'accordéon apparaît et, avec elle, un respect mérité.

Voir aussi Écosse 2 : Musique écossaise traditionnelle

Bibliographie

Hélène-Andrée BIZIER, « On les appelait les musiciens de la misère », Perspectives (8-17 sept. 1977).

Joe MACEROLLO, Accordion Resource Book (Willowdale, Ont. 1980).

Neil J. ROSENBERG, « A preliminary bibliography of Canadian old time instrumental music books », CFMJ, VIII (1980).

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Lisa ORNSTEIN, « Une exposition itinérante sur l'accordéon à Québec », ibid.

Ian BELL, « The Big squeeze part two : accordions in Canada - styles and sources », ibid., XXI (déc. 1987).

Peggy MacINNIS, Guidelist of Canadian Solo Freebass Accordion Music Suitable for Student Performers (Toronto 1991).

Yves LE GUÉVAL, « L'implantation de l'accordéon au Québec », Bulletin Mnémo, IV, été 1999 et aut. 1999.

Jim HISCOTT, « Inuit accordion music - a better kept secret », Canadian Folk Music Society Bulletin, XXXIV, mars-juin 2000.

Canadian Jazz Discography.

Les Pionniers du disque folklorique.