Origines de zee et zed

Selon le Canadian Oxford Dictionary (2e édition), le mot zed est issu du nom français de la même lettre, zède, de même que des noms latin et grec de la lettre zeta. La lettre Z a eu plusieurs noms dans l’histoire, dont zad, zard, ezed, ezod, izod, izzard et uzzard. En fait, le Dictionary of the English Language (1755) de Samuel Johnson indique « zed, plus communément izzard ou uzzard » (voir Dictionnaires historiques). La plus ancienne citation connue de zed remonte au moyen anglais du 15e siècle : « zed, qui est la dernière lettre du a‑b‑c. »

La prononciation zee est une variante de zed remontant au 17e siècle. La citation la plus ancienne connue provient d’un manuel scolaire de 1677, A New Spelling Book de Thomas Lye, un pasteur non-conformiste et enseignant de Londres. L’utilisation de zee semble se poursuivre en Angleterre jusque vers la fin du 17e siècle; cependant, l’usage est difficile à retracer, car la prononciation des lettres est rarement écrite. Quoi qu’il en soit, zee se répand dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord.

Plusieurs prononciations de la lettre sont utilisées aux États-Unis, mais le célèbre lexicographe américain Noah Webster écrit, dans An American Dictionary of the English Language (1828), qu’« elle se prononce zee ». La raison qui amène les Américains à adopter zee est discutée. Certains soutiennent que les Américains ont voulu se distinguer des Britanniques, particulièrement quand ils luttaient pour leur indépendance (voir Révolution américaine). Certains disent que zee correspond à la rime de l’« Alphabet Song », dont le droit d’auteur est enregistré à Boston en 1835, rendant la chanson, et par conséquent l’alphabet, plus facile à apprendre. Zee devient la norme aux États-Unis.

Pourquoi les Canadiens disent-ils Zed?

Si les Britanniques et les Américains ont des vocabulaires distincts, l’anglais canadien est influencé par les deux. La plupart du temps, cependant, l’anglais canadien suit l’influence américaine, les Canadiens préférant flashlight à torch et diaper à nappy, par exemple. Zed est peut-être l’exemple le plus emblématique où les Canadiens ont choisi un terme britannique plutôt qu’américain. Mais cela n’a pas toujours été le cas.

Pendant l’ère victorienne (1837-1901), zee et zed sont utilisés dans ce qui est aujourd’hui l’Ontario; toutefois, les partisans du « Queen’s English » trouvent ces exemples d’anglais nord-américain vulgaires, voire grossiers. Il y a cependant des preuves que dans les écoles, on enseigne aux enfants à utiliser zee. Le linguiste canadien J.K. Chambers cite une lettre de 1846 au rédacteur du Kingston Herald, dans laquelle un homme appelé Harris soutient que « quand les instructeurs de nos jeunes, en leur enseignant les rudiments de la langue anglaise, leur disent d’appeler cette lettre ze, au lieu de zed, ils leur enseignent une erreur ». William Canniff, un historien amateur et un contemporain, note « la présence d’enseignants et de manuels scolaires américains » incluant un manuel d’orthographe de Noah Webster qui enseignent aux Canadiens « les particularités de l’orthographe et de la prononciation américaines ». Le degré d’influence des enseignants et des manuels américains sur l’anglais canadien est discutable, car les manuels britanniques sont plus populaires. Finalement, la réforme scolaire d’Egerton Ryerson, dans les années 1840, standardise les manuels scolaires dans le Canada-Ouest (Ontario) anglophone, établissant les manuels britanniques et retirant les manuels américains des écoles (voir Élaboration de programmes d’études). Par la suite, zed supplante zee.

Selon une étude linguistique de M.H. Scargill, en 1974, zed est utilisé par les anglophones de tout le Canada sauf ceux de Terre-Neuve. Entre 72 et 79 % des Canadiens disent zed, tandis que 11 à 15 % disent zee; les autres emploient l’un et l’autre. Depuis, la préférence pour zee s’est quelque peu accrue, tandis que zed a décliné. Ce changement est toutefois moins prononcé que dans d’autres cas : le changement de préférence de chersterfield à couch, ou de eavestroughs à gutters, a été plus marqué. Selon le North American Regional Vocabulary Survey, mené par le linguiste Charles Boberg de 1999 à 2007, 70 % des Canadiens disent aujourd’hui zed et 28 % disent zee.

Le Student’s Oxford Canadian Dictionary (2e édition) comprend deux articles pour zed et zee, mais précise :

Zed et zee sont deux prononciations acceptables pour la lettre Z au Canada, bien que zed soit plus répandu. Soyez prévenus, cependant, que certaines personnes perçoivent fortement le fait de dire zee comme une trahison de la nationalité canadienne, et que vous pourriez vous attirer leur colère en le faisant.

Le Gage Canadian Dictionary contient un article pour zed, mais aucun pour zee.

La montée de zee

Selon Charles Boberg, « les Canadiens qui ne veulent pas paraître américains » insistent sur zed; selon J.K. Chambers, l’utilisation de zee est stigmatisée, particulièrement dans le sud de l’Ontario. Selon les deux linguistes, zed est un exemple emblématique des petites manières qu’ont les Canadiens de résister à l’influence linguistique américaine et de préserver leur autonomie. Toutefois, entre 1972 et le milieu des années 2000, l’utilisation de zed parmi les étudiants est tombée de 11 à 15 % pour s’établir à 61 %, tandis que celle de zee s’est accrue de plus de 20 % pour s’établir à 34 %.

L’évolution du langage qui accompagne le passage à la maturité a limité la montée de zee et pourrait continuer à le faire. Une série d’études linguistiques dans le sud de l’Ontario a révélé que si une plus grande proportion de jeunes disent zee (possiblement parce qu’ils l’ont appris dans l’« Alphabet Song » ou Sesame Street, une émission de télévision américaine), ils adoptent zed en vieillissant. Ce changement est considéré par certains comme une marque culturelle de la maturité.

Culture populaire

Zany Dr. Zed est un personnage créé par le scientifique et auteur jeunesse Gordon Penrose. Le Dr. Zed est apparu dans les magazines pour enfants OWL et chickaDEE de même que dans une série de livres d’activités scientifiques publiée de la fin des années 1970 aux années 2000.

ZeD était un magazine culturel du soir à la télévision de CBC de 2002 à 2006. L’émission présentait des contenus indépendants et parfois soumis par le public, comme des films courts-métrages, des documentaires, des films d’animation et de la musique. Les auditeurs pouvaient soumettre des contenus à l’émission en passant par le site Internet de ZeD.

Zeds Dead est un duo de musique électronique de Toronto formé en 2009. Son nom est inspiré d’une ligne de dialogue du film Pulp Fiction (1994) de Quentin Tarantino.

Zed est le nom d’une production du Cirque du Soleil présentée au Japon de 2008 à 2011.