Winnipeg

Winnipeg. Capitale du Manitoba, située au confluent des rivières Rouge et Assiniboine sur le site jadis connu des Amérindiens sous le nom d'« eau sale ». Fort Rouge fut établi sur ce site en 1738 par Pierre de La Vérendrye, marchand de fourrures et explorateur. Les premiers colons de Selkirk, groupe d'Écossais des Highlands envoyés par le comte de Selkirk et dirigés par Miles Macdonnell, arrivèrent à l'établissement de la rivière Rouge en 1812. Un second établissement, Fort Garry, fut fondé en 1821. Vers le milieu des années 1850, l'appellation Winnipeg était d'usage courant. La population de la ville était de 200 âmes lorsque le Manitoba entra dans la Confédération en 1870 mais, une douzaine d'années plus tard, quand le chemin de fer eut atteint Winnipeg, sa population avait augmenté à 7 000 âmes. Par la suite, l'immigration et d'autres facteurs augmentèrent radicalement ce nombre à 70 000 (1904) puis à 647 100 (1990).

Dès 1833, il y avait un piano à l'établissement de rivière Rouge, mais la musique du violoneux était la plus populaire. « Il n'y avait rien à redire des premiers violoneux de la rivière Rouge, dont les refrains enlevants incitaient le jeune galant du temps à user trois paires de mocassins en une seule veillée comme résultat du tourbillon endiablé des danses de la rivière Rouge » (« Fifty years of music in Winnipeg »). Plusieurs des violoneux étaient des Métis et l'un d'entre eux, Pierre Falcon, acquit une réputation considérable comme compositeur de chansons. En 1867, le Red River Hall, une salle située au-dessus d'un magasin, était désigné comme le meilleur rendez-vous des amateurs de théâtre. Selon un programme datant de 1907 (voir BIBLIOGRAPHIE), « ... ces dames et ces messieurs sont priés de ne pas applaudir, le bâtiment menaçant de s'effondrer... ». La salle abritait aussi les offices religieux du dimanche soir, et l'on y disposait souvent des poteaux de bois pour soutenir le plafond - l'immeuble fut détruit par un incendie en 1874. Le 16 décembre 1870, des membres de la First Ontario Rifles Musical and Dramatic Assn (venus avec l'expédition du colonel Wolseley pour restaurer l'ordre après la rébellion de la rivière Rouge) offrirent à Winnipeg l'une des premières représentations dramatiques et musicales que la ville ait connues : à la première partie, qui consistait en morceaux choisis du répertoire orchestral et choral, fit suite « une nouvelle et sensationnelle comédie burlesque, en trois actes, présentée pour la première fois ». À leur départ, les fusilliers vendirent quelques-uns de leurs instruments, permettant ainsi à des citoyens de Winnipeg de former en 1871 une première harmonie, sous la direction de Harry Walker. En 1873, une Provisional Battalion Band donnait des spectacles de minstrels. Winnipeg eut son premier harmonium à cinq jeux à l'église unie Grace en 1873, et Saint-Boniface, un orgue à tuyaux en 1875. Un an plus tard, Winnipeg mit sur pied un « glee club », et le City Hall Theatre fut inauguré le 14 mars par un concert au profit de l'Hôpital général. Ce théâtre, d'une capacité de 500 places et doté d'un balcon, fut utilisé jusqu'en 1883. Cette année-là, la Winnipeg Theatre and Opera House (d'abord appelée Victoria Hall) fut ouverte; elle sera restaurée et rebaptisée Walker Theatre en 1907.

La première Philharmonic Society des prairies fut fondée à Winnipeg en 1880 par le capitaine W.N. Kennedy, qui invita un certain professeur Hammerschmidt des É.-U. à en prendre la direction. Hammerschmidt eut comme successeur Joseph Hecker, un immigrant allemand qui partit pour les É.-U. avant que la société ait été stabilisée. Un autre groupe d'exécutants des années 1880 fut l'Apollo Club, orchestre de quelque 35 amateurs. Le premier virtuose à visiter Winnipeg fut probablement Frantz Jehin-Prume vers 1881. En 1883, le Hess Opera d'Angleterre inaugura la Princess Opera House avec une représentation d' Iolanthe. Jusqu'à sa destruction par le feu en 1899, ce théâtre fut la salle permanente de l'Operatic Society. Le ténor Thomas Persse, membre de la société en 1884-85, chanta dans ses productions d'oeuvres de Gilbert et Sullivan. Quant au fondateur de la société, P.R. MacLagan, auparavant de Montréal, il faisait fonction d'organiste à l'église anglicane Holy Trinity et de professeur de musique. Malgré ces incidences d'activité musicale, Charles H. Wheeler (critique musical durant 25 ans) pouvait écrire le 8 février 1890 dans la Tribune de Winnipeg nouvellement fondée : « Peut-on trouver trois musiciens dans la ville? Dites-moi, peut-on en trouver un seul? La réponse est carrément NON. »

Le Women's Musical Club naquit en 1894. Ce fut d'abord un groupe de femmes qui se réunissaient une fois par semaine pour étudier et jouer. Cinq ans plus tard, le club était devenu une organisation dynamique vouée à la promotion de tous les aspects de la musique et à la présentation de concerts. Le Junior Musical Club fut fondé en 1900 et le Chef Club fut constitué en 1906. Dans un article « Music in Winnipeg 1900-1907 », Russell E. Chester, musicien né à Winnipeg, relate les souvenirs qu'il a gardés de cette époque.

J.J. Moncrieff, cofondateur de la Tribune de Winnipeg et vice-prés. du Clef Club, fut l'âme dirigeante de la musique chorale, principal moyen d'expression musicale à Winnipeg jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Vers 1900, un certain docteur Tees aurait mis sur pied la première société chorale de Winnipeg, et dirigé le Methodist Choir. Un Festival Chorus (250 voix) préparé par Rhys Thomas participa au Cycle des festivals de musique de 1903. Moncrieff fut également l'un des fondateurs de la Winnipeg Oratorio Society (1908-24). En 1913, Ralph J. Horner lui succéda à la tête de cette société. Avec la chambre de commerce, la société mit sur pied un festival annuel du printemps avec la participation de ses propres membres, de solistes invités, de l'OS de Minneapolis et de groupes tels que le Saint Cecilia Ladies' Choir dirigé par Burton Kurth. Ces éléments réunis présentèrent d'imposantes interprétations d'oratorios du répertoire. Il y avait à Winnipeg d'autres groupes chorals avant la Première Guerre mondiale : l'Elgar Musical Society fondée vers 1908 et dirigée par Edward Winen durant une certaine période, le Jewish Folk Choir fondé en 1910, la Choral-Orchestral Society et la Haendel Society. La Winnipeg City Band dirigée par S.L. Barrowclough (également gérant de la Morris Piano Co. pour l'ouest du Canada) fut l'une des meilleures harmonies du Winnipeg des années 1910. Le 11 décembre 1915, un groupe d'hommes d'affaires réunis à l'hôtel Fort Garry pour discuter de la pénurie de voix d'hommes à Winnipeg fondèrent le Men's Musical Club (Men's Music club après 1960). Le club se donna comme objectif de faire de la musique, d'encourager les jeunes musiciens, de subventionner des visites de grands musiciens et de proclamer bien haut « sa désapprobation et sa condamnation de toute action ou démarche tendant d'une manière ou d'une autre à rabaisser le niveau de la musique dans la province du Manitoba ». L'histoire de la musique à Winnipeg démontre que le club est demeuré fidèle à ses principes. En 1916, il fonda le Winnipeg Male Voice Choir et, en 1918, parraina la formation du Manitoba (plus tard Winnipeg) Music Competition Festival. George S. Mathieson, secr. du Men's Musical Club de 1916 à 1944 (dont le successeur fut Richard W. Cooke) et cofondateur du festival-concours, fonda la FCMF dont le siège se trouve à Winnipeg.

Créée en 1922 sous la direction de Hugh Ross, une autre société vocale et instrumentale, la Winnipeg Philharmonic Society, devint le plus important choeur d'oratorio de la ville. Le nouvel ensemble fut aussi étroitement lié au Men's Musical Club qui en assura la gestion de 1929 à 1968 après l'avoir rebaptisé (1929) Winnipeg Philharmonic Choir (Choeur philharmonique de Winnipeg). D'autres groupes chorals furent actifs dans l'entre-deux-guerres : la Winnipeg Choral and Orchestral Society dirigée par Arnold Dann (1922-25) et Ronald Gibson (1927-29), le Winnipeg Boys' Choir formé en 1925 par le Men's Musical Club et dirigé par Ethel Kinley (1925-43) et Beth Douglas (1943-62), le Kelvin High School Choir fondé en 1932 et dirigé par Gladys (Anderson) Brown (1932-62), puis par Herbert Belyea et John Standing, le Daniel McIntyre High School Chorus dirigé par Lola MacQuarrie et plus tard par Glen Pierce, les CBC Singers (Choristers) fondée en 1937 par W.H. Anderson, le Young Women's Musical Club Choir fondé en 1939 par Berythe Birse qui créa aussi le Winnipeg Ladies' Choir en 1940, le Ukrainian Male Chorus fondé en 1941 (voir Ukraine), et le Winnipeg Girls' Choir fondé en 1944 par Maurine Pottruff et Beth Cruikshank (décédée à Winnipeg, 6 juin 1987); cette dernière dirigea le choeur pendant 26 ans.

Après la Deuxième Guerre mondiale, en raison de l'intérêt accru pour la musique instrumentale, le chant choral perdit quelque peu de sa suprématie jadis incontestée. Néanmoins, Winnipeg demeura l'une des capitales du chant choral en Amérique du Nord. En 1949, les groupes se produisant toujours sous les auspices du Men's Musical Club incluaient le Choeur philharmonique de Winnipeg, le Male Voice Choir, le Boys' Choir, le Junior Male Voice Choir, et le Juvenile Boys' Choir dirigé par Frances Christie. Parmi les groupes de l'après-guerre, on trouve le choeur du Junior Musical Club (80 voix) formé en 1949 sous la direction de Beth Cruikshank, les Oriana Singers dirigés par Berythe Birse (1954-66), de nombreux et excellents choeurs fondés au sein de la communauté mennonite sous la direction d'Ernest Enns, Benjamin Horch, Victor Martens et George Wiebe, en particulier le Mennonite Children's Choir fondé en 1957 par Helen Litz, et, à Saint-Boniface, la Chorale des intrépides fondée en 1960 et dirigée par Marcien Ferland. Le Kelvin High School Choir, dirigé par John Standing, se signala en gagnant le trophée George S. Mathieson en 1975. Il se produisit aussi à la SRC et à la BBC et enregistra un micr. intitulé Kelvin High School Choir of Winnipeg (1973, CBC SM-219).

Les chorales des églises de Winnipeg ont contribué à la formation de jeunes chanteurs et assuré un emploi régulier aux meilleurs d'entre eux en les admettant dans leurs quatuors de solistes rétribués. Dans la période 1925-75 se sont signalés les choeurs de W.H. Anderson à l'église unie de Crescent Fort Rouge, de Hugh Bancroft à l'église anglicane All Saints, de Marius Benoist à la basilique catholique romaine de Saint-Boniface, de Ronald Gibson à l'église anglicane Holy Trinity, de Conrad Grimes à l'église First Presbyterian, de Filmer Hubble à l'église unie Saint Stephen's Broadway, de Herbert Sadler à l'église unie Westminster et de Stewart Thomson à l'église anglicane Saint George's. Ces choeurs présentèrent chaque saison des concerts et oratorios et figurèrent dans les catégories avancées au Manitoba (Winnipeg) Music Competition Festival. De nombreux organistes et chefs de choeur furent également des professeurs très sollicités. Anderson, Bancroft, Hubble et Sadler en particulier eurent des élèves remarquables qui devinrent à leur tour des chefs de file de la vie musicale. Frans Niermeier (né en 1903) joua un rôle actif d'organiste d'église (1962-69), d'arrangeur pour la SRC à Winnipeg, de violoniste de l'Orchestre de la SRC à Winnipeg et de professeur (matières théoriques, piano, orgue) pendant plusieurs années.

Les professeurs et les choeurs de la ville formèrent un groupe imposant de solistes d'oratorio, issus des communautés anglo-saxonne, française, mennonite et ukrainienne, tous rompus à ce style. Les meilleurs sopranos ont été, entre autres, Nina Dempsey, Thérèse Deniset, Devina Bailey Duggan, Cora Doig James, Olga Irwin, Mary Morrison, Gertrude Newton, Sylvia Saurette, Phyllis Cooke Thomson et Gladys Whitehead. Parmi les mezzo-sopranos et contraltos, mentionnons Myfanwy Evans, Gladys Kriese-Caporale, May Lawson, Joan Maxwell, Peggie Anne Truscott et Phyllis Worth; parmi les ténors, la famille Kent (notamment George), Victor Martens, John Martens et Peter Koslowsky; parmi les barytons et basses, Orville Derraugh, Ronald Dodds, Roy Firth, Paul Fredette, Stanley Hoban, Wallace Lewis, Robert Publow, Cecil Semchyshyn, Alvin Reimer, W. Davisdon Thomson, Albert Whiteman, Kerr Wilson et J. Roberto Wood. Les visites de solistes réputés ne manquèrent pas non plus et il y eut notamment de mémorables interprétations de Maureen Forrester, Lois Marshall, James Milligan et Patricia Rideout.

Parmi les accompagnateurs de Winnipeg, il faut citer Audrey Cooke Belyea, Douglas Bodle, Jean Broadfoot, Ada Bronstein, Chester Duncan, Cécile Henderson, Anna Moncrieff Hovey, Gordon Kushner, Dorothy Lawson, Roline Mackidd, Winnifred Sim, Thelma Wilson et Mary Scarlett (Mme J. Roberto) Wood. Plusieurs de ces chanteurs et accompagnateurs enseignèrent aussi, comme ce fut le cas de Doris Mills Lewis, choriste plutôt que soliste, mais prof. de chant émérite.

Winnipeg n'eut pas d'orchestre symphonique permanent avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale (voir Orchestre symphonique de Winnipeg), bien que des groupes éphémères eussent été formés avant cette époque par John Waterhouse, Hugh Ross, Marius Benoist à Saint-Boniface, Bernard Naylor, Geoffrey Waddington, Benjamin Horch et d'autres. Le nouvel OS de Winnipeg donna son premier concert en 1948 sous la direction de Walter Kaufmann. La première salle de concert de l'orchestre fut le Winnipeg Auditorium (ouvert en 1932), sa deuxième, le Manitoba Centennial Concert Hall (ouvert en 1968). Les successeurs de Kaufmann furent Victor Feldbrill (1958-68), George Cleve (1968-70) et Piero Gamba (1971-80). Kazuhiro Koizumi fut dir. mus. (1983-89) et Bramwell Tovey devint dir. artistique en 1989. L'Orchestre de la SRC à Winnipeg et le Manitoba Chamber Orchestra sont deux autres orchestres importants datant de l'après-guerre.

Aucune compagnie d'opéra ne parvint à s'implanter fermement à Winnipeg avant la fin des années 1960. Néanmoins, le théâtre musical a toujours fait partie de la vie artistique de Winnipeg. En 1911, année de la publication à Winnipeg de Miss Pepple (of New York), une pièce musicale de William Dichmont, Ralph H. Horner monta son propre opéra-bouffe The Belles of Barcelona avec une compagnie d'opéra recrutée sur place. Plusieurs compagnies itinérantes se produisirent au Walker Theatre - le San Carlo Opera en 1919 et 1921, le Gallo English Opera dans des opérettes de Gilbert et Sullivan et dans Les Cloches de Corneville en 1920, le Royal English Opera dans d'autres oeuvres de Gilbert et Sullivan et dans Chu Chin Chow et The Bohemian Girl en 1920, le D'Oyly Carte en 1928. Dans les années 1940 et 1950, cette tradition musicale prit de l'importance grâce aux vigoureux « glee clubs » et choeurs d'anciens élèves des principales écoles secondaires, notamment les écoles Kelvin et Daniel McIntyre qui montèrent de grandes productions, souvent avec des solistes invités. Ce fut lors d'une production de The Mikado à Kelvin que Mary Morrison, soprano invité et diplômée de l'école, rencontra Jon Vickers, un jeune ténor local, et l'encouragea à poursuivre des études à Toronto.

À Saint-Boniface, des opéras de Gounod furent montés par la Société lyrique Gounod, fondée en 1935 par Marius Benoist. La société abrégea son nom et devint la Société lyrique en 1952 et, dans les années qui suivirent, elle présenta plusieurs opéras et ouvrages pour choeur et orchestre dont L'Enfance du Christ de Berlioz et La Légende du vent et Onadéga de Benoist.

Le Rainbow Stage fut fondé en 1954 par des personnalités du monde du théâtre et de la musique, dont James Duncan et Peggy Jarman Green, dans le but de présenter l'été, en plein air au parc Kildonan, des opérettes et comédies musicales de calibre professionnel. Après Duncan, Glen Harrison en fut le dir. mus. (1963-72) et Neil Harris, Filmer Hubble et Robert McMullin furent parmi les chefs d'orchestre.

Le Ukrainian Opera Theatre a présenté occasionnellement des oeuvres ukrainiennes, notamment quatre représentations de Cossacks in Exile en 1964. La COC en tournée s'était produite à Winnipeg plusieurs fois avant 1969, année où A. Kerr Twaddle et 13 autres fondèrent la Manitoba Opera Assn qui devint la compagnie régulière de Winnipeg, et présenta des oeuvres de répertoire comme Il Trovatore, Madama Butterfly et Tosca.

Des artistes lyriques célèbres se produisirent à Winnipeg, entre autres Emma Albani (deux fois en 1897), Clara Butt (1922), Geraldine Farrar (1922), dame Nellie Melba (1923), Elena Gerhardt (1924), Amelita Galli-Curci (1927), Ernestine Schumann-Heink (1928), Tito Schipa (1929), Edward Johnson (1929), Fédor Chaliapine (1935), Marian Anderson (1937), Richard Tauber (1938), Paul Robeson (1941) et Maggie Teyte (1947).

Non moins impressionnante, la liste des instrumentistes invités inclut Mischa Elman (début des années 1920), Josef Lhévinne (1923), Ignaz Jan Paderewski (1924), Jascha Heifetz (1924), Serge Rachmaninov (1925), Moriz Rosenthal (1928), Efrem Zimbalist (1929), Josef Hofmann (1933), sir Yehudi Menuhin (1938), Arthur Rubinstein (1942), Claudio Arrau (1942), Isaac Stern (1943) et Arturo Benedetti Michelangeli (1949). L'OS de Minneapolis donna à Winnipeg plus de 100 concerts lors de plus de 30 visites annuelles, sous la direction de ses trois chefs d'orchestre : Dimitri Mitropoulos, Antal Dorati et Stanislaw Skrowaczewski.

Le principal responsable de la venue de ces nombreux artistes à Winnipeg fut Fred M. Gee qui les présenta dans ses séries de Celebrity Concerts (1927-67). Des groupes organisèrent aussi des concerts : le Women's Musical Club, le Wednesday Morning Musicale fondé en 1933 par Eva Clare et l'école de musique de l'Université du Manitoba. Le programme de musique contemporaine a été présenté par Music Inter Alia (fondé par Diana McIntosh), Thira, IZ Music et Groundswell. D'autres organisations musicales jouaient en 1991 un rôle actif, comme les Winnipeg Singers, dirigés par John Martens, ou MusikBarock (ensemble de musique baroque qui a débuté en 1989 et monte aussi des opéras). Le Winnipeg Folk Festival, événement annuel de l'été, a débuté en 1974 et présenté des chanteurs et groupes folkloriques du Canada et du monde entier. Le West End Cultural Centre (ouvert en 1987) propose environ 250 spectacles par an, de folk et de blues pour la plupart.

Reléguée dans l'ombre de l'activité chorale durant plusieurs années, la musique de chambre fut encouragée par un nombre grandissant d'instrumentistes et par l'expansion de l'éducation musicale dans les années 1950. Un des premiers ensembles fut le Tudor Quartet qui joua à la radio de la SRC durant plusieurs années avant 1940. Il se composait de Valberg Leland et Joseph Sera (violons), Eugene Hudson (alto) et Isaac Mamott (violoncelle). D'autres ensembles lui succédèrent : les Dirk Keetbaas Players, un quintette à vent (1955-66), le Corydon Trio fondé en 1959 par Lea Foli (violon), Gerald Stanick (alto) et Claude Kenneson puis Peggie Sampson (violoncelle), le Hidy Trio, le Manitoba University Consort, le Festival Quartet Canada formé en 1967 par Arthur Polson et la Winnipeg Chamber Music Society où figurent Gwen Hoebig (violon) et David Moroz (piano), dir. artistique. Après son inauguration en 1965 par un concert du Quatuor Amadeus, l'Eva Clare Hall de l'école de musique de l'Université du Manitoba devint le théâtre d'une série annuelle de récitals avec des interprètes tels que la violoncelliste Zara Nelsova (née à Winnipeg) et le Quatuor à cordes Orford. Quant à Anne (Ann) Pomer (1913-1971), violoniste renommée qui fut à la tête d'un orchestre à cordes de studio durant les années 1940, elle fonda en 1958 et dirigea le Winnipeg Chamber Music Ensemble, un orchestre à cordes de 16 musiciens. À Rome où elle s'installa ensuite, elle forma l'ensemble à cordes Complesso Classico a Plettro.

La plupart des musiciens de chambre mentionnés précédemment ont été de remarquables professeurs. D'autres personnalités de la musique instrumentale oeuvrèrent comme interprètes ou professeurs ou les deux à la fois : les pianistes William Aide, Jean Broadfoot, Alma Brock-Smith, Beth Cooil, Leonard Heaton, Megan Howes, Marek Jablonski, Roline Mackidd, John Melnyk, Grace Rich et Snjolaug Sigurdson; les violonistes George Bornoff, John Konrad, George Rutherford et John Waterhouse. La compositrice, pianiste et violoniste S.C. Eckhardt-Gramatté fut également un remarquable professeur dans ces trois disciplines. Parmi les prof. de matières théoriques, on retiendra, entre autres, les noms de Gwendda Owen Davies (qui enseigna aussi le piano) et Russell Standing. En 1910, la MRMTA fut fondée sous le nom de Winnipeg Music Teachers' Assn par Eva Clare et d'autres. Son objectif - en plus du maintien de la qualité au sein des professeurs privés qu'elle représentait - était d'introduire la musique dans les écoles, à titre de crédit facultatif. En 1935, la musique fut reconnue comme sujet d'étude dans les écoles secondaires de Winnipeg et les universités du Manitoba, et en 1936, le Western Board of Music fut fondé. Succédant à Ethel Kinley, Marjorie Horner étoffa la formation instrumentale collective que Kinley avait lancée en 1947. P.G. Padwick avait mis sur pied un programme d'orchestre à l'école au Manitoba (Manitoba Schools' Orchestra) dès 1923. Son oeuvre fut poursuivie après 1938 par Ronald Gibson, Filmer Hubble, Glen Pierce et Frances Port jusqu'en 1964. Lola MacQuarrie devint dir. de la musique des écoles de Winnipeg en 1955, et Glen Pierce lui succéda en 1966. L'AMEM fut fondée à Winnipeg en 1959.

Plusieurs écoles privées se distinguèrent aussi : le Shinn Conservatory of Music, la Bornoff School of Music et le Konrad Cons. qui lui succéda, sans oublier les écoles d'accordéon et de guitare fondées par Tek Komar en 1950 et 1970. Le dépt de musique (fondé en 1944) du Mennonite Brethren Bible College and College of Arts et celui du Canadian Mennonite Bible College (1947) n'ont pas cessé d'offrir des cours de musique, tout comme le Manitoba Cons. of Music and Arts (1983).

James Croft, arrivé à Winnipeg en 1904, et plus tard son fils H.J. Croft firent de la ville un centre pour la restauration et la réparation de violons; leur maison vendit des instruments et de la musique jusqu'au milieu des années 1980. Tom Tredwell fut une autre grande figure du commerce de la musique : il géra la succursale de Winnipeg de la Western Music Co. Ltd. (1938-56) et ouvrit le Tredwell's Music Centre en 1956. J.J.H. McLean and Co. vendit des pianos, des orgues électriques et de la musique en feuilles.

En 1948, un concert de compositeurs de Winnipeg présenta des oeuvres de W.H. Anderson, Chester Duncan, Walter MacNutt et Barbara Pentland. D'autres compositeurs ont travaillé à Winnipeg : S.C. Eckhardt-Gramatté, Bernard Naylor, Robert Turner, Victor Davies, Neil Harris, Leslie Mann et Robert McMullin. Fondée en 1983, la Manitoba Composers Assn a parrainé, publié et présenté des oeuvres de T. Pat Carrabré, Gerhard Ginader, James Hiscott, Michael Matthews, Sid Robinovitch, Bruce Shavers, etc.

Les premiers Islandais arrivèrent à Winnipeg en 1875; au cours des années suivantes, les multiples composantes ethniques de la ville créèrent une même diversité dans la vie musicale. Les communautés juive, mennonite, scandinave et slave ont produit de dynamiques formations chorales, instrumentales, lyriques et folkloriques : des groupes juifs formèrent le Jewish Community Choir and Orchestra et le Jewish Women's Musical Club; la communauté mennonite a organisé des concerts, exécuté des oratorios et formé beaucoup des meilleurs chanteurs, instrumentistes et musiciens d'église de la ville; l'importante communauté ukrainienne a été particulièrement entreprenante dans les domaines de l'opéra folklorique et du chant choral. En 1949, lors d'un festival marquant le 75e anniversaire de la ville, Alec Lubimiw présenta des ensembles estoniens, hongrois, lettons, lithuaniens, polonais, ukrainiens et yougoslaves du Canada. Des choeurs masculins islandais, norvégiens et suédois se produisirent à Winnipeg durant de nombreuses années. Il y eut également un United Scottish Society Male Choir. Le choeur polonais « Sokol » gagna le Lord Tweedsmuir Memorial Trophy en 1964.

En plus de ceux déjà mentionnés, les musiciens nés à Winnipeg, Saint-Boniface et autres municipalités constituantes (ou dans les environs) incluent Ernest Adams, Peter Allen, Evelyne Anderson, J.S.P. Bach, Peter Berring, Lloyd Blackman, le baryton Georges Bétournay, les sopranos Belva Boroditsky et sa soeur Sara Boroditsky Udow, Lorne M. Betts, Deanna Durbin, Armand Ferland, Esther Ghan, Flora Matheson Goulden, Donna Grescoe, Frederick Grinke, Donald Hadfield, Joan Hall, le pianiste Jack Henderson, Sheila Henig, Sydney Hodkinson, Phyllis Holtby, Margaret Ann Ireland, Diedre Irons, Terry Jacks, le ténor Robert Jeffrey, Juliette, Wally Koster, Gladys Kriese-Caporale, Gordon Kushner, Ethel Codd Luening, Gisèle MacKenzie, Fraser MacPherson, David Martin, Brock McElheran, Gordon McLean, Hugh McLean, Morley Meredith, Norman Mittelmann, John Moncrieff, Mary Morrison, Gilbert, Sheila et Lorne Munroe, Kenneth Murphy, George Murray, Avis Phillips, Henriette (Platford) Asch (Duo Ascher), Ross Pratt, Jackie Rae, la claveciniste Joyce Redekop-Fink, Harold Redekopp (dir. mus. à la SRC), la violoniste Victoria Polley Richards, Louise Roy, la mezzo-soprano Elsie Sawchuk, Victor et Erica Schultz, Bernie Senensky, Pat Shand, Ann Southam, Lucille Starr, Ben Steinberg, la violoniste Vera Tarnowsky et Frank Thorolfson.

Parmi les interprètes qui ont oeuvré à Winnipeg, citons les groupes pop-rock Crash Test Dummies, Guess Who, Harlequin et Streetheart, les musiciens de jazz Ron Halldorson, Knut Haugsoen, Steve Hilliam, Walle Larssen, Marilyn Lerner, Greg Lowe, Ron Paley, Larry Roy et Rob Siwik, et les musiciens de blues Big Dave McLean et Brent Parkin.