Variole

La variole est une maladie infectieuse causée par un virus à ADN du genre orthopox. Le virus de la variole est différent de celui de la vaccine (« vaccin », du latin vacca, vache), une maladie du pis de la vache, mais, inoculé à l'humain, ce virus de la vaccine l'immunise contre la variole sans provoquer de maladie notable. La variole se transmet par les postillons émis par le nez ou la gorge ou par des virions séchés sur des couvertures de lit ou des vêtements. Une fois infecté, le sujet non immunisé se porte bien pendant la phase d'incubation, qui dure environ 12 jours. La maladie se manifeste à ses débuts par des symptômes tels que lombalgie, fièvre et épuisement, suivis d'éruptions pustuleuses touchant surtout le visage et les membres. Au cours de la phase d'éruption, qui dure quelques semaines, le sujet est susceptible d'infecter de trois à cinq de ses proches. Les éruptions laissent des cicatrices plus ou moins profondes ou des pustules. Les complications comprennent la pneumonie, la cécité, l'infection des articulations ou des os. La forme hémorragique est invariablement fatale. Le taux de mortalité dû à la variole majeure atteint 30 p. 100 à 40 p. 100, alors que celui de la variole mineure est seulement de 1 p. 100 à 2 p. 100.

Au cours de l'Antiquité, la variole est probablement répandue en Asie, mais ce n'est qu'au IXe siècle de notre ère que Rhazes, en Asie Mineure, décrit convenablement cette maladie. Les Espagnols ont importé la maladie en Amérique lors de leurs visites et de leurs conquêtes des Antilles (1507) et du Mexique (1519). On la signale pour la première fois en Nouvelle-France en 1616, près de Tadoussac, dans les régions du Saint-Laurent et du Saguenay où les colons français l'ont apportée. La variole fait des ravages parmi les Autochtones car ils sont totalement dépourvus d'immunité. Rapidement elle se propage dans les autres tribus des Maritimes, de la Baie James et de la région des Grands Lacs. Entre 1636 et 1640, les prêtres jésuites introduisent la variole en Huronie, à l'ouest du lac Simcoe et au sud de la baie Georgienne. Lors de leurs visites, les prêtres baptisent les Autochtones malades et mourants et propagent ainsi la maladie que les Autochtones perçoivent comme la mauvaise « médecine des robes noires ».

La variole joue un rôle important dans les luttes entre les Français, les Britanniques et les Américains pour dominer la région du Saint-Laurent. La pire épidémie au Canada français survient entre 1755 et 1757 et se propage à la Nouvelle-Angleterre. Le commandant français de Vaudreuil est forcé d'abandonner l'invasion de la Nouvelle-Angleterre. En 1757, Montcalm fait état de 2500 cas dans la ville de Québec, dont 20 p. 100 décèdent. La maladie affecte aussi les troupes britanniques qui assiègent Louisbourg et qui tentent d'envahir Québec. En 1763, les Britanniques utilisent des couvertures exposées à la variole comme armes bactériologiques dans leur tentative de maîtriser le soulèvement autochtone sous le commandement de Pontiac. En 1775, pendant la guerre de l'indépendance américaine, les troupes américaines qui assiègent Québec sont frappées par la variole.

La vaccination est introduite en Amérique du Nord en 1798 par le révérend John Clinch, camarade de classe d'Edward Jenner qui, le premier, a démontré la vertu préservatrice de la vaccination contre la variole. Des militants anti-vaccins accueillent avec beaucoup de résistance le recours généralisé à la vaccination prôné par les autorités en santé publique. Malgré les mesures législatives provinciales qui rendent obligatoire la vaccination des enfants à l'école et qui confèrent aux municipalités et aux cantons le pouvoir d'effectuer une vaccination générale si une menace d'épidémie se fait sentir, la résistance passive est généralisée. À Montréal, en 1885, il se produit une éruption importante qui provoque finalement plus de 3000 morts. De nombreux Canadiens français de Montréal s'opposent à la vaccination. Les tentatives de mettre en vigueur des mesures de contrôle, ajoutées à l'annonce, en septembre 1885, de la condamnation à mort de Louis Riel, chef de la Rébellion du Nord-Ouest, provoquent des émeutes qui ne sont maîtrisées qu'en faisant appel à la milice.

La variole se consume au Canada durant la première moitié du XXe siècle. En 1924, à Windsor en Ontario, il y a 67 cas dont 32 décès, tous chez des personnes non vaccinées. La maladie est finalement éradiquée en 1979, grâce à une énergique campagne de vaccination en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie, sous la direction de l'Organisation mondiale de la Santé. La variole est la première maladie d'importance à avoir été éliminée par des mesures de santé publique.