Un Canadien errant

« Un Canadien errant ». Chanson folklorique dont les paroles furent écrites en 1842 par Antoine Gérin-Lajoie. Nombreuses sont les versions concernant les origines de cette chanson, mais rares sont celles qui rapportent les faits sans les altérer par une sentimentalité débordante. Dans son manuscrit Souvenirs de collège, Antoine Gérin-Lajoie raconte comment il a adapté les paroles à un air folklorique existant : « J'ai composé cette chanson en 1842 lorsque je faisais ma rhétorique à Nicolet. Je l'ai faite un soir dans mon lit à la demande de mon ami Cyp Pinard, qui voulait avoir une chanson sur cet air Par derrière chez ma tante ... Elle a été publiée en 1844 dans le Charivari canadien sous mes initiales (A.G.L.)... » Dans le journal précité, la chanson portait le titre Le proscrit et l'air indiqué était cependant Au bord d'un clair ruisseau.

Ernest Gagnon, dans ses Chansons populaires du Canada (Québec 1865), donne comme air original J'ai fait une maîtresse dont la variante Si tu te mets anguille n'en retient que « des fragments assez altérés ». La version de Gagnon est celle considérée comme définitive.

Dans le Penguin Book of Canadian Folk Songs (Harmondsworth, Angl. 1973), Edith Fowke précise que, à la suite des rébellions qui ont éclaté dans le Haut-Canada et le Bas-Canada de 1837-1838, les rebelles qui échappèrent aux représailles durent s'exiler aux É.-U. Fowke écrivit : « Leur condition misérable inspira un jeune étudiant, M.A. Gérin-Lajoie, qui écrivit Un Canadien errant sur l'air d'une chanson folklorique française populaire Si tu te mets anguille. » À partir de 1842, les Canadiens français ont chanté Un Canadien errant de l'Acadie sur la Côte est aux Territoires du Nord-Ouest.

Dans le contexte de la déportation des Acadiens de 1755-1762, les Acadiens adoptèrent d'une manière informelle les paroles d'Antoine Gérin-Lajoie à partir de 1844. (Après avoir refusé de prêter le serment d'allégeance à la couronne britannique, de nombreux Acadiens émigrèrent (1749-1755) en Acadie intérieure, à l'île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) ou au Cap-Breton. Craignant de les voir s'allier aux Français durant la guerre, Charles Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, décida de déporter les Acadiens de la Nouvelle-Écosse en Nouvelle-Angleterre et sur la côte de l'Atlantique. Une fois la paix rétablie, certains revinrent en Acadie et d'autres au Québec. Les descendants de ces Acadiens ont trouvé que les paroles de Un Canadien errant étaient appropriées à leur propre situation. Adoptant la pièce comme leur chant national, ils changèrent la première ligne de Un Canadien errant et chantèrent la variation résultante tirée d'un chant grégorien Ave Maris stella.

Enregistrements et arrangements

Un Canadien errant a été enregistré de nombreuses fois et sous plusieurs arrangements. Il existe une version anglaise de la chanson dans Canadian Folk Songs, Old and New , de John Murray Gibbon (Londres 1927, 1949). Fantaisie sur l'air d'Un Canadien errant fut jouée au Monument-National par son auteur, Albert Chamberland, le 13 avril 1926. Morley Calvert s'est également inspiré de la chanson pour un mouvement dans sa Suite des collines montérégiennes (1961). Jean-François Sénart en a réalisé un arrangement pour chœur à quatre voix (Alliance des chorales du Québec 1975, enregistré sur RCI 429); d'autres arrangements existent également. Joseph Saucier fut l'un des premiers Canadiens à l'enregistrer au pays sur 78-tours (1915, HMV XX-007). Plusieurs enregistrements sont parus par la suite, notamment ceux d'Éva Gauthier (1917, Victor 69311), de Jacques Labrecque (9-RCI et RCA CS-100-2, repiquée sur CD sous 5 ACM 39), d'Alan Mills et d'Hélène Baillargeon (9-RCI et RCA CS-100-1, version Si tu te mets anguille, repiquée avec l'interprétation de Labrecque ci-dessus), de Nana Mouskouri, qui a fait connaître cette chanson à l'étranger et de Leonard Cohen (Un Canadien errant, 1979, Columbia PC 32264, repiquée sur CD, Columbia CK 36264).

« Un Canadien errant » fut intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2007.

Version française


Un Canadien errant,
Banni des ses foyers,
Parcourait en pleurant Des pays etrangers.



Parcourait en pleurant
Des pays etrangers.
Un jour, triste et pensif,
Assis au bord des flots,
Au courant fugitif
Il adressa ces mots:
Au courant fugitif
Il adressa ces mots:








"Si tu vois mon pays,
Mon pays malheureux,
Va dire a mes amis
Que je me souviens d'eux.
Va, dis à mes amis
Que je me souviens d'eux.






O jours si pleins d'appas,
Vous êtes disparus...
Et ma patrie, helas!
Je ne la verrai plus!
Et ma patrie, helas!
Je ne la verrai plus!"





Version anglaise

Traduction, Edith Fowke

Source: Fowke, Edith et Alan Mills (eds). Singing our History: Canada's Story in Song, (Doubleday, Toronto, 1984)


Once a Canadian lad,
Exiled from hearth and home,
Wandered, alone and sad,
Through alien lands unknown.
Down by a rushing stream,
Thoughtful and sad one day
He watched the water pass
And to it he did say:








"If you should reach my land,
My most unhappy land,
Please speak to all my friends
So they will understand.
Tell them how much I wish
That I could be once more
In my beloved land
That I will see no more.








"My own beloved land
I'll not forget till death,
And I will speak of her
With my last dying breath.
My own beloved land
I'll not forget till death,
And I will speak of her
With my last dying breath."







Bibliographie

Charivari canadien, I (4 juin 1844).

Léon GÉRIN, Note sur l'écrit de Un Canadien errant (d'un cahier manuscrit de Gérin-Lajoie, Souvenirs de collège, Antoine Gérin-Lajoie. La Résurrection d'un patriote canadien, Léon Gérin dir. (Montréal 1925).

Gérin-Lajoie et Un Canadien errant, La Lyre, IV, no 43 (août 1926).

Hector GRENON, Us et coutumes du Québec (Montréal 1974).

François HONE, Un siècle et demi de documents historiques, éd. hors commerce (Montréal 1976).

Conrad LAFORTE, Un Canadien errant, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec I, Maurice Lemire dir. (Montréal 1978).