Tutchonis

Les Tutchonis, PREMIÈRE NATION de plusieurs milliers de personnes, forment l'un des groupes les plus nombreux parmi les quelque 7200 INDIENS du Yukon. Leur patrie est le vaste plateau découpé par le cours supérieur de la rivière Alsek et du fleuve Yukon, délimité au sud-ouest par la chaîne côtière et le mont Saint-Élie et au nord-est par les monts de Selwyn. Bien que répartis en bandes de Tutchonis du Nord et du Sud, en fonction des dialectes de la langue athapascane qu'ils pratiquaient, ils parlent surtout l'anglais aujourd'hui. Ils chassent le caribou, l'orignal, le mouflon de montagne et le petit gibier, surtout la marmotte, le lièvre et l'écureuil. Ils se nourrissent aussi d'oiseaux et de poissons d'eau douce, et certaines bandes dépendent beaucoup des migrations annuelles du saumon.

Les fluctuations de la faune et le climat subarctique, caractérisé par des étés chauds et des hivers très froids, imposent un mode vie semi-nomade. Les familles se rassemblent dans des camps de pêche au printemps et à l'été, puis dans des camps de chasse à l'automne et passent une partie de l'hiver regroupées près des réserves de nourriture séchée et de lacs poissonneux. À la fin de l'hiver, cependant, elles doivent se disperser pour trouver du gibier et connaissent parfois la famine. Au XIXe siècle, la TRAITE DES FOURRURES, en encourageant le piégeage, pousse les familles à se disperser durant l'hiver.

Au XIXe siècle, certains Tutchonis, sous l'influence des Tlingits de la côte avec lesquels ils commercent, ont des maisons en planches, mais la plupart vivent dans de grands abris en appentis faits de branchages ou dans des tentes en forme de dôme recouvertes de peaux. Comme ce sont les Blancs qui introduisent les traîneaux à chiens, leurs biens se limitent à ceux qui se transportent facilement ou qu'ils peuvent fabriquer sur place, comme les collets pour piéger les animaux de toutes grosseurs. Si la plupart de leurs outils ne sont pas réutilisables, leur grande efficacité tient au fait qu'ils savent comment, où et quand les utiliser. Certains Tutchonis disposent de cuivre brut pour fabriquer des couteaux et des pointes de flèche, mais la plupart ont recours aux os et aux bois de cervidés. Les femmes fabriquent d'excellents contenants en écorce de bouleau et de beaux vêtements en peaux d'animaux.

Organisation sociale et politique

Leur société est matrilinéaire et composée de deux groupes exogames, Corbeau et Loup. Ils n'ont pas de système politique traditionnel, mais les chefs puissants attirent le plus grand nombre de partisans. La hiérarchie fondée sur la richesse commence à se développer au XIXe siècle en raison du commerce et des mariages avec les Tlingits en quête de fourrures à vendre aux Blancs sur la côte. Les Tutchonis qui habitent près de la côte sont intégrés à des clans qui portent des noms tlingits.

On souligne la naissance, la puberté et la mort par l'observance de diverses règles alimentaires et sociales. Les enfants apprennent très tôt à vivre en harmonie avec les puissances spirituelles animales et les phénomènes naturels dont le bon vouloir régit le bien-être des humains. Les CHAMANS invoquent les esprits pour trouver le gibier et pour guérir les malades. Les Tutchonis expriment leur conception de l'univers dans des chants, des danses, l'art oratoire et les légendes. Ils publient maintenant des oeuvres littéraires grâce à une orthographe élaborée par le Yukon Native Language Centre.

Changements économiques

L'arrivée massive de Blancs pendant la RUÉE VERS L'OR DU KLONDIKE, à la fin des années 1890, et la construction de la ROUTE DE L'ALASKA, en 1942, ont profondément modifié la culture des Tutchonis. Ils se sont tournés graduellement vers l'économie mixte basée à la fois sur le travail salarié, la chasse, la pêche et le piégeage.

Accord sur les revendications territoriales
À l'instar d'autres autochtones du Yukon, les Tutchonis n'ont jamais signé de traité (voir TRAITÉS INDIENS) et plusieurs chefs tutchonis, dont Elijah Smith (mort en 1991), Paul Birckel et Harry Allen, en aidant à mettre sur pied le Conseil des Indiens du Yukon, ont du même coup contribué à conclure un règlement des REVENDICATIONS TERRITORIALES, que la plupart des Premières Nations du Yukon ont signé en 1993. Ils ont aussi participé activement à la fondation du Conseil des Premières Nations du Yukon, en août 1995, dont l'objectif est d'établir au Yukon un gouvernement des Premières Nations qui coexisterait avec les gouvernements territorial et fédéral. En 1995, Judy Gingell, une Tutchonie, est nommée commissaire du Yukon.

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