Le mât totémique est un monument créé par les peuples autochtones de la côte du Nord-Ouest, et peut servir d’enseigne, de symbole généalogique ou de mémorial. Fait de bois de cèdre rouge sculpté et peint de couleurs vibrantes, le totem est emblématique de la culture autochtone côtière et de l’art autochtone de la côte du Nord-Ouest. Au XIXe siècle, les colons européens cherchaient à assimiler les Premières Nations de la Colombie-Britannique et menaçaient celles-ci de limiter l’expression de leur culture traditionnelle. Ainsi, le mât totémique est un symbole de survivance et de résistance à l’assimilation culturelle et territoriale.

Représentations

Le totem est généralement érigé lors de cérémonies de potlatch; il dépeint des animaux symboliques qui appartiennent à des lignées familiales précises et qui représentent l’histoire de ces lignées. Les emblèmes d’animaux illustrent notamment le castor, l’ours, le loup, le requin, l’épaulard, le corbeau, l’aigle, la grenouille et le moustique; ils représentent les liens de parenté, l’appartenance et l’identité, tandis que le reste du mât symbolise l’histoire d’une famille.

Types de mâts totémiques

Il existe six différents types de totems : le mât héraldique ou le mémorial, le mât d’alarme, le mât de maison, le mât à l’avant de la maison ou dans le portail, le mât de bienvenue et le mât mortuaire. Les mâts sont sculptés à partir de bois de cèdre rouge, et sont généralement peints en noir, rouge, bleu, parfois en jaune et en blanc. Leur taille varie : les mâts à l’avant des maisons font jusqu’à plus de 1 m de large à la base et s’élèvent jusqu’à 20 m dans les airs, faisant face en règle générale à l’océan ou aux rivières. Les « totems de la honte » sont quant à eux rares, mais sont parfois utilisés pour dénigrer des voisins qui commettent des torts, par exemple qui ne paient pas leur dette. À l’heure actuelle, des groupes utilisent des tactiques similaires pour pointer du doigt des entités externes, gouvernementales ou privées.

Histoire

Bien que les totems sont une production culturelle majeure chez les Autochtones bien avant l’arrivée des Européens, la plupart des mâts que l’on trouve aujourd’hui dans les parcs et les musées auraient été sculptés après 1860; la nature du bois utilisé et le climat côtier de l’Ouest ont causé l’affaiblissement des structures. En outre, les outils utilisés pour la construction de totems se sont de beaucoup raffinés avec l’arrivée des Européens, au XIXe siècle. Chaque peuple a ses styles de sculptures et préfère certains types de mâts.

Les années 1950 voient une croissance de l’intérêt pour les mâts totémiques. De nouveaux totems sont commandés pour les musées, les parcs et les expositions internationales. Dans les années 1960, c’est le retour de l’érection de totems pendant les cérémonies de potlatch.

De nombreuses communautés de la côte du Nord-Ouest ont du mal à se réapproprier les totems que les forces coloniales leur ont soustraits pour les vendre ou les exposer ailleurs. En 2006, les Haislas réussissent à rapatrier un de leurs mâts totémiques, qui se trouvait dans un musée suédois depuis 1929.

Sculpteurs contemporains

Malgré la menace de l’assimilation culturelle, politique et territoriale, l’art de la sculpture de totems persiste. Des artistes comme Charles Edenshaw (1839-1920), Charlie James (1867-1938), Ellen Neel (1916-1966) et Mungo Martin (1879-1962) inspirent les nouvelles générations de sculpteurs comme Henry Hunt (1923-1985), Bill Reid (1920-1998), Douglas Cranmer (1927-2006), Tony Hunt (1942-), Norman Tait (1941-) et Robert Davidson (1946-) à poursuivre la tradition et à inspirer à leur tour les générations futures.