Les Łingíts (Tlingits), ce qui signifie « le peuple des marées », sont les peuples autochtones du nord-ouest de la côte du Pacifique, qui se considèrent comme une communauté avec le même héritage culturel. En 2012, il y a 589 Łingíts inscrits au Canada.

Économie précoce

Territoire traditionnel Łingít (région côtière).
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Les ressources des régions côtières et de la forêt boréale autour des Grands Lacs qui alimentent le fleuve Yukon jouent depuis toujours un rôle important dans l’économie des Łingíts. Au XIXe siècle, la plupart de leurs ancêtres, dont certains viennent de la côte, habitent en amont de la rivière Taku qui se jette dans l’océan Pacifique près de Juneau, en Alaska. Les Łingíts de l’intérieur dépendent en grande partie des montaisons annuelles de saumon dans le bassin de la Taku, mais ils chassent aussi le caribou, l’orignal, le mouton et la chèvre de montagne aussi bien que le petit gibier, surtout la marmotte et les oiseaux.

Vers la fin du XIXe siècle, les Łingíts déménagent au Yukon, attirés d’abord par l’abondance d’animaux à fourrure, mais aussi par la Ruée vers l’or du Klondike de 1897-1899. Cette existence de semi-nomades se poursuit aussi bien au Yukon bien que le saumon soit moins abondant et les animaux à fourrure plus nombreux. Leurs outils, comme ceux de leurs voisins athapascans (voir Tutchonis), sont bien adaptés aux conditions rigoureuses de la Cordillère subarctique.

Les Łingíts se disputent parfois avec les Tahltans sur les droits de pêche au saumon et sur le contrôle des fourrures de qualité provenant de l’intérieur de la côte. Les deux groupes convoitent les fourrures des Kaskas de la rivière Liard, mais ils sont eux-mêmes dominés par les Łingíts de la côte qui monopolisent l’accès aux commerçants de fourrures européens.

Organisation sociale

Territoire traditionnel Łingít (teslin et de l’intérieur).
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Les Łingíts constituent une nation matrilinéaire divisée en deux moitiés ou groupes, celle du Corbeau et celle de l’Aigle. Les moitiés comprennent les peuples de cinq clans : Kùkhhittàn (Corbeau), Ishkìtàn (Grenouille), Yanyèdi (Loup), Dèshitàn (Castor) et Dakhl’awèdi (Aigle). Ces groupes prennent les décisions sur la hiérarchie, les mariages et les pratiques de dénomination.

Les relations sociales reposent sur des obligations réciproques entre les membres des clans partagés en moitiés opposées. L’obligation la plus importante est associée à la mort et aux fêtes commémoratives, ou Potlatchs, qui ont lieu à peu près un an après la mort et donnent lieu à d’éloquents discours, à des danses, à des chants et à des représentations théâtrales symboliques (voir Potlatchs). Les Łingíts qui habitent dans les terres intérieures ou sur la côte se marient souvent entre eux, mais aussi ils épousent des membres des groupes qui habitent à côté, comme les Athapaskans et les Tahltans.

Chaque clan a des pouvoirs limités à ses affaires intérieures et ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale qu’on commence à nommer des chefs de bande. C’est le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (maintenant le département des Affaires autochtones et du Nord Canada) qui établit les élections des chefs et des conseils de bande. Aujourd’hui, les Łingíts à Teslin ont leur propre système judiciaire.

Culture

Depuis la ruée vers l’or au début du XXe siècle, l’exploitation minière près d’Atlin, en Colombie-Britannique, et surtout, la construction de la route de l’Alaska en 1942, les Łingíts s’assimilent de plus en plus à la société occidentale. Toutefois, ils reprennent l’intérêt à leurs arts traditionnels et mettent sur pied des entreprises commerciales de fabrication de canots et de raquettes. Les Łingíts ont aussi une riche littérature orale. Nora Marks Dauenhauer et Richard Dauenhauer, poètes et écrivains, éditent les collections classiques de la littérature des Łingíts, dont Haa Shuká, Our Ancestors: Tlingit Oral Narratives (1987); Haa Tuwunáagu Yís, for Healing Our Spirit: Tlingit Oratory (1990); Haa Kusteeyí, Our Culture: Tlingit Life Stories (1994); et Anóoshi Lingít Aaní Ká/Russians in Tlingit America: The Battles of Sitka, 1802 and 1804 (2015, édité en collaboration avec Lydia T. Black).

Langue

Tlingit (ou łingít) est le nom de la langue que le peuple de cette nation parle. On le parle surtout à Teslin et à Cascross au Yukon. Le dialecte łingít provient de la langue na-déné qui fait partie de la famille des langues athapaskanes. On parle ce dialecte surtout dans la région d’Atlin, dans la partie la plus septentrionale de la Colombie-Britannique et à Teslin dans la province voisine du Yukon.

Revendications territoriales

Les Tlingits de l’intérieur ne signent pas de traités autochtones. En 1993, le Conseil des Indiens du Yukon (maintenant le Conseil des Premières Nations du Yukon) négocie avec succès ses revendications territoriales. Puis, ils se joignent au Conseil des Premières Nations du Yukon (qui succède au Conseil des Indiens du Yukon en 1995) afin de créer un gouvernement des Premières Nations au Yukon, qui coexisterait avec les gouvernements fédéral et territorial.

Après plus de deux décennies de négociations, l’entente définitive du Conseil des Tlingits de Teslin et du gouvernement du Yukon et l’entente d’autonomie gouvernementale entrent en vigueur en 1995. Ces ententes régissent plus de10 000 km2 du territoire des Łingíts de Teslin tout en tenant compte de la culture traditionnelle des clans.