Dans un pays où l’autopromotion est plutôt mal perçue, les Canadiens tendent à préférer les héros modestes. C’est le cas même lorsque ce héros laisse derrière lui un héritage qui lui survit pendant des décennies, que son histoire rejoint des millions de personnes, même au-delà des frontières de son pays, et qu’il parvient à recueillir près de 700 millions de dollars pour soutenir une cause majeure.

Terry Fox est âgé de 22 ans en 1980, année où il décide de courir environ 8 000 kilomètres à travers le Canada. Ce genre d’exploit n’a été tenté qu’en de rares occasions, et le fait qu’il compte l’accomplir sur une seule jambe en fait un effort des plus remarquables. Son autre jambe, en effet, a été amputée de six pouces au-dessus du genou en 1977; il doit donc se fier à sa prothèse (voir Terry Fox et le développement des prothèses pour la course à pied.) L’objectif de Terry Fox est de sensibiliser le public à la recherche sur le cancer tout en amassant des fonds.

Né à Winnipeg, au Manitoba, et ayant grandi à Port Coquitlam, en Colombie-Britannique, Terry Fox est un inconnu au moment où il trempe sa jambe artificielle dans l’Atlantique près de St. John’s, à Terre-Neuve, pour marquer le début de sa course. Il a passé la majeure partie de l’année précédente à s’entraîner, courant plus de 5 000 kilomètres pour se préparer à ce qui serait plus tard nommé le Marathon de l’espoir. Comme il le note dans son journal, il vise alors de parcourir « 26 miles (soit 42 kilomètres) » par jour – l’équivalent d’un marathon entier. Il y parvient la majorité du temps, avec une détermination extraordinaire, tout en prenant le temps d’admirer ce qui l’entoure. « C’est un pays magnifique, calme, tranquille, » écrit-il alors qu’il est en Nouvelle-Écosse. « J’adore ça. »

La couverture médiatique est lente au début, mais alors qu’il traverse les provinces de l’Atlantique et le Québec, on entend de plus en plus parler du jeune homme calme et déterminé et de son extraordinaire périple. Au moment où il atteint l’Ontario, Terry Fox est devenu une célébrité. Il rencontre le premier ministre Pierre Trudeau et les étoiles du hockey Bobby Orr et Daryl Sittler et l’actrice britannique Maggie Smith. Certaines de ses apparitions attirent des milliers de partisans.

Tout ce soutien, s’il lui réchauffe le cœur, n’est hélas pas en mesure de le guérir. Après des semaines de toux persistante, accompagnée d’autres symptômes, Terry Fox est forcé de s’arrêter le 1er septembre 1980. Il a alors parcouru 5 373 kilomètres à la course, soit l’équivalent de plus de 128 marathons en 143 jours. Des tests médicaux le confirment : son cancer a récidivé et a attaqué ses poumons. À ce moment, ses efforts ont déjà su attirer l’attention du pays entier. Un téléthon auquel participent de nombreuses célébrités, sur le réseau national de la CTV, permet d’amasser 10 millions de dollars. Terry Fox est nommé membre de l’Ordre du Canada le mois où il est forcé d’interrompre sa course, ce qui fait de lui le plus jeune récipiendaire de l’histoire. « À un moment, la douleur devra cesser », écrit-il. Ce n’est pourtant pas le cas. Il meurt le 28 juin 1981, moins d’un an après avoir mis fin à sa course.

Terry Fox vit assez longtemps pour voir se réaliser une grande partie de son rêve : récolter un dollar destiné à la recherche sur le cancer par habitant canadien. Au moment de sa mort, les dons de 24,1 millions de dollars équivalent presque à la population du pays. Depuis lors, sa notoriété n’a cessé de s’accroître, tout comme les fonds amassés en son nom. La Fondation Terry Fox, que gèrent les membres de sa famille, continue sa mission. Chaque automne, des courses Terry Fox sont tenues partout à travers le Canada et dans plus de 25 autres pays. L’automne dernier, notre organisation, Historica Canada, fait paraître un court métrage Minutes du patrimoine qui rend hommage aux efforts de Terry Fox. L’acteur qui l’interprète, Jared Huumonen, perd sa jambe à cause du même type de cancer au même âge, et affirme qu’il ne serait pas ici aujourd’hui sans l’exemple de Terry Fox. Les sondages désignent souvent Terry Fox comme modèle et comme héros, surtout parmi les jeunes au pays. Sa modestie ne fait qu’ajouter à tout ce qu’il a accompli. « Je ne suis qu’un des membres du Marathon de l’espoir, » a-t-il déjà déclaré. « Je ne suis pas différent des autres… Je ne suis ni plus et… ni moins. » Toutefois, comme le savent la population canadienne et tous ceux qui connaissent son histoire, il était, et demeure, bien, bien plus que cela. (Voir aussi L’histoire de Terry Fox : entrevue avec Bill Vigars; Entrevue avec Leslie Scrivener; Entrevue avec Darrell Fox.)