Terre-Neuve devient la dixième province du Canada en 1949. Pendant plus d’un siècle, les habitants ont été peu chauds à l’idée de se joindre à la Confédération, mais un référendum remporté de justesse annexa le territoire au pays en 1949.

Béothuks et Vikings

Les Béothuks sont parmi les premiers en Amérique à rencontrer des Européens, lorsque les Vikings s’installent dans L’Anse aux Meadows autour de 1000 avant notre ère. Les Vikings quittent la région quelques années plus tard, et les Européens ne reviennent qu’en 1497 à l’occasion de l’expédition de cartographie de John Cabot. La Grande-Bretagne réclame le territoire en 1583.

Tandis que les Béothuks sont décimés par la guerre et les maladies, la population européenne atteint 140 000 habitants au milieu des années 1800. La colonie est dirigée par un gouverneur britannique et un conseil élu dans les années 1800, avant de se voir attribuer en 1855 un gouvernement responsable.

Conférences de Charlottetown et de Québec

Terre-Neuve n’est pas invitée à la Conférence de Charlottetown de 1864, lorsque les dirigeants de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de la Province du Canada se réunissent pour discuter de la Confédération. Les organisateurs de la conférence croyaient que Terre-Neuve n’était pas intéressée par une union à l’échelle nationale. Plus tard la même année, des fonctionnaires de la colonie assistent toutefois à la Conférence de Québec, qui passait en revue les détails de la Confédération. Les politiciens de Terre-Neuve Ambrose Shea et F.B.T. Carter se rendent ainsi à Québec à titre d’observateurs plutôt que comme délégués avec un droit de vote. Ils ramènent chez eux des commentaires positifs sur la Confédération, qui sont d’ailleurs débattus à l’Assemblée législative à St John’s.

L’opinion publique à Terre-Neuve sur la Confédération est partagée. Le politicien Charles Fox Bennett mène le mouvement anti-Français et anti-Confédération, mettant ses confrères en garde contre la hausse d’impôt qui en résulterait et contre la conscription obligatoire lors de conflits auquel le Canada participe. Malgré ses efforts, un gouvernement pro-Confédération remporte l’élection de Terre-Neuve en 1865, sans cependant travailler à l’inclusion de la province une fois porté au pouvoir.

Commission de gouvernement

Une crise des banques frappe la colonie dans les années 1890, ce qui crée une nouvelle vague d’intérêt pour la Confédération en 1895 : l’union est perçue comme une solution pour les problèmes financiers de Terre-Neuve. Cependant, le Canada offre des conditions financières jugées insatisfaisantes par Terre-Neuve, et aucun accord n’est conclu. Le souhait des Terre-Neuviens de devenir Canadiens n’a de toute façon jamais été très fort.

La Première Guerre mondiale apporte d’abord la prospérité à Terre-Neuve, qui utilise sa nouvelle richesse pour construire des routes et des chemins de fer, ainsi que pour envoyer un régiment au front. Au tournant des années 1920, cependant, la colonie est criblée de dettes (un problème que la Grande Dépression de la prochaine décennie ne fera qu’empirer). En réponse à la possibilité de faillite, les dirigeants de Terre-Neuve suspendent le gouvernement responsable en 1934 et acceptent une Commission de gouvernement non élue, dirigée par la Grande-Bretagne.

Terre-Neuve devient par la suite une importante base stratégique dans la Deuxième Guerre mondiale, ce qui ramène la prospérité grâce aux investissements militaires américains, britanniques et canadiens. En 1949, la colonie rembourse ses dettes et enregistre un excédent de 40 millions de dollars.

Débat entourant la Confédération

En 1946, une convention nationale élue est créée pour se pencher sur l’avenir politique de la colonie. Pendant deux ans, un débat vigoureux s’ensuit : on hésite entre continuer avec la Commission de gouvernement, se joindre au Canada ou revenir à un gouvernement responsable en tant que dominion indépendant.

Une campagne référendaire amèrement disputée se conclut en faveur de la Confédération grâce à Joseph Smallwood, membre de la convention, qui fait valoir que le Canada saura améliorer la qualité de vie des Terre-Neuviens. Le choix de la Confédération est également encouragé par la Grande-Bretagne.

Lors du référendum de juin 1948, donc, l’option du gouvernement responsable reçoit 44,6 % des votes, la Confédération, 41,1 % et la Commission de gouvernement, 14,3 %. Un mois plus tard, un second vote entre les options de gouvernement responsable et d’union avec la Confédération a lieu, et c’est la Confédération qui l’emporte, avec 52,3 % des votes.

Dixième province

Le Canada est impatient d’inclure Terre-Neuve dans la Confédération, en partie par crainte que les États-Unis, avec leur importante présence militaire, voudraient un jour s’emparer du territoire. Joseph Smallwood dirige une équipe à Ottawa pour négocier les conditions d’entrée de la province avec le premier ministre William Lyon Mackenzie King. Les parlements britanniques et canadiens approuvent les termes de l’union, et le 31 mars 1949, Terre-Neuve devient la dixième province du Canada. Joseph Smallwood est ensuite élu comme premier ministre de Terre-Neuve.

En 2001, le nom de la province est officiellement changé pour Terre-Neuve-et-Labrador.