Tanya Tagaq Gillis, chanteuse de gorge, musicienne expérimentale, peintre (née le 5 mai 1975 à Cambridge Bay, au Nunavut). Artiste expérimentale ayant atteint un certain succès auprès du grand public avec une musique à la croisée de plusieurs genres, Tanya Tagaq, parfois simplement appelée Tagaq, mélange les chants de gorge inuits, traditionnellement chantés en duo, avec de la musique électronique, classique, punk et rock. Lauréate d’un prix Juno, d’un Canadian Aboriginal Music Award et du Prix de musique Polaris, Tagaq fait partie du mouvement que Wab Kinew de la radio de la CBC a qualifié de « renaissance de la musique autochtone » incarné par une nouvelle génération d’artistes autochtones canadiens. Le New Yorker a décrit sa voix comme des « soubresauts venus des profondeurs de la gorge, des hurlements tout en vibration et des cris saccadés à glacer le sang » et a salué son travail comme étant marqué par « le courage et l’absence d’inhibition, l’aisance technique et la maîtrise de la tradition ».

Jeunes années et carrière

Tagaq et ses deux frères grandissent à Cambridge Bay dans un foyer essentiellement anglophone. Sa mère est une Inuk élevée sur l’île de Baffin, tandis que son père est d’origine britannique et polonaise. Durant son enfance, elle endure des agressions sexuelles et devient toxicomane, allant jusqu’à effectuer, à l’âge de 15 ans, une tentative de suicide lors de son séjour dans un pensionnat à Yellowknife. Elle termine ses études secondaires par correspondance à Cambridge Bay et obtient un diplôme en beaux-arts du Nova Scotia College of Art and Design (l’une de ses peintures à l’huile est sélectionnée pour la couverture de l’annuaire téléphonique 2003 de la compagnie Northwestel).

Au début de la vingtaine, alors qu’elle vit à Halifax, Tagaq reçoit une cassette de sa mère sur laquelle deux femmes chantent des chants de gorge. Bien qu’elle n’ait jamais eu l’intention de devenir chanteuse professionnelle, elle se perfectionne dans la technique du chant de gorge en imitant la voix de ces femmes et commence à se produire pour des amis à l’occasion de fêtes. En 2000, lors d’une exposition de certaines de ses peintures au Great Northern Arts Festival à Inuvik dans les Territoires du Nord-Ouest, on lui demande de se produire comme chanteuse dans le cadre du festival après qu’elle a chanté de façon impromptue lors d’une soirée autour d’un feu de camp. Des amis de la chanteuse islandaise Björk assistent à sa prestation et cette dernière lui demande de se joindre à elle pour sa tournée mondiale à venir. Toutefois, des problèmes de santé obligent Tagaq à abandonner la tournée, mais Björk la sollicite à nouveau en 2004 pour chanter sur son album Medúlla.

Sinaa (2005)

Tagaq sort, en 2005, son premier album intitulé Sinaa, ce qui signifie « bord » en inuktitut, sous le nom de Tanya Tagaq Gillis, un disque qui comprend la chanson « Ancestors », un morceau sensuel et envoûtant fruit d’une collaboration avec Björk, que l’on trouve également sur l’album Medúlla de cette dernière. Sinaa, un disque instrumental extrêmement dépouillé pratiquement sans paroles, est sélectionné pour les prix Juno en 2006 dans la catégorie Enregistrement autochtone de l’année. Grâce à cet album, Tagaq remporte le prix de la meilleure artiste féminine lors des Canadian Aboriginal Music Awards de 2005 où le disque est également récompensé dans les catégories Meilleur producteur et meilleur ingénieur du son de l’année et Meilleure conception d’album de l’année.

En 2006, Tagaq collabore avec le Kronos Quartet, un ensemble basé à San Francisco, sur une chanson commandée par le Luminato Festival de Toronto intitulée Nunavut. Cette collaboration fait l’objet d’un documentaire, A String Quartet in Her Throat, sélectionné en 2007 pour un prix Leo dans la catégorie Meilleure musique pour une émission ou une série documentaire. En 2015, elle collabore, toujours en compagnie du Kronos Quartet, avec le compositeur Derek Charke, lauréat d’un prix Juno, pour l’album Tundra Songs.

Auk/Blood (2008) et Anuraaqtuq (2011)

Auk/Blood, le deuxième album de Tagaq, sorti en 2008, pousse plus avant l’exploration des sons déjà présents sur Sinaa. Il comprend diverses collaborations avec des artistes tels que Mike Patton du groupe Faith No More, le rappeur Buck 65 et le violoniste Jesse Zubot, lauréat d’un prix Juno, qui va poursuivre leur collaboration et produire l’album studio suivant de la chanteuse. Auk/Blood est sélectionné dans les catégories Meilleur album instrumental de l’année et Meilleur enregistrement autochtone de l’année pour les prix Juno 2009, et remporte un prix lors des Canadian Aboriginal Music Awards 2008 dans la catégorie Meilleure conception d’album de l’année.

En 2009, Tagaq fait équipe avec les cinéastes Félix Lajeunesse et Paul Raphael lors du tournage d’un court métrage pour sa chanson Tungijuq. Le film remporte un prix dans la catégorie Meilleur court métrage dramatique de l’année lors de l’ImagineNATIVE Film + Media Arts Festival en 2009 et un autre dans la catégorie Meilleure œuvre multimédia de l’année aux Western Canadian Music Awards en 2010.

En 2011, Tagaq sort Anuraaqtuq, un enregistrement en direct de sa prestation improvisée lors du Festival international de musique actuelle de Victoriaville 2010. Jesse Zubot et le percussionniste Jean Martin se joignent à elle, et, avec le DJ Michael Red, forment le groupe qui l’accompagne. En 2012, Tagaq interprète le leitmotiv de la série Arctic Air diffusée sur CBC de 2012 à 2014 avec en vedette Adam Beach.

Animism (2014)

Sorti en 2014 sous l’étiquette indépendante torontoise Six Shooter Records, l’album Animism constitue le plus grand succès commercial de Tagaq à ce jour. L’artiste y propose un périple émotionnel en 11 chansons marqué par un mélange audacieux de chants de gorge et de musique contemporaine. L’écrivain et musicien Geoff Berner décrit Animism comme un album « vertigineusement complexe et sophistiqué dans sa structure qui vous prend aux tripes et vous bouleverse l’âme ».

Animisme est sélectionné dans la catégorie Meilleur album alternatif de l’année pour les prix Juno 2015 au cours desquels il remporte le prix de la catégorie Meilleur album autochtone de l’année, tandis que Jesse Zubot y est également sélectionné dans la catégorie Meilleur producteur de l’année pour son travail sur cet album. Animism remporte également en 2014 le Prix de musique Polaris, devançant des vedettes comme Drake et Arcade Fire. La prestation intense et exaltante de Tagaq lors de la cérémonie du Prix Polaris, avec notamment les noms de 1 200 femmes autochtones assassinées ou disparues au Canada défilant à l’écran, est ovationnée par un public debout.

Animism est également sélectionné pour les Western Canadian Music Awards 2015 dans les catégories Meilleur enregistrement autochtone de l’année, Meilleur enregistrement indépendant de l’année, Meilleur enregistrement spirituel de l’année et Meilleur enregistrement de musique du monde de l’année. Il s’agit du premier album de Tagaq diffusé aux États-Unis qui lui vaut les éloges du New Yorker saluant son travail comme étant marqué par « le courage et l’absence d’inhibition, l’aisance technique et la maîtrise de la tradition ».

Controverses

Tagaq défend ardemment la tradition inuite de la chasse au phoque. En mars 2014, Ellen Degeneres fait don d’un million et demi de dollars à la Humane Society of the United States, un organisme qui critique avec virulence la chasse au phoque au Canada, grâce à l’argent recueilli en diffusant son égoportrait de la soirée des Oscars sur Twitter. En réaction, certains publient leurs propres égoportraits portant des peaux de phoque ou mangeant de la viande de phoque. Dans le cadre de ce mouvement sur les médias sociaux, Tagaq publie sur Twitter une photo de sa petite fille allongée à côté d’un phoque mort. L’image indigne certains militants des droits des animaux qui s’en prennent à l’artiste en la menaçant et en l’agressant sur Internet.

Lors de son discours d’acceptation du Prix de musique Polaris, Tagaq encourage les gens à porter et à manger du phoque et s’écrie « F..k PETA » (PETA est une association de défense des droits des animaux), mettant à nouveau en rage les militants de la cause animale. En réponse à l’indignation soulevée par sa critique de PETA, Tagaq déclare à Vice Media : « Ce soir-là, j’ai fait défiler le nom de 1 200 femmes autochtones disparues ou assassinées — et encore, ce chiffre ne concerne que le Canada pendant les 30 dernières années — et les gens se déchaînent pour quelques phoques! L’idée que l’on puisse être plus préoccupé par le sort de ces animaux que par celui de ces femmes me donne littéralement la chair de poule. »

Dans une entrevue en 2014 avec le magazine Exclaim!, Tagaq raconte : « J’ai toujours été en colère. Mais quand on est jeune, on ne sait pas pourquoi on est en colère. Lorsqu’on vieillit et que l’on commence à analyser et à comprendre la situation critique de l’humanité, on réalise ce qui ne va pas. Je suis une femme inuite; ce qui me préoccupe, c’est l’amélioration de la situation pour ma propre fille et pour mon peuple et cet objectif imprègne, jour après jour, la totalité de mes agissements. »

Prix

Meilleure artiste féminine, Canadian Aboriginal Music Awards (2005)

Meilleur court métrage dramatique (Tungijuq), ImagineNative Film + Media Arts Festival (2009)

Meilleure œuvre multimédia (Tungijuq), Western Music Awards (2010)

Prix « Repousser les frontières », Canadian Folk Music Awards (2014)

Prix de musique Polaris (2014)

Meilleur album autochtone de l’année (Animism), Prix Juno (2015)