Sylvia D. Hamilton, cinéaste, écrivaine, enseignante (née à Beechville, en Nouvelle‑Écosse). Sylvia Hamilton s’est fait une spécialité de la réévaluation des récits expurgés de l’histoire canadienne en mettant l’accent sur les points de vue des Canadiens noirs et en particulier des femmes. Elle a à son actif des films comme Black Mother Black Daughter, sorti en 1989, Speak It! From the Heart of Black Nova Scotia, un film de 1993 qui remporte un prix Gemini, le documentaire biographique de 2000 Portia White: Think On Me et The Little Black Schoolhouse en 2007. Sa démarche consiste à partir d’expériences collectives pour coucher, sur la pellicule ou sur le papier, la vie de communautés plurielles où chacun a sa place, mettant en lumière une réalité que les historiens avaient souvent négligée.

Premières années

Sylvia Hamilton grandit en Nouvelle‑Écosse, au sein d’une communauté noire des environs de Halifax, Beechville, fondée par des réfugiés de la guerre de 1812. Enfant, la petite Sylvia va à l’école dans un établissement réservé aux Noirs, sa mère enseignant également dans cette école. Quand elle finit par poursuivre ses études dans une école secondaire qui n’est pas réservée aux Blancs, elle est, tout de même, l’une des rares élèves noires et réalise que les descriptions que font les manuels scolaires et les médias des Noirs et de leur existence sont très éloignés de sa propre expérience. Elle devient la première diplômée de l’enseignement secondaire de Beechville et poursuit ses études jusqu’à obtenir, en 1972, un baccalauréat de l’Université Acadia, puis, en 2000, une maîtrise de l’Université Dalhousie.

En 1975, Sylvia Hamilton rejoint le collectif de Halifax Reel Life Film and Video qui encourage les femmes cinéastes à se mettre en scène. Elle travaille également pour le secrétariat d’État aux relations interraciales. En 1990, elle cofonde le programme New Initiatives in Film (NIF) pour le studio D, l’unité féminine de l’Office national du film, qui a contribué à donner une image des femmes dans les médias plus conforme à la réalité et à permettre à des femmes autochtones et de couleur de réaliser des films.

Œuvre cinématographique

Le premier documentaire de Sylvia Hamilton, Black Mother Black Daughter, réalisé en 1989 conjointement avec Claire Prieto, est le premier film produit par les studios de l’ONF au Canada atlantique à être réalisé par une équipe entièrement féminine. Cette œuvre à la fois poétique, personnelle et inspirante met en avant la tradition africaine de l’histoire orale en invitant des femmes à faire part de leurs expériences devant la caméra. Le film propose un certain nombre de récits révélateurs (notamment celui de la propre mère de la réalisatrice) juxtaposés avec de rares photographies, émanant du maigre fonds documentaire de la Nouvelle‑Écosse sur l’histoire des Noirs, relatives, notamment, au passé de la province en matière d’esclavage et à l’ancienne Africville. Il s’appuie sur l’oralité pour remettre en cause les récits consignés officiellement niant l’histoire des femmes noires. La forme même du film, interactive et conversationnelle, met en évidence la continuité et l’actualité de la lutte de ces femmes.

Son film suivant, datant de 1993, Speak It! From the Heart of Black Nova Scotia, s’attaque à l’incapacité du système scolaire à offrir des représentations diversifiées aux élèves et des occasions égales pour tous quelles que soient leurs origines. Le film présente des entrevues avec des élèves noirs montées sur un rythme de reggae. Lors des prix Gemini 1994, il remporte le prix Canada, spécialement créé pour récompenser une œuvre reflétant la diversité culturelle du pays.

Raconté du point de vue des enseignants, le documentaire Little Black Schoolhouse réalisé en 2007 par Sylvia Hamilton s’intéresse à l’histoire canadienne des écoles réservées aux Noirs et décrit le processus de marginalisation historique des Afro‑Canadiens. La réalisation du film avait été sérieusement ralentie après la destruction, lors d’un incendie des bureaux de Halifax de l’ONF en 1992, des séquences d’origine. Le film est tout de même sorti en 2007 dans une nouvelle production pour laquelle la réalisatrice et d’autres Néo‑Écossais noirs se sont rendus sur les lieux d’anciennes écoles réservées aux Noirs.

Sylvia Hamilton compte à son actif plusieurs autres films, produits par l’entremise de sa société Maroon Films (voir aussi Marrons de la Nouvelle‑Écosse), notamment No More Secrets en 1999, Keep on Keepin’ On en 2004, We are One en 2011 et Portia White: Think On Me en 2000 sur la chanteuse néo‑écossaise novatrice Portia White. La liste de ses récompenses inclut, à juste titre, le prix Nova Scotia Portia White qui rend hommage à ses succès en matière de promotion de la diversité culturelle et de mise en valeur du dynamisme des différentes communautés.

Œuvres écrites et enseignement

Sylvia Hamilton est l’auteure de plusieurs ouvrages et donne de nombreux cours et de nombreuses conférences dans différents contextes. En tant qu’éducatrice et que mentor, elle occupe notamment des postes à la Fondation Trudeau, à l’Université Mount Saint Vincent et à l’Université de King’s College à Halifax. À l’image de ses films, ses essais visent à mettre en exergue les différences entre histoire officielle et histoire vécue. Ils puisent dans la philosophie les concepts nécessaires pour traduire en mots ce que ses documentaires restituent en images.

Le long article de Sylvia Hamilton publié sous le titre « Stories from The Little Black Schoolhouse » est particulièrement significatif à cet égard; elle y approfondit, en relation avec son film, son exploration de l’histoire et de la mémoire des Noirs canadiens inscrites dans l’espace en explicitant notamment le concept de « lieux de mémoire ». Elle y écrit : « […] nous sommes en présence de récits invisibles s’étendant sur plusieurs générations enchâssés sur ces lieux et dans les souvenirs des élèves, des enseignants, des parents et des administrateurs qui formaient ensemble le milieu scolaire de cette époque. Les écoles réservées aux Noirs étaient un héritage direct de l’esclavage et perpétuaient les attitudes sociales racistes, conscientes et inconscientes, inextricablement liées à cet odieux système de haine. » [Traduction libre]

Sylvia Hamilton est aussi une poète accomplie. Son recueil de 2014 And I Alone Escaped to Tell You se frotte également à l’histoire et à la mémoire. Cet ouvrage a été sélectionné pour le prix commémoratif Gerald Lampert attribué par la League of Canadian Poets et pour le prix de poésie JM Abraham.

Prix

Prix du documentaire Kathleen Shannon de l’Office national du film (Black Mother Black Daughter), Festival de Yorkton du court‑métrage et de la vidéo (1990)

Prix Rex Tasker du meilleur documentaire du Canada atlantique (Speak It! From the Heart of Black Nova Scotia), Atlantic Film Festival (1993)

Prix Canada (Speak It! From the Heart of Black Nova Scotia), prix Gemini (1994)

Prix d’excellence du Festival des médias du Réseau canadien pour l’innovation en éducation (1994)

Prix Maeda, 21e Japan Prize, concours international de programmes éducatifs, Japan Broadcasting Corporation (1994)

Bourse CTV, Banff Television Festival (1995)

Doctorat honoris causa en lettres, Université Saint Mary’s (1995)

Race Unity Award, communauté bahá’íe du Canada (1996)

Prix Progress Women of Excellence de Halifax, catégorie arts et culture (1996)

Doctorat honoris causa en sciences juridiques, Université Dalhousie (2001)

Diplôme honoris causa, Nova Scotia Community College (2002)

Prix Portia White de la Nouvelle‑Écosse (2003)

Prix Argent (Little Black Schoolhouse), Africa World Documentary Film Festival (2009)

Meilleur film – choix du public (Little Black Schoolhouse), African Diaspora Film Festival (2009)

Doctorat honoris causa en lettres, Université Acadia (2010)