Grand Sudbury, ville de l’Ont.; const. en 2001, pop. 160 274 (recens. 2011), 158 258 (recens. 2006).

Résumé

Siège judiciaire du District de Sudbury, la Ville du Grand Sudbury est située sur la rive ouest du Lac Ramsey (à environ 60 km au nord de la baie Georgienne). Sa constitution, en 2001, remplace l’ancienne municipalité régionale de Sudbury, créée en 1973, et amalgame les villes de Sudbury et de Valley East ainsi que les municipalités de Capreol, Nickel Centre, Onaping Falls, Rayside-Balfour et Walden. Auparavant connue comme localité minière et lieu d’activité syndicale, où l’on trouve également la deuxième plus grande cheminée industrielle du monde, le Grand Sudbury est maintenant considérée la plus grande ville du nord-est de l’Ontario.

Peuplement

L’occupation de la région de Sudbury remonte à quelque 9 000 ans, après la fonte de la dernière nappe glaciaire du continent. Au temps de l’arrivée des Européens, la région au nord du Lac Huron et celle entourant le Lac Supérieur sont habitées par le peuple Ojibwé depuis des centaines d’années. Les Ojibwés, l’un des plus importants peoples de langue algonquine, vivent de la chasse et de la pêche, établissant généralement des campements temporaires.

Contrairement aux régions plus tempérées et plus fertiles de ce qui est maintenant le sud de l’Ontario, la région entourant le lac Ramsey est relativement peu peuplée. Les premiers changements démographiques d’importance s’amorcent au milieu du XVIIe siècle, résultat de la traite des fourrures menée par les Français àSault Ste. Marie. Puisque les bandes objiwées utilisent de plus en plus d’objets européens, la chasse aux animaux à fourrure devient très compétitive; certaines bandes sont contraintes à de grands déplacements pour chasser, et ce nouvel état des choses provoque bien des conflits.

La compagnie de la baie d’Hudson revendique temporairement le territoire en 1791, après une série de victoires militaires des Britanniques sur les Français. Or, les relations des Ojibwés sont beaucoup plus harmonieuses avec les Français qu’avec les Britanniques; en effet, ces derniers ne se limitent pas à la traite de fourrures et comptent plutôt, à long terme, établir des colonies et développer l’extraction minière. Au début du XIXe siècle, l’arrivée massive d’hommes blancs à la recherche de cuivre et d’autres métaux dans la région attise les tensions. Le gouvernement ignore pourtant les plaintes écrites des Ojibwés, qui déplorent les intrusions illégales dans leurs terres.

La présence de marchands, de prospecteurs et d’arpenteurs blancs augmente sensiblement au cours des années suivantes. C’est malgré tout une trentaine d’années plus tard, avec l’arrivée du chemin de fer du Canadien Pacifique, qu’est fondée la ville de Sudbury.

Développement

Durant l’hiver de 1883, environ 3 350 travailleurs se rendent sur le site du Sudbury moderne; en mars, les premiers bâtiments de la ville sont construits. Ce qui n’était censé être, au départ, qu’un simple lieu d’entreposage pour le chemin de fer du CP devient une ville d’entreprise de plus en plus peuplée; c’est le superintendant du chemin de fer du CP, James Worthington, qui la baptise d’après le lieu de naissance de sa femme en Angleterre. On n’imaginait guère que cet avant-poste éloigné, entouré de marécages et d’affleurements rocheux, deviendrait l’une des plus grandes communautés du nord de l’Ontario.

Le commerce du bois est l’une des premières industries locales; il n’est pratiqué qu’à petite échelle mais l’activité commerciale de la ville s’accroît considérablement en 1885, suite à la découverte de nombreux gisements de cuivre et d’autres métaux au sein du bassin de Sudbury. Les Ojibwés auraient jadis exploité du cuivre dans la région, et des développements plus récents, tels que des découvertes de minerai dans la péninsule supérieure du Michigan, ainsi que les rapports de la Commission Géologique du Canada, attirent l’attention sur le secteur de l’extraction minière.

En effet, le bassin de Sudbury s’avérera l’une des structures géologiques les plus particulières de tout le Canada. Formé il y a environ 1,8 milliards d’années par un impact de météorite, le bassin présente une dimension de 60 km sur 30 km; on y trouve de riches gisements de cuivre, mais également de nickel et de platine.

Paysage urbain

Le développement de Sudbury est d’abord restreint par les voies ferrées et par la topographie, ainsi que par la faiblesse de son assisse fiscale foncière : en effet, la ville ne commence à percevoir des taxes auprès de l’industrie minière qu'au moment de l'instauration de l'administration régionale, en 1973.La ville s'étend graduellement le long des routes principales, séparées par des corniches rocheuses.De nouvelles zones résidentielles apparaissent dans les districts de West End, Donovan, Minnow Lake, New Sudbury et Lockerby. Dans les années 1950, à la suite de l'expansion de l'industrie minière, le peuplement urbain s'étend au-delà des limites de la ville dans la « vallée » agricole vers le nord ainsi que dans d'autres zones périphériques vers l'ouest et le sud. C'est cet étalement anarchique qui mène finalement à la création d'une administration régionale en 1973, et à la nouvelle ville unifiée en 2001.

En raison de l'exploitation forestière, des incendies de forêt et de la pollution que causent les chantiers de grillage à ciel ouvert, la végétation est clairsemée, composée essentiellement de peupliers et de bouleaux. Sudbury se mérite alors la réputation peu enviable d'être l'un des centres urbains les moins attrayants du Canada. Toutefois, dès 1973, le paysage urbain se transforme grâce au plan de reboisement et de restauration de l'environnement, le plus vaste de ce genre au monde. Depuis 1973, plus de 3300 hectares de terrains très abîmés ont été restaurés et 3 millions de feuillus et de conifères ont été plantés. En reconnaissance de ces efforts, la ville de Sudbury reçoit plusieurs prix entre 1986 et 1992, dont le Prix d'excellence environnementale du gouvernement du Canada, l'United States Chevron Conservation Award et le Local Government Honours Award des Nations Unies, remis à l’occasion du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, au Brésil.

Sudbury compte aussi bon nombre de lacs, soit 219 à l’intérieur des limites de la ville. Le lac Ramsey, avec sa superficie de 8,25 km2, est le plus grand lac enclavé au sein d’une ville en Amérique du Nord.

Le paysage urbain comprend plusieurs édifices d’intérêt architectural. Parmi ceux-ci, on trouve le Centre jeunesse Cecil Facer, le Complexe municipal, l'hôtel Coulson, le Centre Randolph, et le Centre de données fiscales de Revenu Canada, ainsi que de nombreuses églises.

Population

Sudbury, qui compte 2027 habitants en 1901, voit sa population doubler à chaque recensement, soit tous les dix ans jusqu'en 1931. Une fusion et une annexion d'importance en 1960 portent le nombre d'habitants à 80 120 en 1961. À la suite d’une autre expansion en 1973, ce nombre passé à 91 829 en 1981. Avec la création de la nouvelle ville en 2001, on atteint les 155 601 habitants; en 2011, on compte 160 770 habitants.

La forte présence des communautés irlandaise, canadienne française, polonaise et italienne est synonyme d’un catholicisme influent. À l’origine, les deux groupes ethniques d’importance sont les Britanniques et les Français qui, en 1901, forment respectivement environ 55 et 35% de la population. Bien qu’ils vivent dans des quartiers différents et n’évoluent pas autour des mêmes églises, les deux groupes entretiennent des relations plutôt harmonieuses. Aujourd’hui, Sudbury demeure l’une des plus importantes communautés francophones de l’Ontario : en 2011, environ 28% des résidents se disent de langue maternelle française.

Économie et main-d’oeuvre

Sudbury est historiquement connue comme une ville minière. La première compagnie minière, la Canadian Copper, est fondée en 1886 et débute ses activités d’exploration en 1888. En 1902, la Canadian Copper fusionne avec l'Orford Refining Company pour former le géant International Nickel Company of Canada (aujourd’hui la INCO limitée). En 1915, les mines de Sudbury fournissent 80% de la production mondiale de nickel. La suprématie du bassin de Sudbury est renforcée par la formation de la Falconbridge Nickel Mines (aujourd'hui la Xstrata Nickel) en 1928. À ce jour, le bassin de Sudbury demeure l’un des plus importants producteurs de nickel au monde. De plus, le minerai local contient du plomb, du zinc, de l'argent, de l'or, du cobalt, du platine, du sélénium et du tellure.

Il n'est donc pas surprenant que la croissance de Sudbury ait été profondément influencée par des cycles d'expansion et de ralentissement étroitement liés aux fluctuations de la demande de nickel. En fait, la Canadian Copper ne trouve que difficilement preneur pour son produit au cours de ses premières années d’existence; toutefois, dans les années 1890, on commence à utiliser du nickel dans les manufactures de blindage, forgeant ainsi une relation entre les mines locales et les forces militaires qui durera de nombreuses décennies.

Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, l'industrie minière est, de loin, le principal employeur pour l'économie régionale. L'emploi dans le secteur minier atteint son niveau record en 1971, avec 26 000 emplois; ce nombre chute au cours des décennies suivantes en raison de restructurations au sein de INCO et de Falconbridge, jusqu’à descendre en deçà de 6000 en 2005. INCO, la plus grosse des deux compagnies, est achetée par la société brésilienne Vale en 2006, et compte, en 2010, environ 3000 employés syndiqués.

Malgré ce déclin en matière d'emploi, la production minière demeure élevée grâce à la mise en place de techniques d'exploitation minière en continu et à l'utilisation de technologies novatrices. En fait, Sudbury est devenu l’un des foyers de la technologie minière et, à la suite du succès remporté dans la remise en état de ses terrains, elle s'est imposée en tant que centre international des sciences environnementales liées à l'exploitation minière. La ville compte maintenant plus d’une douzaine d’instituts de recherches. Parmi ceux-ci, le Centre de recherches en développement humain, le Centre de recherches en exploitation minière et exploration minérale, l’Unité conjointe d’écologie d’eau douce, le Centre de recherche en géomécanique, l'Institut franco-ontarien, l’Institut franco-ontarien, l'Institut nord-ontarien de recherche et de développement (INORD) et le Centre de recherche en santé dans les milieux ruraux et du nord sont affiliés à l'Université Laurentienne. Le Northern Centre for Advanced Technology (NORCAT) se trouve pour sa part au Cambrian College.

Le détecteur de neutrinos le plus perfectionné au monde se trouve à Sudbury et est exploité par l'Observatoire de neutrinos de Sudbury. Parfaitement opérationnel depuis 1999, l'Observatoire de neutrinos de Sudbury recueille des données qui promettent des découvertes révolutionnaires liées aux propriétés des neutrinos (une sorte de particule élémentaire) et au noyau solaire. Cet observatoire place Sudbury au centre des recherches internationales dans le domaine de la physique des particules subatomiques.

Au cours des années 1960, la ville devient un centre important d'enseignement et de rééducation professionnelle grâce à la création de l'Université Laurentienne et du Cambrian College. En 1995, la ville devient aussi le site du campus principal du collège de langue française, le Collège Boréal.

De nombreux emplois du gouvernement, surtout dans l'administration provinciale et dans des services tels que la Commission géologique de l'Ontario, ont également été transférés à Sudbury. On y trouve aussi, dans le secteur des services et des finances, les sièges sociaux au nord-est de l’Ontario de bon nombre de banques et de centres d’appel.

À la suite de la construction de Science North (1984) et de son cinéma IMAX, et grâce aux attractions de la mine Big Nickel, Sudbury est devenue la destination touristique la plus populaire du Nord de l'Ontario. Pendant les mois d’hiver, le Sudbury Trail Plan, un circuit de 1200 km de pistes de motoneige, a d’importantes retombées économiques.

Transports

Après 1883, un système de chemins de fer relie la ville à Sault Ste. Marie (1887) et à Toronto (1908). On entreprend en 1912 la construction d’autoroutes menant à North Bay et à Sault Ste. Marie. En 1956, on inaugure l’autoroute 69 qui descend vers le sud jusqu'à Gravenhurst. La construction de la première voie vers Timmins, via l’autoroute 144, est entreprise en 1970, tandis que l'aéroport municipal de Sudbury assure le service aérien depuis 1954.

Communications

La ville de Sudbury est en outre un important centre de communications. On trouve dans la région de nombreux journaux, tels que le Northern Life, le Northern Ontario Business, le Sudbury Star et le Sudbury Mining Solutions Journal.On trouve également dans le Grand Sudbury le siège du Laurentian Media Group.

Administration et situation politique

Sudbury devient une municipalité en 1893 et obtient en 1930 le statut de ville. Elle est intégrée en 1973 à la municipalité régionale de Sudbury qui inclut également les villages de Capreol, Nickel Centre, Onaping Falls, Rayside-Balfour, Valley East (qui deviendra une ville en 1998) et Walden. L’administration se compose de deux paliers : un conseil régional de 20 membres et un président, ainsi que 7 conseils locaux. Cette structure politique disparaît en 2001, remplacée par une municipalité unique comprenant 12 quartiers, que représentent 12 conseillers et un maire.

Vie culturelle

La vie culturelle profite grandement de la fondation de l'Université Laurentienne en 1960, du Cambrian College en 1967 et du Collège Boréal, de langue française, en 1995. Sudbury compte trois grands musées : le Musée et centre des arts de l'Université Laurentienne, le Flour Mill Museum et le Copper Cliff Museum. Le milieu théâtral occupe les scènes du Sudbury Theatre Centre, du Theatre Cambrian et du Théâtre du Nouvel-Ontario. La Société philharmonique, créée en 1957, est réorganisée en 1975 pour devenir le l'Orchestre symphonique de Sudbury. La ville est en voie de devenir rapidement un centre important de festivals en Ontario. Parmi les événements annuels, on note le Northern Lights Festival Boreal, le Fringe Nord, le Cinéfest, le Blueberry Festival et le Snowflake Festival.

La ville possède bon nombre d'installations sportives et de centres de loisirs, dont la plus importante est l'Aréna de Sudbury. En 1971, la ville est aussi la première de l'Ontario à faire aménager une piscine olympique, que l’on trouve à l'Université Laurentienne; c’est de là que vient le nageur Alex Baumann, qui décroche deux médailles d'or aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Dans la ville même, la zone de conservation du lac Laurentien est une destination très populaire.