Contexte historique : disparition des Béothuks

Shawnadithit est d’origine béothuque, un peuple autochtone qui a vécu dans ce que l’on appelle maintenant Terre-Neuve. Avec l’établissement de colonies européennes plus permanentes sur leur territoire au 18e siècle, les Béothuks sont de plus en plus forcés de se vivre sur de plus petites terres, où leur accès à la nourriture et aux ressources traditionnelles est réduit. En outre, la tuberculose et d’autres maladies amenées par les Européens en Amérique du Nord déciment considérablement la population des Béothuks. De même que les conflits. Dans un triste moment en mars 1819, Shawnadithit voit des commerçants européens capturer sa tante, Demasduwit (parfois orthographié Demasduit) et assassiner son oncle, Nonosbawsut (ou Nonosabusut), au lac Red Indian, à l’ouest de Terre-Neuve. (Voir aussi Esclavage des peuples autochtones au Canada.)

Malades et affamés, les Béothuks s’éteignent en 1829 avec la mort de Shawnadithit. Bien que certains prétendent que les Béothuks ont échappé à l’extinction totale en se mariant dans d’autres nations autochtones comme les Mi'kmaq, ces théories ne nient pas l’héritage de Shawnadithit en tant que gardienne de l’histoire des Béothuks.

Shawnadithit et les Européens

En avril 1823, Shawnadithit, sa mère et sa sœur, toutes affamées, sont capturées par des trappeurs anglais à Badger Bay et emmenées à St. John’s par le marchand et magistrat John Peyton Jr. Là, les femmes sont placées sous la garde du gouverneur Charles Hamilton. Ce dernier est toutefois en Angleterre au moment de leur arrivée et, parce que les femmes sont en mauvaise santé, le capitaine David Buchan, qui agit au nom de Charles Hamilton, décide de les libérer après s’être assuré qu’elles recevraient des soins médicaux. Après leur avoir donné des cadeaux à offrir à leur peuple — en guise d’offrandes de paix — John Peyton laisse le trio au ruisseau Charles, à l’ouest de la baie des Exploits et au nord de la rivière des Exploits. Shawnadithit et sa famille ont beau chercher, elles ne trouvent aucun survivant béothuk dans la région. Pendant ce temps, la santé de la mère et de la sœur de Shawnadithit se détériore. Elles meurent peu de temps après, sans doute à la suite de complications de la tuberculose. Toute seule, Shawnadithit est emmenée au domicile de John Peyton Jr. à Exploits, où elle travaille comme aide-ménagère pendant cinq ans. C’est là que les colons anglais la renomment Nancy (ou Nance) April.

Reconstitution de l’histoire des Béothuks

En 1828, Shawnadithit est amenée à la Beothuk Institution (alors épelé « Boeothick ») à St. John’s, une organisation créée l’année précédente pour protéger ce qui reste de la culture béothuque. En écoutant Shawnadithit parler de son peuple, le président de l’Institution, William Eppes Cormack, recueille de précieuses informations sur la langue et les coutumes béothuques. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.) Shawnadithit dessine également des croquis des peuplements, des outils et des personnes béothuks, ainsi que des cartes de leur territoire. (Voir aussi Territoire autochtone.) Son témoignage constitue l’une des seules sources d’informations sur les Béothuks à ce jour.

Décès

Atteinte de la tuberculose, Shawnadithit décède le 6 juin 1829. Elle est enterrée dans un cimetière de St. John’s. À des fins de recherche, son crâne est envoyé à Londres, en Angleterre, où il aurait été détruit pendant la Deuxième Guerre mondiale.