Scorbut

Le scorbut est une maladie provoquée par une carence alimentaire en vitamine C (acide ascorbique). La maladie apparaît avec une fréquence régulière au cours de la préhistoire et de l'histoire de l'humanité chez les populations dont l'alimentation est déficiente en aliments frais, surtout les légumes et les viandes. La carence en vitamine C accompagne les guerres et les famines, mais on l'associe plus fréquemment aux EXPLORATIONS européennes de l'époque suivant la Renaissance, surtout les voyages en mer.

C'est un scientifique hongrois, Albert Szent-Györgyi, qui a isolé la vitamine C à l'état pur pour la première fois, en 1928, et en 1933, un groupe suisse la synthétise. La vitamine C est importante pour maintenir l'intégrité du mésenchyme, en particulier le tissu conjonctif (qui lie et supporte les structures du corps), le tissu ostéoïde (la partie organique de l'os) et la dentine (la portion des dents semblable à l'os). L'absence de cette vitamine provoque la dégradation de la fonction de liaison de ces tissus, produisant une série de signes et de symptômes caractéristiques : faiblesse, léthargie, irritabilité, anémie, gencives spongieuses violacées qui saignent facilement, déchaussement des dents, vieilles cicatrices qui se rouvrent (incluant des fractures) et hémorragies au niveau des muqueuses et de la peau. Dans les cas graves, le taux de mortalité est élevé.

Le scorbut a constitué un problème sérieux pendant toute la période d'exploration et de colonisation du Canada. En 1535, les voyages de Jacques CARTIER au Nouveau Monde l'amènent à l'emplacement de la ville actuelle de Québec (STADACONA), où il passe l'hiver avec ses hommes d'équipage. Rapidement, des signes de scorbut se manifestent au sein du groupe. En février 1536, seulement 10 des 110 hommes de l'expédition sont encore en bonne santé. En outre, Cartier observe, à la fin de 1535, que de nombreux membres de la population autochtone locale succombent à la maladie. Bon nombre d'hommes de Cartier sont sauvés grâce à une décoction autochtone d'aiguilles et d'écorce d'un conifère appelé anneda (probablement du thuya occidental) broyées et bouillies dans l'eau. En 1542, un groupe de 200 Français conduit par ROBERVAL passe l'hiver près du premier campement de Cartier. Au cours de cet hiver, environ 50 personnes meurent de la maladie, et il semble qu'aucun membre du groupe n'utilise le remède qui a sauvé les hommes de Cartier. Les effets catastrophiques du scorbut se manifestent périodiquement pendant les hivers longs et froids et en raison de la pénurie de vivres au cours des explorations et de la colonisation subséquente du Nouveau Monde.

Au XVIIIe siècle, la marine britannique subit plus de pertes dues au scorbut que résultant de combats. Alors qu'il sert dans la Marine royale, un chirurgien du nom de James Lind réalise une expérience contrôlée à grande échelle sur les effets de l'alimentation sur des matelots atteints du scorbut et en publie les résultats en 1753 dans son livre, resté célèbre, A Treatise of the Scurvy. Lind recommande d'utiliser des agrumes pour traiter et prévenir le scorbut pendant les voyages en mer. Ce n'est pas avant 1795 que la Marine royale tiendra compte de ses conseils.

Le scorbut est un problème important au cours de presque toutes les expéditions polaires du XIXe siècle. La maladie est tenue partiellement responsable de la fin tragique de la troisième expédition arctique de John FRANKLIN en 1847. Il y a pourtant, au cours de ces expéditions, des aliments que l'on sait antiscorbutiques, mais leur efficacité diminue au fil des mois à cause de l'oxydation de la vitamine C, laissant les explorateurs sans protection. Durant la Première Guerre mondiale, de nombreuses armées souffrent de poussées épidémiques graves de la maladie. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le problème du scorbut est suivi de près, mais loin d'être éliminé. Au Canada, entre les années 1945 et 1965, des poussées épidémiques de scorbut se manifestent chez les enfants allaités au biberon avec du lait évaporé (à cette époque, il ne contenait pas de vitamine C).

De nos jours, le scorbut est rare et est associé à une malnutrition ou à une diète basée sur un seul aliment faible en vitamine C.