Le scandale du Pacifique est le premier grand scandale politique au Canada après la création de la Confédération. Le premier ministre John A. Macdonald sollicite de l’argent pour financer ses élections en échange du contrat de construction du Chemin de fer du Canadien Pacifique. À cause de cette entente, son gouvernement est forcé de démissionner, mais cela ne détruit pas le premier ministre politiquement. Plus tard, il mènera son parti conservateur au pouvoir de nouveau.

Contribution à la campagne électorale

Le scandale du Pacifique éclate quand le premier ministre John A. Macdonald et ses collègues conservateurs George-Étienne Cartier et Hector-Louis Langevin sollicitent du financement pour les élections générales, en 1872. Sir Hugh Allan, magnat du transport maritime de Montréal et bâtisseur de chemins de fer, est la personne ciblée de leurs sollicitations. Les conservateurs ont besoin de l’argent surtout pour faire campagne au Québec et en Ontario, où ils risquent de perdre des sièges. Malgré la générosité de Hugh Allan, qui donne plus de 350 000 $, John A. Macdonald fait piètre figure dans les élections. Bien qu’il conserve le pouvoir, sa majorité de 1867 est vraiment réduite.

Après les élections, le syndicat de chemin de fer, créé par Hugh Allan, se voit accorder un contrat lucratif de construction du Chemin de fer du Canadien Pacifique, chemin de fer transcontinental, promis à la Colombie-Britannique quand elle est entrée en Confédération. Hugh Allan reçoit ce contrat à la condition qu’il se débarrasse du contrôle américain exercé sur le conseil d’administration du syndicat. Cela crée une situation difficile, puisque Hugh Allan, à l’insu de John A. Macdonald, s’est servi de l’argent américain pour munir du financement à la campagne des conservateurs.

La situation devient encore plus difficile au moment de l’apparition de la preuve qu’il existe un accord entre Hugh Allan et les conservateurs, qui lui ont promis le contrat de construction du Chemin de fer du Canadien Pacifique en échange des fonds pour leur campagne. Les libéraux dévoilent le scandale le 2 avril 1873.

Les journaux libéraux publient une avalanche de lettres et de télégrammes préjudiciables en juillet. Un des éléments de preuve les plus sensationnels contre le premier ministre est le télégramme de John A. Macdonald à l’avocat de Hugh Allan, John Abbot : « Il me faut un autre montant de 10 000. Ce sera ma dernière demande. Ne me décevez pas. Répondez aujourd’hui. »

Démission des conservateurs

Le gouvernement est stupéfait. Il réussit à survivre à une commission royale instituée le 14 août, mais pas au Parlement, à la séance d’ouverture de la Chambre des communes du 23 octobre. Devant la menace de l’opposition de l’électorat de la nouvelle province de l’Île-du-Prince-Édouard et devant le désarroi de ses partisans, le gouvernement de John A. Macdonald est forcé de démissionner.

L’entreprise de Hugh Allan ne démarrera jamais, et une nouvelle entente pour construire le Chemin de fer du Canadien Pacifique se fait attendre jusqu’en 1880.

Retour de John A. Macdonald

C’est la dernière bagarre politique pour George-Étienne Cartier, qui perd son siège à Montréal Est au cours des élections de 1872, mais il est élu par acclamation dans la circonscription de Provencher, au Manitoba, un mois après. George-Étienne Cartier est au cœur du scandale du Pacifique, car c’est sa signature qui figure dans la lettre proposant le contrat à Hugh Allan. Il est mort l’année suivante, le 20 mai, à Londres, où il reçoit un traitement médical, car il souffre de la néphrite.

John A. Macdonald reprend le pouvoir en 1878, quand son parti gagne les élections, et lui-même occupe les fonctions de premier ministre jusqu’à sa mort, en 1891. Et c’est John Abbott, l’avocat de Hugh Allan, ironie du sort, qui lui succédera.

Héritage d’Hector Langevin

En 1873, Hector Langevin quitte la politique à cause de son rôle au scandale. Il envisage le retour en politique fédérale au cours des élections de 1878, mais il perd les élections dans la circonscription de Rimouski. Un mois après, il est élu par acclamation comme ministre des Travaux publics dans la circonscription de Trois-Rivières. C’est le même poste qu’il occupait au Cabinet avant la démission du gouvernement, en 1873. La roue tourne pour lui après la mort de John A. Macdonald, en 1891. Cette année, il s’implique dans un scandale avec Thomas McGreevy, surnommé le « scandale McGreevy-Langevin ». Cette affaire est encore plus déplaisante. Il s’agit des rebonds de contrats fédéraux à Thomas McGreevy. Hector Langevin démissionne de son poste de ministre des Travaux publics. Il est exilé à l’arrière-plan et il quitte la politique en 1896. Thomas McGreevy est condamné à un an de prison.

Le nom d’Hector Langevin survit encore au gouvernement. L’édifice Langevin, un grand bâtiment calcaire en face de la Colline du Parlement, aujourd’hui abrite le bureau du premier ministre.