La santé des autochtones au Canada est un sujet qu'il convient d'aborder sous trois aspects : 1) santé et maladies, 2) médecine traditionnelle et 3) services de santé.

Santé et maladies

À partir du XVIe siècle et jusqu'au XIXe siècle, la santé des autochtones a subi des chocs radicaux après l'arrivée des Européens. L'introduction de « nouvelles » maladies, plus particulièrement d'infections comme la variole, la rougeole et la grippe a entraîné ÉPIDÉMIES, famines, et bouleversements sociaux. Partout au pays, de nombreux groupes ont été fortement dépeuplés. Certains, comme les BÉOTHUKS à Terre-Neuve et les INUITS SADLERMIUTS de l'île Southampton dans l'Arctique, ont été complètement décimés. À partir du milieu du XVIIIe siècle, la tuberculose devient le principal fléau des autochtones de l'Est et du Sud du pays et, depuis le milieu du XIXe siècle, chez ceux de l'Ouest et du Nord. La forte concentration humaine dans les établissements permanents ainsi que les piètres conditions d'habitation, d'hygiène et d'approvisionnement en eau favorisent la propagation des épidémies (voir AUTOCHTONES, CONDITIONS SOCIALES DES). La malnutrition résultant de la perte des approvisionnements en nourriture traditionnelle et l'abus d'alcool diminuent d'autant plus la résistance à la maladie.

Depuis le début du XXe siècle, la population autochtone recommence à s'accroître lentement (voir AUTOCHTONES, DÉMOGRAPHIE DES), grâce à un meilleur contrôle des maladies. Indicateur de l'état de santé global, le taux de mortalité infantile chez les autochtones (nombre de morts d'enfants âgés de moins d'un an par 1000 naissances vivantes) a baissé constamment, alors qu'au début des années 1990 ce taux était encore le double de la moyenne nationale. Cette baisse s'est manifestée plus rapidement chez les Inuits, bien que le taux de mortalité infantile y demeure plus élevé que chez les autochtones du sud. Cependant, de nouveaux problèmes de santé ont surgi. La violence, les suicides et les accidents, dont la plupart sont dus à l'abus d'alcool, comptent aujourd'hui pour plus du tiers de tous les décès. Les changements survenus dans leur mode de vie quant au régime alimentaire et aux activités physiques ont entraîné une hausse importante de maladies chroniques non infectieuses, comme le diabète et la cardiopathie.

Médecine traditionnelle

Avant l'arrivée des Européens, les autochtones avaient leur propre médecine, dispensée par différents guérisseurs. Dans leur culture, la « perte de l'âme », « l'intrusion d'un object » et la sorcellerie étaient, entre autres, causes de maladie. Chaque peuple avait ses propres cérémonies et techniques de diagnostic et de thérapie : certaines bandes des Plaines utilisaient les BOURSES SACRÉES, les Iroquois avaient des SOCIÉTÉS DES FAUX VISAGES et plusieurs groupes recouraient aux cérémonies de la TENTE TREMBLANTE et de la SUERIE comme moyens de guérison. Tous utilisaient des plantes médicinales dont ils faisaient la cueillette. On faisait grand usage de chants, de crécelles et de feux de tabac. Et, comme dans d'autres cultures non amérindiennes, massages, lavements, saignées et sacrifices étaient pratique courante.

Comme elle faisait partie intégrante de leur culture et de leur religion, leur médecine traditionnelle a connu un déclin et souffert d'acculturation sous l'influence dominante de la société euro-canadienne et de ses institutions, les Églises et les gouvernements en particulier (voir AUTOCHTONES, RELIGION DES). Elle n'a pas disparu, cependant, et s'est révélée vivace au cours des dernières années. Les guérisseurs traditionnels sillonnent le continent pour soigner leurs clients des communautés autochtones et collaborent de plus en plus avec les médecins occidentaux, surtout dans le domaine de la santé mentale.

Services de santé

Au cours des ans, la prestation de services de santé aux autochtones a soulevé beaucoup de débats et de controverses au Canada. Parmi tous les traités entre le Canada et les peuples autochtones, un seul, le Traité n° 6, visant le centre de la Saskatchewan et l'Alberta, mentionne que l'agent des Indiens mettra un « coffret de médicaments » à la disposition des autochtones. Pris dans son sens littéral, un « coffret de médicaments » n'est qu'une boîte en bois, mais cela peut aussi représenter l'ensemble de la technologie médicale qui grandit avec le temps, une interprétation qui a donné lieu à plusieurs causes devant les tribunaux.

Le service de santé dont bénéficient les autochtones depuis le début des années 1900 est rudimentaire. Après la Deuxième Guerre mondiale, on a confié les services de santé des autochtones vivant dans les réserves et de tous les résidants des Territoires du Nord-Ouest à la Direction générale des services médicaux du ministère fédéral de la Santé, et consenti une hausse phénoménale de budget, de personnel et d'équipement. Au cours des deux dernières décennies, le gouvernement fédéral a amorcé un processus de « transfert des pouvoirs » aux communautés autochtones et aux organisations régionales et les services de santé font maintenant partie intégrante des régimes d'autodétermination des autochtones.

Voir aussi: MÉDICINES AUTOCHTONES : TABLE.