Léa Roback, C.Q., libraire, militante syndicale, féministe et pacifiste (née le 3 novembre 1903 à Montréal, Québec; décédée le 28 août 2000 à Montréal). D’origine polonaise et juive, Léa Roback n’a eu de cesse d’affirmer haut et fort ses convictions et de lutter contre les inégalités sociales sous toutes ses formes.

Enfance et formation

Née à Montréal, Léa Roback est la fille d’immigrants juifs polonais. Elle passe son enfance à Beauport, un village à proximité de la ville de Québec où ses parents tiennent un petit commerce de détail. Elle grandit dans une communauté où la majorité des habitants sont d’origine canadienne-française et apprend, en plus du yiddish qu’elle parle à la maison, le français et l’anglais.

En 1919, la famille Roback revient à Montréal et Léa entre à l’emploi d’une entreprise de nettoyage et de teinturerie, la British American Dyeworks. Travaillant plus de 50 heures par semaine pour un salaire de 8 $ et dans des conditions souvent pénibles, elle prend conscience des difficultés auxquelles font face quotidiennement les ouvriers et les ouvrières. En 1922, elle devient caissière dans un théâtre (His Majesty’s) où elle découvre les pièces du répertoire français. En 1925, elle quitte Montréal pour la France et s’inscrit en littérature à l’Université de Grenoble où elle passe deux ans. Pour payer ses cours, elle donne des cours particuliers d’anglais.

Les années berlinoises

Après quelques années comme vendeuse dans des magasins new-yorkais, Roback rejoint en 1929 son frère aîné à Berlin, alors étudiant en médecine. Elle s’inscrit à nouveau à l’université, apprend l’allemand, découvre le Berlin des années folles et le théâtre ouvrier de Bertolt Brecht. Avec les autres étudiants, elle prend part à des manifestations organisées par les syndicats et la gauche et le 1er mai 1929, elle adhère au Parti communiste. Parallèlement, elle assiste avec inquiétude à la montée du fascisme en Europe. Fin 1932, quelques mois avant l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, ses professeurs lui conseillent de rentrer chez elle.

De retour à Montréal, L. Roback travaille pour la Young Women’s Hebrew Association et rallie clandestinement le Parti communiste du Canada (PCC). Celui-ci a été déclaré organisation illégale en 1931 dans la foulée d’un procès où huit membres du PCC ont été condamnés à cinq années d’emprisonnement en vertu du controversé article 98 du Code criminel (abrogé en 1936 par le gouvernement de Mackenzie King).

La militante

En 1935, après un bref voyage en Union soviétique, L. Roback ouvre le Modern Bookshop, la première librairie marxiste de Montréal; librairie située sur la rue Bleury et que fréquente à l’occasion le médecin Norman Bethune. Organisatrice syndicale pour l’Union internationale des ouvriers du vêtement, elle dirige, en 1937, une grève de quelque 5 000 ouvrières à Montréal, qui obtiennent la reconnaissance de leur syndicat et une amélioration sensible de leurs conditions de travail et de salaire. Cette grève est l’une des premières et plus marquantes batailles syndicales pour l’amélioration des conditions de travail des femmes au Canada (voir Histoire des travailleurs du Québec).

L. Roback s’implique activement dans les campagnes électorales de Fred Rose (né Rosenberg), un juif d’origine polonaise qui se présente comme candidat dans la circonscription montréalaise de Cartier dès 1935. En 1943, celui-ci devient, à la suite d’une élection partielle, le premier et seul député communiste (alors appelé le Parti ouvrier progressiste) élu à la Chambre des communes.

Dans les années 1930, L. Roback milite aux côtés de Thérèse Casgrain dans la lutte pour l’obtention du droit de vote pour les femmes au Québec (voir aussi Mouvement des femmes). Communiste convaincue, elle rompt avec le PCC en 1958, quand sont connues les horreurs commises en Union soviétique sous le règne de Joseph Staline. Mais son engagement social ne connaît pas de répit.

Au début des années 1960, elle devient, à l’instar de Jeanne Sauvé, Solange Chaput-Rolland et Simone Monet-Chartrand, une membre active de la section québécoise de La Voix des femmes (Voice of Women) fondée par Casgrain en 1961, une organisation pacifiste qui milite contre la guerre du Viêt Nam, la prolifération des armes nucléaires et fait la promotion du désarmement (voir Mouvement pacifiste). Elle est de toutes les manifestations pour la paix, la protection de l’environnement, se bat avec les groupes de femmes pour l’accès et la légalisation de l’avortement et défend les droits des femmes immigrantes et autochtones (voir Questions relatives aux femmes autochtones).

Reconnaissance publique et héritage

Afin de souligner son engagement social et politique en matière des droits de la personne, des droits des travailleurs et des droits des femmes, L. Roback a été nommée en 1985 membre honoraire de l’Institut canadien de recherche sur les femmes. En 1993, la Fondation Léa-Roback est créée pour recueillir des fonds permettant d’offrir des bourses d’études à des femmes engagées socialement. En 1997, une dizaine d’organismes féministes ouvrent la Maison Parent-Roback, un immeuble possédé et géré par ces organismes qui y ont leur siège social. La documentariste Sophie Bissonnette a réalisé, en 1991, un film sur sa vie intitulé Des lumières dans la grande noirceur (A Vision in the Darkness).

Son acharnement à défendre les plus humbles et sa fidélité à leur endroit sont reconnus par les gouvernements et la société civile. En mai 2000, le gouvernement du Québec lui décerne l’Ordre national du Québec au rang de chevalière. En avril 2000, le YWCA l’honore à l’occasion de son gala Femme de Mérite, en même temps qu’une camarade de lutte de longue date, Madeleine Parent. À l’occasion de la Journée internationale des personnes aînées, le 1er octobre 1999, Léa Roback est du nombre des Québécoises et Québécois dont l’action est soulignée par le Conseil des aînés.

Un centre de recherche sur les inégalités sociales de santé de Montréal, le Centre Léa-Roback, a été nommé en son honneur. Une rue du quartier Saint-Henri (arrondissement Sud-Ouest) à Montréal et une rue de l’arrondissement Beauport à Québec portent également son nom.