Faits marquants
Né aux environs de 1744 au Boundou (région située sur le territoire actuel du Sénégal)
Décédé aux environs de 1838 à proximité de la localité actuelle de Fergus, en Ontario Surnoms : Captain Pierpoint, Captain Dick, Black Dick Professions : soldat, responsable communautaire, conteur

Jeunesse

Richard Pierpoint naît au Boundou (une région située sur le territoire de l’actuel Sénégal) en Afrique de l’Ouest autour de 1744. On ne connaît pas son nom d’origine. Au début du 18e siècle, les habitants du Boundou – un État au sud du Sahara, au nord‑est du fleuve Gambie et légèrement à l’intérieur des terres par rapport à l’océan Atlantique – mènent une vie trépidante faite d’activités extrêmement variées. Gouvernée par des Peuls musulmans, la région s’étend sur plus de 30 000 km² et abrite une population atteignant 30 000 personnes. De la fin du 17e siècle au début du 18e siècle, les citoyens du Boundou subissent des décennies de guerres et de troubles. C’est dans son pays d’origine que le jeune garçon aurait appris les contes traditionnels des griots dont il se servira plus tard en tant que responsable de la communauté noire du Haut‑Canada.

Saviez-vous que?
Un griot (ou jali ou jeli) est, en Afrique de l’Ouest, un conteur, historien et troubadour qui préserve et partage des généalogies, des histoires et des traditions orales.

En 1760, des marchands d’esclaves capturent et emprisonnent Richard Pierpoint alors âgé de 16 ans. Il est probable qu’ils le vendent alors à Fort James, sur la côte, à des négociants anglais qui l’emmènent avec eux dans leur traversée de l’océan Atlantique pour le revendre dans les Treize colonies britanniques. Un officier britannique achète l’adolescent pour en faire un esclave pour son service domestique. Demeuré esclave pendant près de 20 ans, il est probablement appelé du nom de son maître (voir Esclavage des Noirs).

Révolution américaine et liberté

Les circonstances exactes dans lesquelles Richard Pierpoint retrouve la liberté ne sont pas connues; toutefois, il semble que la Révolution américaine soit à l’origine de ce bouleversement dans sa vie. En 1775, le gouverneur royal de Virginie accorde, dans toute la colonie, la liberté à tous les esclaves appartenant à des propriétaires rebelles en échange de leur engagement militaire contre les rebelles américains. Si l’on suppose que son maître faisait partie des officiers britanniques restés fidèles à la Couronne, il est possible qu’il se soit vu promettre la liberté s’il acceptait de servir au sein des forces loyalistes. Le 30 juin 1779, le général de l’armée britannique sir Henry Clinton publie la Philipsburg Proclamation promettant la liberté à toutes les personnes réduites en esclavage par les rebelles américains.

En 1780, Richard Pierpoint est inscrit comme pionnier dans les Butler’s Rangers, une unité loyaliste. Cette même année, il stationne avec les Rangers dans la région de Niagara où l’unité est engagée dans une guérilla contre les rebelles américains. Pendant la guerre, il est lui‑même probablement en poste au fort Niagara. En 1784, il se trouve toujours dans la région de Niagara. Libéré avec les honneurs, il est inscrit sur une liste de colons dans la région avec d’autres camarades de son unité dissoute. En 1791, il reçoit 200 acres de terres, soit une superficie identique à celle accordée aux officiers et deux fois supérieure à celle des simples soldats, dans le canton de Grantham (aujourd’hui St. Catharines).

La Petition of Free Negroes et la vie dans le Haut‑Canada

Après avoir reçu ses 200 acres de terre dans le canton de Grantham, Richard Pierpoint doit encore défricher son terrain et l’exploiter pour recevoir ses lettres patentes et être officiellement reconnu en tant que propriétaire. On lui impose qu’au moins 5 % des terres défrichées soient utilisées pour l’agriculture et pour les routes d’accès; en outre, il doit également construire une cabane en rondins d’une taille minimale.

Le 29 juin 1794, Richard Pierpoint signe la Petition of Free Negroes [pétition des Nègres libres] avec 18 autres résidents noirs du Haut‑Canada. Certains chercheurs estiment qu’il aurait lui‑même rédigé cette pétition. Elle est adressée au lieutenant‑gouverneurJohn Graves Simcoe et traduit la réalité à laquelle sont confrontés plusieurs des premiers Noirs installés au Canada. Peut‑être parce qu’ils rencontrent des difficultés à défricher seuls les terres qui leur ont été accordées et à les exploiter, les pétitionnaires, dont beaucoup sont d’anciens soldats tandis que d’autres sont nés libres, demandent aux autorités la possibilité de s’installer les uns à côté des autres afin de pouvoir créer une communauté et d’être en mesure de travailler collectivement au défrichage de leur terrain respectif. Ils demandent spécifiquement la possibilité de « fournir une assistance [relativement au travail] à ceux d’entre eux qui le souhaitent le plus ».

Outre le désir de vivre en communauté, la pétition formule explicitement le souhait des signataires de se voir autorisés à vivre sur un ensemble de parcelles de terrain séparées de celles des colons blancs. Cette requête donne à penser que ces hommes doivent faire face à des problèmes allant au‑delà du simple isolement. Il est vraisemblable que les loyalistes et les colons noirs sont confrontés, au Canada colonial, aux préjugés des colons blancs et à de la discrimination (voir Racisme).

Le Conseil exécutif du Haut‑Canada entend cette requête le 8 juillet 1794 et rejette la pétition, refusant de séparer la communauté noire de la majorité des colons blancs. Richard Pierpoint réussit à défricher sa terre et reçoit ses lettres patentes le 10 mars 1804; toutefois, il vend ses parcelles deux ans plus tard, le 11 novembre 1806. Désormais âgé de 60 ans, il demeure dans la région de Niagara où il travaille comme ouvrier ou comme agriculteur.

Guerre de 1812

Lorsque la guerre éclate entre l’Angleterre et les États‑Unis en 1812, Richard Pierpoint est âgé de 68 ans. Il réclame toutefois le leadership militaire pour la création d’une milice composée exclusivement de Noirs afin de combattre aux côtés des Britanniques. Peu après, il rejoint le Corps of Coloured Men du capitaine Robert Runchey, simplement surnommé le Coloured Corps, une milice comprenant uniquement des Noirs libres.

Saviez‑vous que?
Ses supérieurs décrivent le capitaine Robert Runchey comme « un bon à rien, fauteur de troubles et toujours mécontent ». Conformément à sa réputation de chef médiocre, il sépare les Noirs des autres miliciens. Dans certains cas, il loue les soldats noirs comme domestiques à d’autres officiers.

Simple soldat du 1er septembre 1812 au 24 mars 1815, Richard Pierpoint est engagé dans l’action avec le Coloured Corps lors de multiples batailles de la guerre de 1812. Il combat lors de la bataille des hauteurs de Queenston au cours de laquelle le Coloured Corps fait partie des premiers renforts arrivés en soutien aux guerriers des Six Nations de John Norton (voir Lieu historique national du Canada de la Bataille‑des‑Hauteurs‑de‑Queenston). Après la bataille du fort George, le 27 mai 1813, le Coloured Corps appuie les troupes britanniques lors de la bataille de Stoney Creek à partir de Burlington à près de 13 km de là.

Vieillesse et pétition de 1821

Le 19 janvier 1820, en reconnaissance de sa contribution au cours de la guerre de 1812, Richard Pierpoint se voit accorder 100 acres de terre le long de la rivière Grand dans le canton de Garafraxa (à proximité de la localité actuelle de Fergus, en Ontario). Alors qu’il a largement dépassé les 70 ans, il vit toujours à Niagara et éprouve des difficultés à assurer sa subsistance en tant qu’ouvrier.

Le 21 juillet 1821, Richard Pierpoint demande au gouvernement du Haut‑Canada à York à revenir en Afrique de l’Ouest. Dans sa pétition, il plaide qu’il est « avant tout désireux de retourner dans son pays natal ». Toutefois, le gouvernement colonial ne donne pas suite à sa demande et il accepte la terre qui lui est proposée à Garafraxa. Sa présence y précède la création de la colonie de Fergus.

Richard Pierpoint réussit, en 1825, à remplir les conditions de colonisation pour la parcelle qui lui a été octroyée, probablement avec l’aide d’un homme plus jeune surnommé « Deaf Moses ». Certains récits décrivent ses terres à Garafraxa comme un endroit où les Canadiens noirs peuvent s’installer, qu’il s’agisse de personnes fuyant l’esclavage aux États‑Unis par le chemin de fer clandestin ou tout simplement de gens à la recherche de cette vie communautaire réclamée dans la Petition of Free Negroes de 1794.

Importance et héritage

Richard Pierpoint décède durant l’hiver 1837‑1838. Il ne laisse derrière lui ni famille ni héritier, léguant ses biens à Lemuel Brown du canton de Grantham. On ne connaît pas le lieu de sa sépulture.

Selon la tradition orale de la communauté noire canadienne, Richard Pierpoint était un conteur de talent dans la tradition des griots de l’Afrique de l’Ouest. Il a parcouru le Haut‑Canada en compagnie de Deaf Moses, racontant des histoires aux membres des communautés noires des régions de Niagara et de Garafraxa. On dit qu’à chaque fois, il sortait un caillou d’un petit sac qu’il gardait avec lui avant de se lancer dans son récit. À la fin de sa vie, il avait amassé les expériences personnelles vécues durant 94 années et bien d’autres expériences encore entendues d’autres membres de la communauté.

Richard Pierpoint laisse derrière lui l’héritage d’un responsable communautaire aux premiers temps de l’installation des Noirs au Canada qui s’est battu et a soumis des pétitions pour les causes qui étaient importantes pour lui, pour sa communauté et pour le pays dans son ensemble. Ses pétitions donnent l’image d’un homme arraché à son pays et réduit en esclave alors qu’il était encore adolescent, ayant combattu pour sa liberté lors de deux guerres et ayant travaillé sans relâche à bâtir une communauté noire dans un contexte de préjugés et de discrimination.

En 2013, le gouvernement du Canada a nommé un bâtiment fédéral à London, en Ontario, « édifice Richard Pierpoint » en reconnaissance de sa contribution dans le cadre du Coloured Corps lors de la guerre de 1812.