Jeunesse et éducation

Richard Nerysoo voit le jour en 1953 dans une tente aux abords de la rivière Peel, près de Fort McPherson (aussi connu sous le nom de Teetl’it Zheh en langue gwich’in). Il fait ses études à Fort McPherson et à Inuvik, dans les Territoires du Nord‑Ouest, ainsi qu’à Whitehorse, au Yukon.

Fraternité des Indiens des Territoires du Nord‑Ouest

Incorporée dans les années 1970, la Fraternité des Indiens des Territoires du Nord‑Ouest est le résultat d’un climat politique tendu dans le Nord canadien et dans les collectivités autochtones à travers le pays à la fin des années 1960. Le Livre blanc de 1969 du gouvernement Trudeau et le nombre accru des explorations pétrolières et gazières le long de la vallée du fleuve Mackenzie, de la mer de Beaufort et d’autres régions de l’Arctique ne représentent que quelques enjeux qui mènent à la création d’organisations politiques autochtones dans le but de protéger les droits ancestraux des Autochtones. La Fraternité nationale des Indiens (qui devient plus tard l’Assemblée des Premières Nations) et le Conseil national des Autochtones du Canada (désormais dénommé le Congrès des Peuples Autochtones), tous deux fondés en 1968, cherchent à examiner les questions autochtones à l’échelle nationale. Dans les Territoires du Nord‑Ouest, 16 leaders politiques autochtones se réunissent le 3 octobre 1969 pour créer la Fraternité des Indiens des Territoires du Nord‑Ouest. Ces derniers ainsi que d’autres organisations, comme l’Association des Métis et des Autochtones non inscrits des Territoires du Nord‑Ouest (incorporée en 1972), souhaitent s’attaquer aux questions autochtones de leur région. (Voir également Métis.)

En 1975, Richard Nerysoo devient vice-président de la Fraternité, puis président par intérim lorsque James Wah‑Shee donne sa démission. Toutefois, certains membres de l’assemblée croient que Richard, âgé de 22 ans, ne possède pas l’expérience nécessaire pour occuper ce poste. Celui-ci quitte donc ses fonctions, puis est remplacé par George Erasmus lors d’une élection tenue sept mois plus tard, en 1976.

Du 14 août au 20 août 1978, au cours de la huitième Assemblée nationale des Dénés, tenue à Fort Norman dans les Territoires du Nord‑Ouest, la Fraternité change officiellement son nom pour Nation dénée.

Enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie

Le 21 mars 1974, le gouvernement du Canada établit une Commission d’enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie, aussi connue sous le nom de Commission Berger, d’après le commissaire royal de l’enquête, l’honorable juge Thomas R. Berger. Le but de cette commission d’enquête est de recueillir des témoignages sur les répercussions environnementales, économiques et sociales des deux projets de gazoduc. Le pipeline le plus long entre les deux aurait été le pipeline de gaz naturel le plus long au monde. De plus, le tracé du pipeline aurait traversé le nord du Yukon, de l’océan Arctique à la vallée du fleuve Mackenzie, puis le sud de l’Alberta. Bon nombre des collectivités autochtones qui résident sur ces vastes étendues de terres auraient été touchées par le projet. Ainsi, le juge Berger doit entendre les témoignages de plusieurs leaders autochtones, y compris ceux d’un jeune Richard Nerysoo en 1975.

Les déclarations de Richard Nerysoo sur les répercussions du projet par rapport à la Nation dénée et à d’autres communautés autochtones deviennent célèbres pour leur affirmation de l’identité autochtone. Il déclare dans son témoignage pour la Commission Berger :

Il m’apparaît évident qu’être Autochtone est quelque chose d’important et de spécial. Être Autochtone signifie être capable d’envisager le monde et d’y vivre d’une manière très particulière... Cela signifie que la terre est un vieil ami que nos pères, nos grands-pères connaissaient – de fait, que notre peuple a toujours connu... Nous concevons la terre comme étant bien plus que ce que l’homme blanc voit. Pour les Premières nations, la terre, c’est toute notre vie. Sans nos terres, nous ne pouvons et nous ne pourrions plus exister en tant que peuple... Si votre peuple nous prend nos terres, il prendra également notre vie.

Soulignant l’importance des terres ancestrales et des droits territoriaux, il aborde les vastes questions au cœur de l’identité autochtone. Au cours de l’enquête, bon nombre de peuples dénés commencent à remplacer le terme colonial « Indien » par « Déné » pour s’auto-identifier.

L’enquête, couronnée de succès, est considérée comme un modèle à suivre pour recueillir les commentaires des collectivités autochtones avant d’entamer des projets d’exploitation importants dans les territoires au nord du pays. Le rapport du juge Berger Le Nord : Terre lointaine, terre ancestrale, paru en mai 1977, réclame un moratoire de 10 ans afin de permettre le règlement de toutes les revendications territoriales avant le début des travaux. Par ailleurs, le rapport conclut que les répercussions de ce projet sur les milieux fragiles du Yukon seraient trop importantes et s’oppose fermement à la construction d’un pipeline dans cette région. À la lumière des recommandations du rapport Berger et des conditions économiques changeantes, le projet est suspendu.

Carrière politique en législation

En 1979, Richard Nerysoo se présente à l’élection générale des Territoires du Nord‑Ouest et est élu membre de l’Assemblée législative. Premier jalon historique et politique de sa carrière – un parmi tant d’autres –, il devient le plus jeune membre à être élu à l’Assemblée législative, un poste qu’il occupe pendant 16 ans, jusqu’en 1995.

Il est d’abord nommé ministre de l’Énergie et des Ressources. De plus, il défend ardemment les droits des Autochtones avant le rapatriement de la Constitution en 1982. Stephen Kakfwi, ancien premier ministre des Territoires du Nord‑Ouest et président de la Nation dénée, salue le travail de Richard Nerysoo en tant qu’élément essentiel à la préservation des droits autochtones en vertu de l’article 35 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Richard Nerysoo se présente ensuite à l’élection territoriale de 1983 et conserve son siège à l’Assemblée législative. En janvier 1984, il est le premier Autochtone au Canada à devenir premier ministre (ou « chef du gouvernement » avant 1994), un poste qu’il occupe jusqu’en 1985.

En 1987, Richard Nerysoo participe à l’élection générale des Territoires du Nord‑Ouest et est réélu membre du pouvoir législatif. Le 19 octobre 1989, il devient président de l’Assemblée nationale – le premier Autochtone à exercer cette fonction – et occupe ce poste jusqu’en 1991. Cette même année, il est réélu pour un quatrième mandat lors de l’élection territoriale. Puis, lors l’élection de 1995, il s’oppose à deux candidats et perd, David Krutko remportant une victoire inattendue. Ce dernier occupera son poste jusqu’en 2011.

Conseil tribal des Gwich’in

En 1996, Richard Nerysoo est élu président du Conseil tribal des Gwich’in, une organisation autochtone fondée en 1992 et dont la mission est de représenter les peuples Gwich’in dans le delta du Mackenzie et partout au Canada. Il exerce ses fonctions de président jusqu’en 2000. Il supervise également la gestion et la mise en place de l’Entente sur la revendication territoriale des Gwich’in, qui octroie officiellement aux Gwich’in près de 24 000 km2 de terres au Yukon et dans les Territoires du Nord‑Ouest.

Richard Nerysoo siège également au Gwich’in Council International. Fondée en 1999 par le Conseil tribal des Gwich’in, cette organisation a pour but d’assurer la représentation du peuple Gwich’in au Conseil de l’Arctique.

Richard Nerysoo occupe le poste de chef de la bande autochtone d’Inuvik avant d’être réélu président du Conseil tribal des Gwich’in en 2008. Il exerce cette fonction jusqu’en 2012, année où il est défait à l’élection par Robert Alexie Jr. Richard Nerysoo est également nommé principal responsable des négociations transfrontalières entre le gouvernement du Canada et la Première nation des Na-Cho Nyak Dun à Mayo, au Yukon.

Aboriginal Pipeline Group

En 2000, Richard Nerysoo participe à la création de l’Aboriginal Pipeline Group. Cette organisation représente les peuples autochtones des Territoires du Nord‑Ouest afin de maximiser les retombées économiques et les autres avantages du projet de pipeline de la vallée du fleuve Mackenzie.

En 2003, l’Aboriginal Pipeline Group établit un partenariat avec des sociétés pétrolières, comme Imperial Oil, dans le cadre de ce projet. Richard Nerysoo remplit la fonction de président de la Société d’énergie des Territoires du Nord-Ouest de 2002 à 2006.

Groupe de travail sur l’exploitation des ressources naturelles

En décembre 2013, le Groupe de travail sur l’exploitation des ressources naturelles est constitué dans le cadre d’une initiative conjointe entre l’Assemblée des Premières Nations et l’actuel ministère des Affaires autochtones et du Nord. Financé par le gouvernement du Canada, le groupe a pour mandat de définir les avantages des projets d’exploitation des ressources naturelles pour les peuples autochtones. Richard Nerysoo se joint au groupe en tant que désigné volontaire.

En mars 2015, après plus d’une année de recherche, le Groupe de travail publie un rapport intitulé Instaurer un changement positif et important. La recommandation principale du rapport vise à assurer le partage adéquat des recettes de l’exploitation des ressources naturelles entre les différents peuples autochtones de la région. Le rapport signale qu’il est essentiel, à compter de maintenant, que les Premières nations soient étroitement impliquées dans l’exploitation des ressources naturelles, et ce, à tous les stades des projets.

Prix et réalisations

En 2001, la Fondation nationale des réalisations autochtones, désormais dénommée Indspire, décerne à Richard Nerysoo le prix national des réalisations autochtones pour le service public. Indspire est une œuvre de bienfaisance qui se consacre au financement des programmes de développement et d’éducation pour les Premières nations au Canada.

Importance

Entamant sa carrière à un jeune âge, Richard Nerysoo devient rapidement une personnalité politique de renommée nationale en tant que représentant éduqué et éloquent des Premières nations dans les Territoires du Nord‑Ouest. Il laisse un héritage politique marqué par le succès, l’élimination des barrières et l’établissement de points de repère pour les Premières nations du Canada. En tant que premier Autochtone à exercer la fonction de premier ministre des Territoires du Nord‑Ouest, il se voue à la défense des droits des Autochtones – une cause qu’il continue de soutenir bien après la fin de sa carrière législative.

Publications choisies

Thomas R. Berger, Le Nord : Terre lointaine, terre ancestrale : Rapport de l’enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie, 1977.

Groupe de travail sur l’exploitation des ressources naturelles du ministère des Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Les Premières Nations et l’exploitation des ressources naturelles : Instaurer un changement positif et important, 2015.