Les religions des Premières Nations, des Métis et des Inuits sont très diverses et sont constituées d'un ensemble complexe de coutumes sociales et culturelles qui permettent d'entrer en contact avec le sacré et le surnaturel. Le christianisme, propagé par les colons, les missionnaires et les politiques gouvernementales, a profondément modifié la vie des Autochtones. Dans certaines communautés, des pratiques religieuses hybrides sont apparues alors que dans d’autres, la religion européenne a complètement remplacé les pratiques spirituelles traditionnelles. Bien que les administrateurs coloniaux et les missionnaires se soient efforcés de les supprimer, en particulier entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle, les rites spirituels traditionnels ont été perpétués ou réintroduits par de nombreuses communautés autochtones contemporaines.

Contexte

Il n’existe pas de « religion autochtone » fondamentale et prépondérante. Les religions autochtones traditionnelles sont très diverses, tout comme les pratiques spirituelles des peuples autochtones du Canada. Le présent article vise à décrire des thèmes et des pratiques similaires, mais ne doit pas être considéré comme exhaustif ou faisant autorité. De plus, les modes de vie traditionnels se mêlent souvent à la religion et à la spiritualité. Des activités telles que la chasse, l’appartenance à un clan et d’autres aspects de la vie quotidienne sont souvent associées à une interprétation spirituelle. Des renseignements plus détaillés peuvent être trouvés grâce à des lectures complémentaires ou en s’informant auprès des anciens.

Trois types de mythes, dont les caractéristiques sont souvent combinées, sont particulièrement importants pour les pratiques religieuses des peuples autochtones. Il s’agit du mythe de la création, des mythes institutionnels et des mythes rituels.

Mythes de la création, du Filou et de la transformation

Les mythes de la création décrivent l'origine du cosmos et les liens qui existent entre ses éléments. On trouve ici le mythe du Plongeur terrestre, selon lequel le Grand Esprit ou encore le Transformateur plonge ou ordonne aux autres animaux de plonger dans les eaux originelles pour en ramener de la boue avec laquelle il fabrique la Terre (forêts de l’Est, Plaines du Nord). Dans certaines versions du mythe, la Terre est formée sur le dos d’une tortue. Les peuples autochtones et non autochtones appellent souvent l’Amérique du Nord, l’« île Tortue ».

Selon certaines légendes, le Transformateur apparaît sous les traits d’un être humain qui possède des pouvoirs surnaturels et qui accomplit une série d’exploits héroïques pour donner au monde sa forme actuelle. L’un de ces Transformateurs est le Glooscap des Mi'kmaqs, des Malécites, des Abénakis et des peuples algonquiens. Les peuples algonquiens de l’Ontario et du Québec ont deux Transformateurs : un bon et un mauvais. Glooscap a donné forme au soleil, à la lune, aux poissons, aux animaux terrestres et aux humains, tandis que son frère, Malsum, a créé les serpents, les montagnes, les vallées et toutes les autres choses qui, selon lui, rendront la vie des humains plus difficile.

Les mythes du Filou représentent fréquemment le Grand Esprit ou le Transformateur sous la forme d’un personnage comique qui vole des choses importantes telles que la lumière, le feu, la nourriture et quelques fois des animaux ou des gens. Les captifs sont ensuite perdus à jamais ou libérés pour créer le monde tel qu’on le connaît. Dans les mythes autochtones, le Filou peut prendre un grand nombre de formes. Il peut être homme ou femme, insensé ou serviable, héros ou agitateur, moitié humain, moitié esprit, vieux ou jeune, un esprit, un humain ou un animal, suivant la région et le groupe particulier d’Autochtones que l’on considère. Au Canada, le Filou est un coyote (Mohawk), un être moitié humain, moitié esprit (Cris, Ojibwés et Pieds-Noirs), un raton laveur (Abénaquis), une araignée (Sioux) ou un grand corbeau (plusieurs groupes, notamment les Haïdas, les Tsimshians, les Tlingits, les Inuits et les Nisga’as). Chez d’autres groupes autochtones américains, le Filou est un blaireau, un renard, un lièvre, un lapin, un coyote, un ours ou un geai bleu.

De nombreux mythes décrivent l'origine de la lune, du soleil et des étoiles. Dans ces mythes, il existe habituellement une tension entre ces corps célestes. Ainsi, on raconte que la fraîcheur de la lune durant la nuit est indispensable pour contrebalancer la chaleur du soleil qui brûle la Terre et tue les êtres humains. Un mythe inuit dépeint le soleil et la lune comme étant des frère et sœur à l’origine inséparables. Mais le frère a des rapports incestueux avec sa sœur qui choisit alors de se séparer éternellement de lui. Parmi les nombreux mythes sur les origines de l'homme figurent ceux qui racontent que le Transformateur a changé divers animaux en êtres humains. D'autres mythes portent sur l'origine de la mort.

Mythes institutionnels et rituels

Les mythes institutionnels racontent les origines des traditions religieuses telles que la Danse du soleil (Plaines du Nord), les bourses sacrées (Pieds-Noirs, Cris, Ojibwés, Haudenosaunee [Iroquois]), les cérémonies d'hiver (Salish de la côte, Nuu-chah-nulth [Nootka], Kwakwaka’wakw) et la célébration du maïs vert (Haudenosaunee). Voir aussi : Société des faux visages.

Les mythes rituels, par contre, servent de scripts détaillés pour la représentation d’institutions, les cérémonies et les rituels tels que la Danse du soleil, la célébration du maïs vert et le rituel du Midewiwin (Grande Société de médecine) des Ojibwés. Les rites liés à la fertilité, à la naissance, aux initiations et à la mort sont souvent clairement détaillés dans la mythologie. Des performances chamaniques peuvent également y être décrites. Les cérémonies sont souvent précédées de rituels purificatoires rigoureux tels que les sueries ou les bains (communs chez les Salish, les Pieds-Noirs et les Indiens des forêts de l'Est), le jeûne et l’abstinence sexuelle. Les festins font également partie de ces cérémonies.

Autres mythes

Héros mythique

De nombreux héros mythiques importants pour les peuples des forêts de l’Est (Hurons, Ojibwés, Cris, Innus, Haudenosaunee et Odawas), de la côte du Nord-Ouest (Salish, Kwakwaka’wakw, Nuu-chah-nulth, Haïdas, Tsimshians et Tlingits) et du Plateau (Nlaka'pamux, Syilx, Porteurs, Salish du continent) rappellent le mythe grec d’Orphée. Les légendes racontent l'histoire d’un héros mythique ou d'un autre personnage religieux important qui effectue un voyage périlleux au royaume de la mort pour en ramener un être bien-aimé. Ces mythes comportent une représentation très détaillée du royaume des morts et sont importants si l'on veut comprendre des éléments culturels aussi divers que la Danse des esprits des Indiens des Plaines, les différents concepts de l'âme et plusieurs facettes du chamanisme.

Grand Esprit et conception du monde

Dans les sociétés qui ont pratiqué l'agriculture à un moment ou à un autre de leur histoire, plusieurs groupes croient en l'existence d'un Grand Esprit ou d'un Grand Mystère supérieur (par exemple, le Wakan Tanka des Dakotas et le Kitchi Manitou des Algonquiens de l'Est). En général, la puissance ou le mystère surnaturel, baptisé Orenda par les Haudenosaunee, Wakan par les Dakotas et Manitou par les peuples algonquiens, est potentiellement bénéfique, mais il peut devenir dangereux s'il est traité avec insouciance ou irrévérence. Ce mystère ou cette puissance est une émanation des esprits. C'est également un attribut du Transformateur, du Filou, du Héros mythique ou d'autres personnages surnaturels. Les chamans, les prophètes et les autres officiants attachés aux cérémonies sont investis de sa présence. Les esprits de toutes les créatures vivantes sont puissants et mystérieux, tout comme le sont de nombreux phénomènes naturels et lieux importants pour les rituels. Les objets servant aux rituels, tels que le calumet, les crécelles, les tambours, les masques, les roues médicinales, les bourses sacrées et les sanctuaires réservés au culte, sont imprégnés de la puissance spirituelle.

Les mythes de l'Époux-étoile, de la Chaîne de flèches ou de l'Arbre qui grandit décrivent l’établissement de contacts entre les êtres humains et l’au-delà. Lors des cérémonies, des éléments tels que des colonnes de fumée, les piliers centraux d'une habitation ou le pilier central de la hutte de la Danse du soleil représentent ces contacts. De nombreux groupes parlent d'une mer originelle ou d'un déluge universel. Les peuples présents le long du littoral du Nord-Ouest, tels que les Kwakwaka’wakw, divisent l'année en deux grandes saisons : l'été et l'hiver. C’est durant l’hiver que se déroulent la plupart des cérémonies religieuses. Les sociétés agricoles comme celle des Haudenosaunee observent des calendriers rituels plus complexes, établis en fonction des périodes de cueillette de diverses plantes comestibles, et ils font une fête célébrant le renouveau de la vie, habituellement au milieu de l'hiver.

Un concept clé commun à de nombreuses sociétés est la notion de protecteur. Chez les Abénaquis, par exemple, l’ours est considéré comme l’un des six protecteurs directionnels (ouest) et il représente le courage, la force physique et la bravoure. Chez les Inuits, la déesse de la mer, Sedna, est la protectrice des mammifères marins et c’est elle qui décide quand ces animaux peuvent être chassés. Les chamans (sorciers) peuvent entre en contact avec Sedna et la convaincre de laisser aller les animaux s’ils s’engagent à réparer certains torts passés ou lui présentent des offrandes.

Chamans

Parmi les multiples personnages religieux des traditions spirituelles autochtones, les plus connus sont les chamans. Ce sont à la fois des guérisseurs, des prophètes, des devins et des gardiens de la mythologie religieuse. Ils agissent aussi souvent comme officiants des cérémonies religieuses. Dans certaines sociétés, toutes ces fonctions sont dévolues à une seule et unique personne; ailleurs, les chamans sont des spécialistes. Les guérisseurs peuvent appartenir à différents « ordres », comme le Midewiwin ou la Grande Société de médecine des Ojibwés, ou à des sociétés secrètes ou fermées (Kwakwaka’wakw, Pieds-Noirs). Les membres de ces sociétés ne sont pas nécessairement des chamans, mais ils officient durant les cérémonies et les rituels religieux.

Le Midewiwin des Ojibwés est une société fermée comprenant quatre (parfois huit) ordres d'hommes et de femmes que l'on peut consulter en tout temps en cas de maladie ou de malheurs communautaires. Les chamans sont les coordonnateurs de la Danse du soleil, qui est aussi une cérémonie du renouveau. Les sociétés chamaniques jouent un rôle important dans la Cérémonie de l'hiver des Kwakwaka’wakw, des Nuu-chah-nulth et d’autres groupes de la côte du Nord-Ouest. On attribue aux chamans des pouvoirs généralement considérés comme bénéfiques pour la communauté, mais on les soupçonne, dans certains cas, de s'en servir à des fins de sorcellerie. Les chamans agissant comme devins et prophètes s'emploient à prédire les résultats des sorties de chasse, à retrouver des objets perdus et à déterminer les causes profondes des mécontentements et de tout signe de mauvaise volonté au sein de la communauté. Les Pieds-Noirs, les Cris, les Ojibwés et d'autres groupes ont des devins qui annoncent leurs prophéties (peut-être en état de transe) à l'occasion de la spectaculaire cérémonie de la Tente tremblante. Les chamans de ces groupes ont la garde des bourses sacrées qui contiennent des substances et des objets emprunts de profonds mystères et dotés de grands pouvoirs. Les chamans innus devinent où passe le gibier en brûlant des omoplates de caribou puis en lisant les fractures et les fissures créées par le feu.

Les Autochtones savent que de nombreuses maladies, surtout celles qui sont guérissables par des moyens physiques, sont attribuables à des causes naturelles. Pour ce qui est des autres maladies, ils croient souvent qu’elles résultent de l’intrusion dans le corps d’objets insérés par des sorciers. Le traitement appliqué par le chaman-guérisseur pour guérir de telles maladies est dicté par son esprit tutélaire, mais il consiste généralement à extraire par une succion rituelle l'objet responsable de la maladie, à le balayer avec une plume d'oiseau ou à l'extirper à l'aide de gestes spectaculaires. La maladie peut aussi résulter d'une « perte de l'esprit ». Le chaman-guérisseur s'efforce alors de retrouver l'esprit du malade (son âme ou le pouvoir de son esprit protecteur, voire les deux) et de le réintroduire à l'intérieur du corps.

Quête de l’Esprit protecteur

La Quête de l'Esprit protecteur, pratique jadis courante chez la plupart des groupes autochtones du Canada, connaît présentement une certaine résurgence au sein de nombreuses communautés, en particulier chez les Salish de la côte. Les hommes, surtout durant leur puberté, mais aussi à d'autres moments de leur vie, effectuent des séjours prolongés dans des régions éloignées où ils jeûnent, prient et se purifient en se lavant dans des ruisseaux et des étangs. Le but est d'avoir une vision, ou même de rencontrer un esprit protecteur (très fréquemment un animal, mais aussi, possiblement, un personnage mythologique). Le contact avec un esprit protecteur est censé assurer à un individu santé, prospérité et succès, particulièrement à la chasse et à la pêche.

Le côté personnel de la Quête de l’Esprit protecteur se retrouve dans des célébrations très communes de la vie, par exemple lors des rituels qui accompagnent les naissances ou l’attribution d’un nom, l’arrivée de la puberté, les mariages et les morts, autant d’événements qui sont habituellement empreints d’une certaine solennité. Les cérémonies liées aux événements de la vie, bien que centrées sur la personne concernée, prévoient quand même toujours une certaine participation de la communauté. La Fête des morts célébrée chez les Hurons au XVIIe siècle, par exemple, a peut-être repris des éléments appartenant à la fois aux rites saisonniers et aux rites attachés aux différentes étapes de la vie.

Influence européenne

Les contacts des Autochtones avec les divers types de religions européennes, par l’intermédiaire des colons, des missionnaires, des pensionnats parrainés par le gouvernement et les églises, et des politiques gouvernementales directes ou indirectes, ont modifié d'une façon ou d'une autre toutes les religions des Autochtones.

Dans les régions ou des contacts continus ont été établis relativement tôt, au XVIe et XVIIe siècles, les missionnaires français baptisent de nombreux Autochtones pour en faire des catholiques. Les Mi’kmaqs, par exemple, commencent à se convertir pour devenir des sujets du Vatican après la conversion du Grand chef Membertou, en 1610. La religion Mi’kmaq incorpore de nombreux éléments traditionnels qui ont été fusionnés aux rites chrétiens. Même le drapeau du Grand Conseil des Mi’kmaqs porte une grande croix.

L’adaptabilité de la chrétienté aux rites spirituels autochtones est illustrée par le chant huron, un chant de Noël qu’aurait écrit pour les Hurons un missionnaire jésuite, Jean de Brébeuf, au XVIIe siècle. Le chant mêle l’imagerie et la mythologie autochtones, notamment Gitchi Manitou, au mythe chrétien de la Nativité. Les Sages, porteurs de présents, deviennent de grands chefs affublés de peaux, et la crèche devient une hutte en écorce de bouleau. Les histoires mettant en scène les saints et Jésus ressemblent de près à celle du Héros mythique et ont pu être facilement adaptées par de nombreuses communautés autochtones.

Les mariages mixtes ont été un vecteur plus radical de mélange des traditions religieuses et spirituelles. Les pratiques religieuses des Métis combinent d’ailleurs habituellement la spiritualité traditionnelle aux coutumes protestantes ou catholiques. Quelques « religions syncrétiques » uniques, telles que la religion des Trembleurs dans la région des Salish de la côte, combinent les rites autochtones traditionnels et les pratiques européennes.

Mais l’adaptation ne s’est pas toujours effectuée de manière aisée. Certains Autochtones repoussent les premières tentatives visant à les convertir tandis que des générations entières vont souffrir de nombreuses politiques gouvernementales destructives telles que celles qui ont amené à la création des pensionnats et à l’interdiction des potlatchs et de la Danse du soleil aux termes de la Loi sur les Indiens de 1885. Certaines Premières Nations rejettent le formalisme importé d'Europe et se tournent vers la spiritualité traditionnelle, soucieuses de faire revivre les croyances et les pratiques religieuses de jadis (p. ex. la religion de Handsome Lake des Haudenosaunee). D’autres mouvements religieux s’opposent radicalement aux cultes européens, comme la Danse des esprits pratiquée au XIXe siècle par les Dakotas et d’autres communautés autochtones des Plaines. Le fossé qui s’est creusé entre les Autochtones chrétiens et les Autochtones non chrétiens reste une cause de tensions. En 2011, la Première Nation cri Oujé-Bougoumou, dirigée par un conseil composé uniquement de chrétiens, décide d’interdire tous les rites spirituels autochtones, y compris les sueries, une décision qui provoque à l’époque de vives réactions et des divisions profondes au sein de la communauté.