Premières années

Rebecca Belmore grandit au sein d’une famille anishinabe nombreuse à Upsala, en Ontario. Elle quitte toutefois son patelin pour faire ses études secondaires dans la ville voisine de Thunder Bay. Pendant l’été, elle vit chez sa grand-mère maternelle — qui maintient un mode de vie traditionnel autochtone, où elle chasse, pêche et ne parle que sa langue natale, l’ojibwé —, dans le quartier anishinabe de Sioux Lookout.

Ostracisée dans son école secondaire majoritairement blanche à cause de ses origines autochtones, Rebecca Belmore abandonne ses études à mi-parcours. Après avoir occupé plusieurs petits emplois, toutefois, elle finit par terminer son secondaire. Lors de sa dernière année, elle se lie d’amitié avec un enseignant d’art, qui l’encourage à s’inscrire à un concours de dessin. Elle remporte le premier prix. Encouragée par cette victoire, Rebecca Belmore s’inscrit au Ontario College of Art (OCA) en art expérimental. Elle reste au OCA de 1984 à 1987.

Début de carrière

À l’OCA, Rebecca Belmore se façonne un alter ego de performance, un personnage qu’elle appelle « High-Tech Teepee Trauma Mama ». Contrairement à Rebecca Belmore, qui est de nature bienveillante, Trauma Mama est une personne libertine, fêtarde et sans tact qui provoque volontairement son public en utilisant des stéréotypes autochtones de façon ironique.

Trauma Mama a donné des performances un peu partout au Canada, dans des lieux modifiés pour aborder certains enjeux sociopolitiques. Twelve Angry Crinolines, la performance la plus acclamée de l’artiste, commémore (et satirise) la visite du duc et de la duchesse de York à Thunder Bay en 1987. Rebecca Belmore y porte une robe de bal victorienne qu’elle a fabriquée à partir de toutes sortes d’objets qui pastichent les stéréotypes autochtones. Elle met ainsi en lumière l’absurdité de la relation continue du Canada avec la Couronne britannique. Le costume, Rising to the Occasion, est éventuellement exposé comme œuvre seule lors de la rétrospective de mi-carrière de Rebecca Belmore, en 2008 à la Vancouver Art Gallery.

Rebecca Belmore se taille une place dans le monde des arts canadien l’année suivante, en 1988, grâce à la performance Artifact 671B, lors de laquelle elle se tient, assise et immobile, dans le froid à l’extérieur de la Thunder Bay Art Gallery. L’œuvre est créée en réponse à une exposition de 500 artéfacts autochtones historiques par le Glenbow Museum et financée par Shell Canada dans le cadre des Jeux olympiques d’hiver de 1988. La performance met en relief l’hypocrisie et l’auto-indulgence de cette exposition, qui ignore la dispute cinquantenaire entre les Autochtones et le gouvernement canadien au sujet de l’exploitation par Shell Canada des territoires ancestraux autochtones.

Mi-carrière

En 2000, Rebecca Belmore s’associe pour la première fois à une galerie commerciale, la Pari Nadimi Gallery, à Toronto. C’est avec cette galerie qu’elle produit certaines de ses œuvres les plus connues, notamment Wild (2001), The Great Water (2002), Vigil (2002), White Thread (2003) et Fountain (2005). En 2001, elle déménage à Vancouver, où elle reste plus de dix ans.

En 2002, Rebecca Belmore fait sa sixième exposition solo, The Named and the Unnamed, à la Belkin Art Gallery de l’Université de Colombie-Britannique. L’exposition remporte un tel succès qu’elle part en tournée dès l’année suivante, d’abord au Musée des beaux-arts de l’Ontario, à Toronto. Elle est ensuite présentée à la Kamloops Art Gallery, en Colombie-Britannique, et au Centre des arts de la Confédération, à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, en 2004, puis au McMaster Museum of Art, de l’Université McMaster, à Hamilton, en 2006. The Named and the Unnamed est constituée d’œuvres utilisant des techniques mixtes, dont la plus connue est l’installation Vigil (2002), la captation vidéo d’une performance effectuée la même année sur un coin de rue dans la partie est du centre-ville de Vancouver. Dans le cadre de cette performance, Rebecca Belmore récure le pavé à genoux. Ses bras nus sont couverts des noms des femmes autochtones disparues, qu’elle nomme régulièrement à voix haute à mesure qu’elle nettoie. La pièce sert à commémorer les centaines de femmes qui ont disparu dans la région au cours des 25 dernières années.

En 2005, Rebecca Belmore devient la première femme autochtone à représenter le Canada à la Biennale de Venise. L’œuvre qu’elle y présente — une boucle vidéo de deux minutes et demie rétroprojetée sur un rideau d’eau dans une salle sombre du pavillon canadien — nécessite plus d’un an et demi de travail. La vidéo montre l’artiste, frénétique, dans l’eau du détroit de Georgia avec un seau de métal qu’elle tente de remplir. À la fin de la boucle, elle lance le contenu du seau, rempli de sang, vers la caméra.

Conflit juridique

En 2006, Rebecca Belmore tente de mettre fin à sa relation avec la Pari Nadimi Gallery. Elle demande à être dédommagée pour ses œuvres vendues et à reprendre celles qui restent. En réponse, la galerie allègue une rupture de contrat et entreprend toute une série d’actions en justice contre l’artiste, lui réclamant la somme de 750 000 $. Trois ans plus tard, Rebecca Belmore met en scène la performance Worth, pour laquelle elle s’assoit en indien à l’extérieur de la Vancouver Art Gallery avec une affiche affirmant « Je vaux plus qu’un million de dollars pour mon peuple ». L’œuvre se veut un dernier adieu avant son retrait public du domaine artistique. Plus tard, elle met sur pied un fonds d’aide juridique pour l’aider à payer les coûts du litige.

En 2008, la Vancouver Art Gallery présente une rétrospective de mi-carrière, Rebecca Belmore: Rising to the Occasion. À ce jour, il s’agit de la plus grande exposition consacrée aux œuvres de l’artiste.

Projets récents

En 2013, Rebecca Belmore obtient une deuxième résidence à la Galerie du Nouvel-Ontario, située au centre-ville de Sudbury. Lors de son séjour, elle produit la vidéo Private Perimeter, présentée à la galerie en mai 2013.

Un peu plus tard la même année, Rebecca Belmore reçoit le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. Dans le cadre de ce prix, on lui demande de créer une œuvre; elle produit Treaty Number Three. Filmée par la réalisatrice Danielle Sturk, la vidéo montre Rebecca Belmore qui drape une jeune Autochtone d’une robe de papier couverte des mots du traité conclu en 1873 entre les Mawe-do-pe-nais (des représentants ojibwés) et le gouvernement canadien (voir Traité no 3). Toujours en 2013, Rebecca Belmore reçoit une commande importante du Musée canadien pour les droits de la personne, à Winnipeg. Pour cette œuvre, Trace, elle crée une immense structure (une sorte de voile de 30 pieds de haut et 20 pieds de large) à l’aide de 10 000 perles d’argile faites à la main et que le public peut compléter. L’œuvre fait partie de l’exposition inaugurale du musée en septembre 2014. En 2016, Rebecca Belmore reçoit le Prix Gershon Iskowitz, qui inclut une bourse de 50 000 $ et une exposition solo au Musée des beaux-arts de l’Ontario.

Prix et honneurs

Membre, Académie royale des arts du Canada (2004)

Prix VIVA (2004)

Doctorat honorifique, Université de l’École d’art et de design de l’Ontario (2005)

Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques (2013)

Prix Gershon Iskowitz (2016)