Les Rangers canadiens forment, au sein des Forces armées, un organisme unique en son genre qui a été créé pour offrir une présence paramilitaire dans le Nord et dans d’autres régions éloignées en faisant principalement appel à des membres des populations autochtones locales. Aujourd’hui, approximativement 5 000 rangers, issus de 200 communautés distinctes, aident à promouvoir la souveraineté du Canada dans ces régions isolées.

Menaces japonaise et soviétique

Le premier groupe de Rangers est créé en Colombie-Britannique durant la Deuxième Guerre mondiale sous le nom de « Rangers de la Milice de la côte du Pacifique ». L’objectif est alors de faire face à la menace de raides côtiers que font peser les Japonais depuis l’attaque sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Le concept d’une force de défense nationale formée d’hommes rudes, qui connaissent l’arrière-pays, est populaire et recueille un large soutien qui se concrétise dès le mois d’août 1943 par un effectif de 15 000 volontaires. Un grand nombre de recrues sont des bûcherons, des pêcheurs ou des trappeurs qui sont capables de satisfaire à leurs propres besoins et qui connaissent bien le littoral accidenté et les épaisses forêts de l’intérieur.

Démantelée après la reddition du Japon à la fin de la guerre, en 1945, la force est remise sur pied en 1947 dans le cadre du programme des Rangers canadiens. Les tensions nées de la guerre froide entre le bloc occidental et le bloc soviétique font que le Nord canadien devient l’objet d’une attention sans précédent. Le programme des Rangers s’y adapte en incluant dans ses rangs des Inuits, des Dénés, des Cris, des Anishinabes, des Métis et d’autres résidents locaux qui vivent dans les régions les plus reculées du Nord et du littoral. Plutôt que d’entretenir des garnisons permanentes de soldats sur l’ensemble des immenses territoires isolés du pays, les responsables militaires misent sur ces Rangers pour répondre à ses besoins en scouts vigilants. L’équipement de base des Rangers comprend un fusil Lee-Enfield de calibre 0,303, un brassard et une affectation annuelle de 200 balles.

Dans la décennie qui suit, les Rangers se développent comme un sous-élément de la réserve de l'Armée canadienne et ne servent que lorsqu’ils sont affectés à une mission en service actif ou dans le cadre d’une situation d’urgence. Leur mandat de base n’a pas changé depuis 1947. Leurs devoirs comprennent notamment le signalement de toute activité inhabituelle, la conduite de patrouilles de surveillance et d’affirmation de la souveraineté, l’accomplissement de missions de recherche, de secours et d’aide en cas de catastrophe et le soutien aux opérations et à l’entraînement à la survie des Forces armées. Les Rangers effectuent également des patrouilles dans les régions peu habitées et les zones du littoral qui ne peuvent pas être patrouillées facilement et à peu de frais par d’autres éléments des Forces armées.

Les hauts et les bas des années 1950 aux années 1990

Les Rangers restent populaires durant toutes les années 1950. Avec leur connaissance intime des milieux nordiques et leur expertise, issue de la chasse, du maniement des fusils, les résidents locaux permettent aux militaires d’établir un lien précieux avec les régions éloignées. Dans les années 1960, le budget attribué aux Rangers diminue et des réductions surviennent aussi dans d’autres programmes militaires, mais les faibles coûts associés aux Rangers font que la force parvient à survivre.

L’intérêt pour les régions nordiques du Canada s’enflamme à nouveau après le périple du pétrolier américain Manhattan à travers le passage du Nord-Ouest en 1969-1970. En 1975, les patrouilles de Rangers sont déjà rétablies à un niveau sans précédent. Le gouvernement canadien est bien décidé à étendre son autorité sur l’Arctique, tandis que le ministère de la Défense nationale reconnaît le besoin croissant de faire participer les Autochtones aux Forces armées et de soutenir la croissance économique dans les communautés du Nord.

Le transit du brise-glace américain Polar Sea par le passage du Nord-Ouest en 1985 soulève de nouvelles questions concernant la souveraineté du Canada dans le Nord, le réchauffement planétaire et l’ouverture possible toute l’année, dans un futur proche, du passage au transport maritime. Dans les années 1990, la présence canadienne dans l’Arctique devient un sujet récurent alors que les médias et les universitaires informent le public du besoin de mettre en place des politiques plus strictes dans le Nord (voir Souveraineté dans l’Arctique).

Les patrouilles de Rangers s’intensifient et se traduisent par une présence militaire visible dans le Nord. Les Rangers n’ont cependant pas la capacité d’opérer à l’extérieur de leur région. Le gouvernement relance son soutien aux Rangers durant cette période. La casquette de baseball, le T-shirt et le chandail à capuche rouges, qui leur ont été attribués en 1997, deviennent le symbole le plus reconnaissable de la présence militaire canadienne dans le Grand Nord et représentent l’esprit de coopération entre les communautés du Nord et les Forces armées. La nouvelle version intensifiée du programme prévoit la création du corps des Rangers juniors qui continue aujourd’hui à se développer et qui attire de nombreuses femmes.

Organisation

En 2015, cinq groupes de patrouille des Rangers canadiens (GPRC) coordonnent les activités dans la région qui leur est propre :

Le 1er GPRC, basé à Yellowknife, qui couvre le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut;

le 2e GPRC, basé à St-Jean-sur-Richelieu, qui couvre le nord du Québec;

le 3e GPRC, basé sur la base des Forces canadiennes (BFC) de Borden, qui couvre le nord de l’Ontario;

le 4e GPRC, basé à Victoria, qui couvre les communautés autochtones de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba;

le 5e GPRC, basé à Gander, qui couvre Terre-Neuve et le Labrador.

La devise des Rangers – vigilans – les présente comme les « gardiens » des régions les plus éloignées du Canada.

Promotion du savoir-faire et de la culture des Autochtones

Les patrouilles (ou groupes) de Rangers sont aujourd’hui actives dans les communautés canadiennes situées dans le Grand Nord et le long du littoral. Chacune des près de 200 patrouilles prend part à au moins un exercice par an sur la terre ferme. La durée de ces exercices varie de quelques heures à une semaine. Ils comprennent des exercices d’évacuation en cas d’inondation ou de catastrophe aérienne, d’interventions en cas d’avalanche, et de formation aux techniques de survie dans le cadre de grandes opérations militaires. Le nombre d’exercices militaires a rapidement augmenté depuis 2002, et les manœuvres sont devenues plus complexes.

En 2007, les Rangers représentaient plus de 90 % des forces armées présentes au nord du 55e parallèle. Ils ont prêté main-forte pour les travaux d’aménagement nécessaires à l’atterrissage de plusieurs avions militaires lourds sur des pistes de glace ou de neige imprégnées de graviers, mises en place depuis l’opération Nunalivut en 2010. Ils ont également participé à plusieurs cours de formation au combat en condition hivernale au nouveau Centre de formation de l’Arctique à Resolute Bay, au Nunavut, et à des opérations en cours – telles que des excursions en motoneige sur plus de 8 000 kilomètres – visant à affirmer la souveraineté du Canada dans le Nord.

Le programme des Rangers met aujourd’hui l’accent sur la sensibilisation culturelle. Près de 60 % des Rangers sont aujourd’hui issus des peuples autochtones. Ils doivent utiliser leurs connaissances traditionnelles du milieu lorsqu’ils sont en patrouille et sont souvent amenés à consulter leurs aînés pour informer leurs décisions. Ils détiennent par ailleurs des grades militaires conditionnels dont la validité dépend de l’acceptation continue que leur manifeste le reste de la patrouille. Les instructeurs issus des forces régulières ou de la réserve s’efforcent de construire des relations solides en suivant les codes culturels en usage dans les communautés plutôt qu’en se référant aux procédures, structures, hiérarchies et formations militaires traditionnelles.

Le développement des Rangers en tant que force militaire s’est accompagné de nombreuses retombées économiques, culturelles et sociales positives pour les régions isolées concernées, notamment la promotion de savoir-faire autochtones traditionnels qui avaient tendance à disparaître d’un grand nombre de communautés. Des mesures sont prises pour accommoder les différences culturelles entre la discipline militaire traditionnelle et les styles de vie autochtones afin de créer une organisation unique en son genre.

Les Rangers, qui protègent la souveraineté du pays, aident aux opérations militaires et participent au développement de la nation, représentent aujourd’hui un maillon important entre la sphère civile et le complexe militaire du Canada.