John Rae, négociant en fourrures, explorateur, chirurgien et auteur (né le 30 septembre 1813 à Orkney, en Écosse; décédé le 22 juillet 1893 à Londres, en Angleterre). John Rae est un médecin très compétent et un homme des grands espaces connu pour avoir arpenté certaines parties de l’Arctique canadien à la recherche du passage du Nord-Ouest et pour ses comptes rendus de 1854 sur le sort de l’expédition Franklin. John Rae se démarque de ses contemporains par sa disposition à nouer des relations stables avec les Inuits vivant dans les zones qu’il explore et à apprendre leurs techniques de survie. Sa réputation est injustement ternie par lady Jane Franklin et l’écrivain Charles Dickens, entre autres, après qu’il découvre les preuves de pratiques cannibales parmi les membres de l’expédition Franklin. Ce n’est qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle qu’il est réhabilité par les historiens et que son nom est ajouté au panthéon des explorateurs de l’Arctique.

Jeunesse et Moose Factory

John Rae naît dans la paroisse d’Orphir sur les îles écossaises d’Orkney. Son père gère le comptoir local de la Compagnie de la Baie d’Hudson (HBC). Ainsi, John Rae est familiarisé avec les activités en plein air dès son plus jeune âge. En 1829, il se rend à Édimbourg pour suivre des études de médecine et obtient son diplôme en avril 1833 du Royal College of Surgeons d’Édimbourg. Cette même année, il est engagé comme chirurgien à bord d’un bateau de la HBC en route pour Moose Factory qui doit attendre la fin de l’hiver sur l’île Charlton de la baie James à cause des glaces. Des canneberges en bon état de conservation découvertes sous la neige par John Rae sauvent tous les membres de l’équipage, à deux exceptions près, du scorbut. Après la fonte des glaces, John Rae continue son voyage par bateau de la HBC jusqu’à Moose Factory, où il est chirurgien et commis pendant 10 ans. C’est pendant cette période qu’il noue des relations cordiales avec la Nation crie locale, prenant plaisir à apprendre leurs méthodes de survie. Ses contemporains le considèrent bientôt comme l’un des randonneurs en raquette les plus doués de son époque.

Premières expéditions arctiques

En 1844, John Rae est sélectionné par sir George Simpson pour diriger une expédition d’arpentage de zones inexplorées du littoral septentrional du Canada pour la Compagnie de la Baie d’Hudson. Au cours des deux mois suivants, il se rend d’abord à Upper Fort Garry, puis à Sault Ste Marie, pour finalement s’établir à Toronto afin de préparer son voyage. Entre 1846 et 1847, il conduit deux expéditions. John Rae et son équipe, accompagnés de deux interprètes inuits, sont les premiers Européens à passer un hiver entier dans l’Arctique pendant la première expédition, vivant dans une maison de pierres construite à Fort Hope jusqu’au printemps 1847. John Rae et son équipe auraient finalement préféré les igloos construits par leurs interprètes inuits à leurs propres bâtisses. La deuxième expédition se poursuit plus à l’ouest du site où ils ont passé l’hiver. Ils dressent alors la carte de la baie Comité, de la péninsule de Simpson et de la baie de Pelly. Une troisième expédition est lancée en mai avec pour destination le détroit de Fury and Hecla, mais les conditions météorologiques et la pénurie d’aliments obligent ses membres à rebrousser chemin. En septembre, toute l’équipe rentre à York Factory, où John Rae est nommé négociant en chef de l’établissement. Il part pour l’Angleterre, puis pour l’Écosse peu après.

À la recherche de Franklin

En 1848, il devient évident que l’expédition de sir John Franklin, dont on n’a plus de nouvelles depuis trois ans, est perdue. Sous la direction de lady Jane Franklin, trois expéditions sont envoyées afin de localiser M. Franklin et son équipe : la première part de l’Est, la deuxième traverse le détroit de Béring et la troisième parcourt le territoire. Sir John Richardson, qui choisit John Rae comme sous-chef, conduit l’expédition terrestre. Malgré trois voyages entre 1848 et 1851, John Rae et sir John Richardson ne parviennent pas à retrouver l’épave du navire, à l’exception de deux morceaux de bois soupçonnés d’appartenir à l’un des bateaux. Néanmoins, les expéditions ne sont pas entièrement vaines : en 1854, John Rae apprend le parcours et le sort de John Franklin de la bouche des Inuits locaux. Un Inuk dit avoir entendu parler d’un groupe d’hommes blancs morts d’inanition quelques années plus tôt et un groupe d’Inuits ayant en sa possession plusieurs objets qui proviennent de l’épave raconte que l’équipe de John Franklin aurait utilisé son « dernier recours », autrement dit le cannibalisme. Les Inuits indiquent aussi à John Rae l’emplacement approximatif où ils ont rencontré ces hommes. John Rae repart pour l’Angleterre à l’automne et découvre que sa correspondance privée avec l’Amirauté à propos de la recherche de John Franklin a été publiée dans la presse.

Une réputation mise à mal

La possibilité évoquée par John Rae que des marins britanniques puissent avoir eu recours au cannibalisme provoque une levée de boucliers en Angleterre. Lady Jane Franklin et Charles Dickens entament une campagne visant à le discréditer, affirmant qu’il accorde trop de crédit au témoignage de « sauvages » indignes de confiance. Charles Dickens publie une série d’articles réfutant les conclusions de John Rae et insinuant qu’il est devenu lui aussi sauvage pendant son séjour en Amérique du Nord. Lady Franklin refuse de verser à John Rae la récompense de 10 000 £ qui lui avait été promise jusqu’en 1856.

Fin de vie et héritage

En 1860, John Rae est engagé pour réaliser l’arpentage de la portion terrestre d’une ligne télégraphique prévue entre la Grande-Bretagne et l’Amérique du Nord en passant par les îles Féroé, l’Islande et le Groenland. En 1864, il effectue un arpentage du Winnipeg aux Rocheuses pour un projet similaire. Il passe la fin de sa vie à Londres. John Rae est extrêmement doué pour survivre dans l’Arctique et vit des ressources naturelles avec un relatif niveau de confort et de sécurité. Vers la fin de sa vie, il reçoit de nombreuses distinctions, notamment la Médaille d’or du Fondateur de la Société géographique royale en 1852. Malgré la polémique qui fait rage après ses publications sur le naufrage de John Franklin, il voit ses principales conclusions confortées lors de plusieurs expéditions qui se déroulent après 1859. La découverte d’un des bateaux de l’expédition Franklin en 2014, l’Erebus, vient valider le témoignage oral que John Rae recueille auprès des Inuits de la région.