Aujourd'hui, les femmes autochtones sont aux prises avec des problèmes issus de la conjoncture et des événements de l'histoire coloniale du Canada, ainsi que de l'imposition d'un système patriarcal aux sociétés autochtones. La Loi sur les Indiens du gouvernement du Canada pose un problème de taille et divise les femmes autochtones en créant des catégories légales, ce qui a pour effet d'aggraver les distinctions tribales et nationales qui existent déjà. Les différents groupes de femmes autochtones comprennent les Premières Nations, les Métis et les Inuits.

Préoccupations communes

Au-delà de leurs différences, les femmes autochtones partagent certaines préoccupations, qui résultent en grande partie de la colonisation européenne. En plus de perdre leurs territoires au cours du XIXe siècle, les Autochtones se sont trouvé dépossédés de leur mode de vie traditionnel et de leur autonomie. De surcroît, la grande marginalisation sociale, économique et politique, en plus des préjugés raciaux, de la discrimination et de la perte de leur culture, de leur langue et, bien souvent, de leur fierté, ont laissé aux peuples autochtones du Canada un pouvoir social et politique minime, et ont engendré des inégalités économiques allant parfois jusqu’à un état de pauvreté abjecte. Un manque d'éducation, d'emplois, de compétences, de possibilités et d’équité salariale sévit dans plusieurs collectivités autochtones, aussi bien urbaines que rurales. (Voir Autochtones, conditions économiques des; Autochtones, conditions sociales des.)

Caractéristiques démographiques

Les Autochtones comptent pour environ 4% de la population totale du Canada, et les femmes, pour 51,2% de la population autochtone totale. Leur population augmente d’ailleurs rapidement, avec un taux de croissance de 45% entre 1996 et 2006. En 2011, on note une augmentation d’encore 20%.

Si l'espérance de vie s'est accrue chez les peuples autochtones, elle est en moyenne de cinq ans inférieure à celle de la population canadienne en général. De plus, le taux de mortalité infantile demeure élevé parmi les populations autochtones. Les taux de mortalité et de fécondité chez les Autochtones tendent à se rapprocher des taux observés au Canada (voir Autochtones, démographie des.)

Les femmes autochtones émigrent vers les villes en plus grande nombre que les hommes, particulièrement au sein des petites communautés nordiques. On peut attribuer ce mouvement de migration tant au manque de possibilités d'avancement et au manque de sécurité dans les réserves et dans les régions rurales qu'à l'abondance apparente de possibilités, surtout en éducation, dans les centres urbains (voir Autochtones, migration urbaine des.) Des études démontrent en outre que la majorité de ces jeunes femmes sont des mères monoparentales.

Au Canada, les femmes autochtones continuent de souffrir de la pauvreté, de leur situation monoparentale, du chômage et ont des logements insalubres. Ces problèmes sont souvent plus aigus dans le Nord, où les communautés rurales et isolées d'Inuits, de Métis et d'Indiens souffrent davantage des maux du sous-développement et jouissent de moins de services de bien-être et de protection des femmes et des enfants (voir Autochtones, santé des.)

Les femmes autochtones et la Loi sur les Indiens

Durant toutes les années 70 et 80, une question a attiré l'attention du monde entier : la discrimination exercée par la Loi contre les femmes autochtones qui perdent leurs droits ancestraux et issus de traités si elles épousent un partenaire n’ayant pas le statut d’Indien. La Loi sur les Indiens du gouvernement canadien a en effet établi une telle discrimination contre les femmes autochtones de 1869 jusqu'à 1985, année où le projet de loi C-31 a modifié la Loi sur les Indiens afin d'en retirer les éléments de discrimination et de la rendre conforme à la Charte des droits et libertés.

La modification de 1985 permet aux femmes mariées à des non-autochtones et à celles qui, pour toute autre raison, ont perdu leur statut d'Indien et les droits et avantages s'y rattachant, de demander le rétablissement de leur statut et de leurs droits, et permet à leurs enfants de demander d'être inscrits en tant qu'Indiens. La Loi permet maintenant aux femmes autochtones de conserver leur statut, que leur mari soit inscrit ou non, et de léguer leur statut d'Indien à leurs enfants, comme les hommes l'ont toujours fait.

Depuis l’adoption des modifications apportées à la Loi sur les Indiens en 1985, le nombre d’Indiens inscrits a plus que doublé, passant d’environ 360 000 en 1985 à plus de 778 000 en 2007. Cette augmentation est due à un nombre de naissance plus grand que celui de décès, ainsi qu’à la définition « corrigée » du statut d’Indien.

Si le projet de loi élimine une grande part de la discrimination exercée contre les femmes, il crée aussi certains problèmes. En inscrivant ces femmes, et souvent leurs enfants, sur les listes de membres des Premières Nations, le gouvernement exploite à l'extrême les terres et les fonds déjà limités afin d'accommoder plus de personnes. Ainsi, les bénéficiaires de cette modification font parfois face au ressentiment et aux représailles des autres membres de ces premières nations.

En outre, puisque ce rétablissement des droits ne touche pas les enfants de la seconde génération, il se produira une diminution importante du nombre de personnes ayant droit au statut d'Indien en vertu de la Loi sur les Indiens. Selon la loi C-31, les Indiens inscrits se divisent en deux catégories. La première, que l’on nomme aussi le paragraphe 6(1), s’applique lorsque les deux parents sont, ou ont été, inscrits. La seconde, ou paragraphe 6(2), s’applique lorsque l’un des deux parents a droit au statut selon la clause 6(1). Le statut d’Indien ne peut se transmettre, toutefois, si ce parent fait partie de la catégorie 6(2). En somme, au terme de deux générations de mariages avec des partenaires non-inscrits, les descendants n’auront plus droit au statut. De plus, pour qu’un enfant soit inscrit, les noms des deux parents doivent apparaître sur le certificat de naissance. Si le nom du père est absent, celui-ci est automatiquement présumé non-inscrit. Dans de tels cas, les enfants des femmes enregistrées dans la catégorie 6(2) n’ont donc pas droit au statut. Ainsi, la modification restreint de beaucoup la possibilité de léguer son statut d’Indien à ses enfants.

Préjugés, violence et système judiciaire

Les problèmes auxquels font face les femmes autochtones sont principalement issus des préjugés à leur égard perpétués par les hommes européens depuis leur arrivée en Amérique. L'image de la « princesse indienne » a fait place à celle de la « squaw » aux mœurs légères, situation qui rend les femmes autochtones vulnérables à la violence et au mauvais traitement. D'anciens témoignages et l'histoire orale indiquent que cette violence généralisée prévaut à l'époque de la colonisation de l'Amérique du Nord. Comme les autochtones sont évincés de leur territoire et placés dans des réserves, et comme les hommes perdent leurs rôles traditionnels en tant que chasseurs, pourvoyeurs et protecteurs, les conflits de rôles, la frustration et la colère qui s'ensuivent se manifestent souvent dans la violence que les maris exercent sur leurs femmes.

Les taux plus élevés d'ennuis avec la loi préoccupent toutes les femmes autochtones et est le résultat non seulement de ce cycle de violence, mais aussi de la pauvreté et de la privation dont souffrent la plupart des peuples autochtones au Canada. Le simple fait de ne pas payer une amende donne lieu à de nombreuses incarcérations; le manque de ressources et la précarité des choix laissent les femmes autochtones sans recours (voir Autochtones, droit des.)

Des taux élevés de violence familiale affligent les femmes autochtones partout en Amérique du Nord. Selon l'Aboriginal Justice Inquiry of Manitoba (1990), une femme autochtone sur trois est maltraitée par son conjoint. De plus, l’Enquête auprès des peuples autochtones menée par Statistique Canada (1993) rapporte que 40 % des répondants estiment que la violence familiale est un problème dans leur communauté. Les résultats du Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (1996) tendent à démontrer que les incessantes mises en péril de la culture et de l’identité collective autochtone ont fini par miner les communautés, ce qui aurait contribué à une aliénation tant collective qu’individuelle, entrainant des comportements autodestructeurs et antisociaux.

En 2009, 13% de toutes les femmes autochtones âgées de 15 ans et plus, vivant dans les provinces, ont déclaré qu’elles avaient été victimes de violence; ce pourcentage est trois fois plus important que chez les femmes non-autochtones.

Disparitions et meurtres de femmes autochtones

Bien que les femmes autochtones ne comptent que pour 4,3% de la population féminine totale du Canada, elles sont particulièrement surreprésentées parmi les femmes tuées ou portées disparues.

En publiant Stolen Sisters : A Human Rights Response to Violence and Discrimination against Indigenous Women in Canada (2004) et No More Stolen Sisters (2009), Amnistie internationale sensibilise le public et attire l’attention sur ce problème particulier. Des recherches menées par l’Association des femmes autochtones du Canada (l’ACAF) permettent de mettre sur pied une base de données des filles et des femmes autochtones assassinées ou portées disparues. En 2011, la base de données de l’ACAF comprend 582 cas connus, dont la plupart ont eu lieu entre 1990 et 2010.

En 2010, le gouvernement fédéral s’attaque au problème en allouant la somme de dix millions de dollars (répartis sur deux ans) destinée à améliorer la sécurité des femmes autochtones et à faire en sorte que le système judiciaire, de même que les organismes d’application de la loi, offrent des réponses plus efficaces aux cas de meurtres ou de disparition de ces femmes.

En 2013, la GRC ouvre une enquête sur les femmes autochtones assassinées ou portées disparues au Canada. Le rapport, publié en 2014, révèle qu’entre 1980 et 2012, jusqu’à 1 181 femmes autochtones sont assassinées ou portées disparues. En date de septembre 2013, 164 femmes autochtones sont portées disparues, représentant 11,3% de toutes les femmes disparues au Canada. Puisque les femmes autochtones ne comptent que pour 4,3% de la population féminine totale du Canada, ces chiffres sont gravement disproportionnés. Plus effarant encore, 1 017 meurtres de femmes autochtones ont été rapportés au cours de cette période, soit 16% du total des homicides de femmes dans tout le Canada.

Dans le sillage du rapport de la GRC, les demandes pour une enquête nationale sur la question se font de plus en plus nombreuses. Les requêtes les plus ferventes proviennent de l’Association des femmes autochtones du Canada, ainsi que d’autres organisations autochtones. En 2014, des dirigeants tant provinciaux que fédéraux, ainsi que les partis de l’opposition au fédéral (soient le NPD et le Parti libéral) soutiennent l’idée d’une enquête. Toutefois, le gouvernement fédéral dirigé par le conservateur Stephen Harper rejette la proposition; de nombreux experts ont affirmé qu’une telle enquête serait encombrante et, surtout, n’amènerait pas de nouvelles solutions.

Depuis 2006, les veilles des Sœurs par l’esprit sont tenues annuellement le 4 octobre, afin d’honorer le souvenir des femmes autochtones assassinées au Canada. Des citoyens de partout au pays participent à de nombreux évènements, dont des rassemblements, des veilles à la chandelle, des ateliers, et des moments de silence, qui ont pour but de sensibiliser au problème de la violence envers les femmes autochtones.

Femmes autochtones et politique

Si plusieurs femmes autochtones appuient les objectifs d'avancement de leur peuple, leurs voix sont ignorées par les dirigeants autochtones et par les organisations politiques à majorité masculine. Lors des pourparlers constitutionnels de 1992, l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), un organisme national indépendant, n'a pas eu droit de parole dans les discussions entre le gouvernement fédéral, les premiers ministres provinciaux et les quatre principales organisations autochtones.

D'autres organisations de femmes autochtones ont été créées comme filiales dépendantes des organismes nationaux et régionaux, comme le National Métis Women's Council (qui fait partie du Métis National Council) et la Saskatchewan Indian Women's Association (désormais la Federation of Saskatchewan’s First Nations’ Women Commission). Il existe plusieurs petits groupes régionaux et locaux axés sur les besoins de base qui, étant peu financés, ont des difficultés à servir les communautés autochtones.

En 2012, les 633 Premières Nations comptent 111 femmes chefs. Bien que le pourcentage de chefs autochtone de sexe féminin n’est que de 17,5%, il demeure légèrement plus élevé que le pourcentage de femmes exerçant la fonction de maire dans les villes canadiennes. Un nombre croissant de femmes autochtones occupe par ailleurs un rôle dirigeant au sein d’organisations politiques régionales et nationales. Rosemarie Kuptana, présidente de l'Inuit Tapirisat du Canada, Mary Simon, présidente de la Conférence circumpolaire inuite, et Chef Wendy Grant-John, première femme présidente de l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, sont trois des premières femmes à occuper un rôle d’importance en politique.

Nellie Cournoyea, députée de l'Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest, devient la première femme à exercer la fonction de Premier ministre d’un territoire canadien, et Ethel Blondin-Andrew est députée au Parlement canadien jusqu’en 2006. Élue députée conservatrice au Nunavut en 2008, Leona Aglukkaq est la première Inuite introduite au Cabinet fédéral, alors qu’elle est élue ministre de la Santé. Aglukkaq cède le poste en 2012 pour devenir présidente du Conseil de l’Arctique, qui regroupe huit pays. Depuis juillet 2013, elle a été tour à tour ministre de l’Environnement, ministre de l’Agence canadienne de développement économique du Nord et ministre du Conseil de l’Arctique. Shelly Glover, une Métis originaire du Manitoba, est élue députée de Saint-Boniface, MB, en 2008, et est ainsi la première femme policière dans l’histoire parlementaire canadienne. En 2013, elle est nommée ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles.

Guérison

Les femmes autochtones sont sans doute sous-représentées dans l'arène politique, mais nombreuses sont celles qui jouent un rôle clé dans la guérison des blessures causées par la colonisation. Dans de petits groupes informels et dans de grandes conférences auxquelles elles participent par milliers, des femmes s'attaquent aux problèmes des pensionnats, des femmes tuées ou portées disparues, aux comportements violents et à l'abus de drogues, d'alcool et d'autres substances.