Le mot « Maritimes » est une désignation régionale pour les provinces canadiennes de l’Île‑du‑Prince‑Édouard, la Nouvelle‑Écosse et le Nouveau‑Brunswick. Ces provinces sont formées d’un groupe de péninsules et d’îles, qui forment le prolongement nord-est des hautes terres des Appalaches et subissent l’influence importante de l’océan Atlantique. Ensemble, les provinces des Maritimes couvrent 133 850 km2 ou juste un peu plus que 1 % de la superficie du Canada.

Historique

Peuplement autochtone

Avant l’arrivée des premiers Européens, les Mi'kmaqs, groupe linguistique et social distinct, habitent tout le territoire qui englobe l’actuelle péninsule de la Nouvelle‑Écosse, l’île du Cap‑Breton, l’Île‑du‑Prince‑Édouard ainsi que le sud et l’est du Nouveau‑Brunswick. Dans le haut de la vallée du fleuve Saint-Jean, on rencontre les Malécites, qui parlent un dialecte algonquien quelque peu différent, mais partagent beaucoup d’autres points communs avec leurs voisins mi’kmaqs.

Colonisation européenne

L’arrivée des Français, en particulier au début du XVIIe siècle, pose un défi à la présence des Mi’kmaqs et des Malécites dans la région. À partir de ses débuts en 1604, l’Acadie française est progressivement créée sur un territoire qui recoupe à peu près celui qu’englobent aujourd’hui les Maritimes. Bien qu’elle soit constituée de colonies isolées, l’Acadie est unie par une langue, une culture et une économie communes. En 1763, la France se voit contrainte de livrer le dernier avant-poste encore en sa possession en Acadie, Louisbourg, aux Britanniques. Ainsi, sur une période de 150 ans, la région passe des Mi’kmaqs et des Malécites aux Français puis, après 1713, à la double souveraineté de la France et de l’Angleterre avant de tomber finalement, en 1763, sous la domination des Britanniques.

Influences culturelles

L’hégémonie britannique établie, le peuplement se caractérise par la diversité ethnique. Des Acadiens, des colons de la Nouvelle-Angleterre, des protestants étrangers venus de ce qui constitue aujourd’hui l’Allemagne et la Suisse, des Anglais, des Irlandais, des Écossais et des loyalistes de différents horizons assurent à la Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick (créé en 1784 pour accueillir les loyalistes) et à l’Île-du-Prince-Édouard une saveur ethnique. Ce mélange ethnique, composé fondamentalement d’Anglo-saxons et d’Acadiens, est demeuré pratiquement inchangé par l’arrivée de centaines de milliers d’immigrants européens qui, après avoir contourné les Maritimes, affluent au Canada, surtout à partir du début du XXe siècle.

Au moment de la Confédération, en 1867, les Maritimes partagent peu de caractéristiques communes avec le pays. Le développement de la région a suivi une voie entièrement différente, étant influencé de façon importante par les effets réciproques de trois forces majeures : celles de l’océan Atlantique, de la Nouvelle-Angleterre et de la Grande-Bretagne. Pour plusieurs habitants de la région, la région de l’Atlantique forme une zone de grands espaces et d’abondance dont les métaphores servent à colorer plusieurs expressions de la culture régionale.

La deuxième force de changement tire son origine de la proximité de la Nouvelle-Angleterre. Jusqu’à l’éclatement de l’empire anglais en Amérique, à l’occasion de la guerre de l’Indépendance américaine, 1a région des Maritimes est « l’avant-poste de la Nouvelle-Angleterre ». Même aujourd’hui, les liens économiques, culturels, religieux et sociaux unissant les deux régions demeurent puissants.

Les relations avec la Grande-Bretagne composent la troisième force de stimulation. Après la disparition du pouvoir direct exercé par la France en Amérique du Nord, l’influence britannique sur les Maritimes demeure absolue. L’arrivée de milliers de loyalistes durant et après la guerre de l’Indépendance américaine, et de dizaines de milliers d’immigrants britanniques, venus s’établir dans la région au cours du XIXe siècle, renforce l’influence britannique. L’interaction de ces forces, avant 1867, dote les habitants de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard d’un puissant sentiment d’identification provinciale. Ils ne se considèrent pas comme des citoyens des Maritimes, et certainement pas comme des Canadiens, mais plutôt comme des insulaires britanniques de l’Île-du-Prince-Édouard, des Néo-Écossais ou des Néo-Brunswickois d’origine britannique.

Confédération

Avant la Confédération, plusieurs habitants des Maritimes croient que leur région offre un potentiel économique illimité et que, de toutes les colonies britanniques dotées d’un gouvernement responsable, les leurs sont les plus développées et les mieux administrées. On estime qu’un rôle particulier est dévolu aux Maritimes dans l’évolution d’un nouvel Empire britannique.

La vision d’une destinée aussi idyllique connaît une fin brutale après la Confédération. Les Maritimes sont oubliées par le nouveau Canada qui connaît une importante poussée vers l’Ouest. Elles sont négligées par les immigrants attirés vers l’intérieur du pays, privées des ressources naturelles et humaines nécessaires à l’industrialisation. La plupart des habitants de Maritimes blâment le gouvernement fédéral en se fondant sur les observations suivantes : avant la Confédération, la prospérité régnait partout et un sentiment général d’orgueil et d’optimisme prévalait dans la région. En comparaison, on constate que la Confédération entraîne des récessions économiques prolongées et donne lieu à un sentiment collectif croissant d’infériorité et d’amertume.

Le ressentiment anti-Confédération, particulièrement puissant en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, donne un caractère émotionnel aux protestations régionalistes dans les Maritimes, surtout entre 1867 et 1930. Les habitants ont tendance à demeurer calmes jusqu’à l’arrivée de périodes de crise économique profonde, au cours desquelles leur mécontentement et les soupçons qu’ils entretiennent à l’endroit du Haut-Canada et des « Hauts-Canadiens » seront canalisés dans le cadre d’un mouvement de protestation politique à l’échelle régionale (voir Mouvement sécessionniste).

Durant les années 1920, le mouvement des droits des Maritimes forme la dernière expression importante de protestation au niveau régional et de ressentiment anti-Confédération et d’ici la fin de la décennie, le climat dans la région change beaucoup. L’une des raisons est le regain économique, qui s’amorce après 1927, offrant les premiers signes d’espoir après une décennie de morosité, alors qu’une vague de prospérité agite les domaines de la construction et du tourisme. La réouverture des marchés traditionnels avec les États-Unis et la Grande-Bretagne s’accompagne d’une relance des industries axées sur les ressources. Des injections de capitaux contribuent à l’épanouissement de l’industrie des pâtes et papiers. Cette reprise économique ne touche toutefois que certaines régions telles que la vallée de l’Annapolis, le Cap-Breton, la région d’Halifax et Saint-Jean.

Ailleurs, la situation continue de se détériorer, au point où on assiste à un exode constant de jeunes (on en compte au moins 300 000 entre 1900 et 1930), dont au moins les trois quarts prennent la direction des États-Unis. Dans la plupart des cas, le Mouvement pour les droits des Maritimes n’a engendré que le cynisme et l’apathie.

À la fin des années 70, l’identité collective des habitants des habitants des Maritimes subit une transformation marquante. Ces derniers cessent d’être les critiques les plus acharnés de la Confédération et du Canada. Une curieuse pirouette de l’histoire les a transformés en fervents Canadiens. Ils sont parvenus à dépasser le stade limité d’une identification strictement régionale pour adopter, en même temps, une attitude leur permettant de discuter et d’apprécier ouvertement le formidable impact émotionnel de leur attachement au Canada.