Lors des pow‑wow, la musique constitue un élément central, l’ensemble des activités s’articulant autour des battements des tambours et des voix des chanteurs. Ce sont des groupes de musiciens, connus sous le nom de « groupes de tambour » ou simplement de « tambours », qui, à tour de rôle, produisent l’environnement musical du pow‑wow en interprétant des chants et en s’accompagnant sur un grand tambour fabriqué à la main. Les musiciens peuvent être placés au centre de l’arène de danse ou à l’extérieur sur l’un des côtés, mais, dans tous les cas, les battements du tambour résonnent partout sur le site du pow‑wow, donnant à cet important rassemblement une dimension sonore caractéristique.

Groupes de tambour

Lors de la plupart des pow‑wow, un certain nombre de groupes de tambour participent à ces grandes rencontres, notamment un tambour appartenant au groupe autochtone organisateur, appelé tambour hôte, et d’autres tambours invités venus se joindre au pow‑wow en provenance d’autres groupes. Les tambours interprètent, à tour de rôle, des chants destinés aux danseurs. Le tambour hôte est un groupe de tambour très respecté auquel il incombe de veiller à ce que les chants appropriés soient chantés à l’occasion de chacune des activités les plus importantes du pow‑wow, notamment la « grande entrée », le « chant du drapeau » et le « chant des anciens combattants ». En général, ce groupe interprète également, sur demande particulière, des chants d’honneur et de guérison.

Chaque groupe de tambour a son propre nom et ses membres sont composés essentiellement d’un noyau familial et d’amis proches. Le plus souvent, les groupes ne comprennent que des chanteurs masculins qui frappent les tambours à l’unisson, parfois accompagnés par des choristes femmes qui se tiennent derrière eux. Bien que ces restrictions en fonction du sexe soient plus souples dans certaines parties du Canada où existent des groupes de tambour mixtes, voire entièrement féminins, ces rôles distincts demeurent relativement répandus parmi les Premières Nations.

Lors de certains pow‑wow compétitifs, des groupes de tambour peuvent rivaliser pour décrocher un prix, souvent en argent, les critères d’évaluation étant basés sur des caractéristiques musicales, par exemple la qualité du chant, son exécution ou la pertinence de la danse interprétée, ou sur des caractéristiques extra‑musicales, par exemple le maintien de la propreté de la zone où jouent les tambours et la disponibilité du groupe pour jouer lorsque son tour arrive. La participation à la musique du pow‑wow renforce la fierté des membres du groupe de tambour en tant que musiciens autochtones et favorise un mode de vie célébrant la tradition et une vie pleine et honorable.

Les musiciens jouent souvent sur un tambour fabriqué à la main, composé d’un cadre en bois sur lequel est tendue une peau d’animal habituellement attachée par une babiche ou de longues lanières de cuir. On utilise plus rarement des grosses caisses du commerce. Le tambour peut être décoré avec une image peinte ou d’autres ornements. Les tambours sont frappés à l’unisson à l’aide de baguettes souvent construites à partir d’une tige en fibre de glace gainée de cuir, munie d’une poignée également en cuir. Les baguettes vont habituellement par paire et sont transportées dans un sac en tissu avec le support du tambour, tous ces éléments étant manipulés et traités avec le plus grand respect. Conjointement avec la décoration du tambour lui‑même, les baguettes et le support contribuent à l’identité du groupe de tambour.

Caractéristiques musicales

Bien qu’il y ait de nombreuses variations régionales dans les styles d’interprétation des chants de pow‑wow, on peut dégager deux catégories principales : le style du Nord et le style du Sud. La plupart des groupes de tambour au Canada jouent de la musique appartenant au style du Nord, qui se caractérise principalement par un registre vocal plus haut perché que dans le style du Sud. D’autres variations permettent de distinguer les groupes de tambour originaires du Québec et de l’Est du Canada (Maritimes) de ceux qui viennent du centre du Canada (Ontario) et de l’Ouest du pays (provinces des Prairies), notamment dans l’énonciation du texte, dans l’intensité des voix chantées et dans l’interprétation d’une musique qui ne relève pas nécessairement du style de la musique de pow‑wow, mais plutôt du répertoire propre à une nation donnée. Par exemple, la danse de la fumée des Haudenosaunee, faisant intervenir un interprète en solo qui chante en frappant un tambour à eau tenu à la main, est plus particulièrement exécutée lors de pow‑wow dans le sud‑est du Québec et le sud de l’Ontario. En dépit de ces différences et de l’interprétation possible d’une musique propre à une nation à l’occasion d’un pow‑wow particulier, on entend essentiellement lors de ces rassemblements de la musique de pow‑wow intertribale dont on dit qu’elle trouve son origine parmi les peuples autochtones de la région des Plaines de l’Amérique du Nord (voir Autochtones : les Plaines; Histoire des pow‑wow).

La musique de pow‑wow présente de nombreux traits communs, ce qui permet d’effectuer un certain nombre de généralisations. Par exemple, la plupart des chants de pow‑wow suivent une structure plus ou moins fixe, souvent appelée « répétition incomplète ». Dans le cadre de cette forme, ce sont les joueurs de tambour qui lancent le chant en synchronisant le son de leurs instruments jusqu’à donner l’impression qu’ils jouent d’un tambour unique; une fois cette pulsation rythmique établie, le chanteur principal interprète l’entame du chant. Puis, le reste du groupe répète en chœur cette entrée en matière, à la suite de laquelle tous les chanteurs poursuivent le chant jusqu’au bout avant de le répéter, habituellement trois fois supplémentaires, soit quatre fois en tout. Les couplets répétés sont souvent appelés « refrains » ou « canons ». Dans certains cas, on ajoute une dernière phrase à la chanson, qui constitue alors une conclusion ou coda. On chante généralement ces chants de pow‑wow quatre fois afin de refléter le symbolisme du nombre de quatre dans de nombreuses croyances autochtones, un nombre qui représente les quatre plantes sacrées, les quatre directions, les quatre couleurs de la roue médicinale, etc.

On retrouve également, dans la musique de pow‑wow, quelques motifs rythmiques communs, joués au tambour, qui servent d’accompagnement à des styles et à des modes particuliers de danse, notamment un battement en cadence régulière — alternant parfois avec des trémolos ou des frappes rapides « libres » souvent utilisés pour les danses masculines comme la danse du traqueur ou les danses de ruse — et un motif long‑court au rythme stable dit « motif des battements du cœur ».

Dans de nombreux chants, des accents peuvent être ajoutés au motif rythmique joué au tambour. Ces accents, qui peuvent servir à resynchroniser les joueurs de tambour les uns avec les autres ou à indiquer un changement de dynamique, ont également une dimension spirituelle. Connus sous l’appellation de « coups d’honneur », ils sont utilisés par les joueurs de tambour pour faire l’éloge du créateur et des danseurs, ces derniers y répondant en rendant eux‑mêmes hommage aux joueurs de tambour et au créateur.

On a décrit le style de chant et les voix associés à la musique pow‑wow sous de nombreux angles, en utilisant notamment le terme de falsetto et le concept de « voix tendue ». Habituellement, les chanteurs commencent à chanter en utilisant leur registre le plus aigu et, compte tenu du fait qu’ils le font avec beaucoup de puissance, le son qui se dégage de ce chant est particulièrement caractéristique. Ils ajoutent parfois des pulsations sur les notes plus longues, leurs voix pouvant également descendre dans le grave à la fin des phrases. La plupart des mélodies des chansons de pow‑wow se caractérisent globalement, sur le plan de la hauteur tonale, par un motif descendant, passant du registre vocal le plus aigu au plus grave (voir Chanteurs de pow‑wow).

Catégories et signification des chants

On peut regrouper, en fonction de leur texte, les chants de pow‑wow en deux grandes catégories. Il y a tout d’abord les chants purement « traditionnels », tels qu’ils étaient chantés à l’origine, entièrement composés de vocalisations, puis les chants dits « contemporains » qui intègrent des paroles en anglais ou en langue autochtone, parfois les deux, des vocalisations étant ajoutées à la fin des phrases ou en alternance avec des paroles. Pour manifester leur enthousiasme vis‑à‑vis du chant et de l’interprétation, les chanteurs peuvent inclure des sons supplémentaires, par exemple de longues inspirations sifflantes ou des hululements. Lors de l’apprentissage de nouvelles chansons, le protocole exige souvent que les musiciens apprennent non seulement les paroles et les motifs de vocalisation, mais qu’ils maîtrisent également le contexte culturel du morceau, notamment son origine, ses différentes significations et ses objectifs (par exemple la danse qu’il accompagne). Ces chants de pow‑wow sont habituellement transmis oralement d’un musicien à un autre; toutefois, de nos jours, grâce aux moyens technologiques modernes, notamment des enregistreurs bon marché facilement disponibles et l’Internet, il devient également possible de transmettre cette tradition musicale par des moyens électroniques.

Beaucoup de chansons interprétées à un pow‑wow ont des significations spirituelles ou sociales pour les participants, venant renforcer des valeurs et des enseignements culturels essentiels pour les Autochtones. Par exemple, le chant des anciens combattants constitue un hommage au rôle joué par les guerriers et les anciens combattants dans la protection des communautés et dans la lutte pour les libertés, tout en perpétuant les traditions autochtones, datant d’avant les premiers contacts avec les Européens, de récits chantés des exploits guerriers et de préparation à la bataille (voir Les peuples autochtones et les guerres mondiales). Les chants de guérison sont interprétés sur demande, souvent pour offrir des prières pour la guérison d’un membre malade de la famille ou de la communauté. Les chants du drapeau servent en quelque sorte « d’hymne national » pour la communauté ou la nation organisatrice qui accueille le pow‑wow, tandis que les chants d’honneur rendent hommage à une personne et à sa contribution à la communauté. Le « grande entrée » constitue une sorte de cérémonie d’ouverture, visuellement impressionnante, introduisant la suite des activités du pow‑wow, les morceaux correspondant à cette première étape étant interprétés pour accompagner l’entrée des danseurs dans l’arène de danse. Les différents morceaux portent souvent un titre qui reflète leur rôle, par exemple « chant de la grande entrée » ou « chant intertribal »; toutefois, certains sont nommés en fonction de leur signification ou des paroles. Certaines chansons sont interchangeables, en ce sens que le même morceau peut être utilisé pour accompagner différents types de danse, pour autant que les battements de tambour et le tempo du morceau soient adaptés à la danse exécutée.

Danser au son de la musique

Les danses constituent souvent l’activité visuellement la plus spectaculaire d’un pow‑wow. Les danseurs opèrent des mouvements corporels en réponse au rythme des tambours, tournant en cercle autour de l’arène de danse en exécutant une interprétation individuelle de la catégorie de danse concernée, par exemple la danse traditionnelle des femmes et des hommes, la danse libre des femmes et des hommes, la danse de la robe aux clochettes des femmes et la danse des herbes sacrées des hommes. Le public est réparti autour de l’arène de danse et, derrière lui, on trouve des vendeurs et éventuellement une zone de camping. (Voir Danses de pow‑wow.)

Les mouvements des danseurs sont essentiellement déclenchés par la musique. Dans le cas des danses des « bouts de chou », destinées aux très jeunes enfants, les morceaux peuvent n’être répétés que deux fois pour que les tout jeunes danseurs ne soient pas mobilisés trop longtemps. En revanche, dans le cas de danses sociales et non compétitives ou d’activités spéciales, comme l’interprétation d’un chant de guérison, il peut être nécessaire d’effectuer plus de quatre répétitions pour accompagner l’aspect cérémoniel du morceau. Les chansons peuvent également être prolongées au‑delà de quatre répétitions en réponse au son des sifflets en os d’aigle ou au mouvement des éventails, deux gestes qui sont le signe que les danseurs prennent un très grand plaisir lors d’un morceau particulier et qu’ils souhaitent le prolonger. De fait, ces gestes d’appréciation peuvent également avoir des connotations symboliques et spirituelles pour les participants, et, parfois, les danseurs peuvent interrompre leur mouvement autour de l’arène de danse et se mettre à danser, à la place, en faisant face au groupe de tambour jusqu’à ce que le morceau se termine.

Voir aussi l’exposition Les pow‑wow.