Cecily Jane Georgina Fane Pope, infirmière (née le 1er janvier 1862 à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard; décédée le 6 juin 1938 à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard). Elle a écrit que son désir de devenir infirmière militaire et de « se rendre au front » s’est formulé lorsqu’elle était jeune fille et qu’elle lisait au sujet de Florence Nightingale pendant la guerre de Crimée. Ce désir a façonné le reste de sa vie, au cours de laquelle elle s’est distinguée à maintes reprises comme pionnière dans sa carrière d’infirmière militaire canadienne. Elle est la première infirmière nommée à servir au cours de la guerre d’Afrique du Sud (1899-1902); la première infirmière non permanente avec l’Armée (1904); la première infirmière permanente avec le Service de santé de l’armée canadienne (SSAC, 1906); la première infirmière en chef des infirmières militaires du SSAC (1908); et la première infirmière militaire canadienne à recevoir la Médaille de la Croix-Rouge royale, première classe (1903).

Enfance

Cecily Jane Georgina Fane Pope, qu’on appelle Georgina, naît dans une famille victorienne de la classe supérieure. Son père, William Henry Pope, est avocat, agent de terre, journaliste et juge et sert aussi de secrétaire colonial. L’un des hommes les plus puissants de l’Île-du-Prince-Édouard, il deviendra l’un des Pères de la Confédération. L’oncle de Georgina, James Colledge Pope, est le premier ministre provincial (1865-1867, 1870-1872, 1873). Sa mère, Helen DesBrisay, vient d’une famille prestigieuse ayant des liens profonds sur l’Île. La famille de Georgina compte huit enfants.

Bien que connaissant un grand succès dans la politique de l’Île, il est connu que le père de Georgina Pope a un style de vie extravagant et qu’il vit au-dessus de ses moyens. Son décès, à 54 ans, laisse la famille en difficulté financière. Le frère de Georgina, sir Joseph Pope, assume la responsabilité de la famille, y compris ses six sœurs. Il deviendra le secrétaire particulier du tout premier premier ministre du Canada, sir John A. Macdonald (1882-1891), puis sert plus tard en tant que sous-secrétaire d’État à Ottawa, sous un premier ministre après l’autre (1896-1926). Son poste influent contribue de façon importante à faire avancer la carrière militaire de Georgina.

Formation et début de carrière

En raison de difficultés financières, la famille Pope déménage à Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard, en 1881. Peu après, Georgina Pope s’inscrit à la New York Training School for Nurses, une école de formation des infirmières à l’hôpital Bellevue, à New York. Elle obtient son diplôme d’infirmière en 1885. L’école de formation de l’hôpital Bellevue, établie en 1873, est l’une de trois prestigieuses « écoles Nightingale » établies aux États-Unis. Le premier poste de Georgina Pope est celui d’infirmière responsable au Dr. Johnson’s Private Hospital à Washington, DC. Elle devient ensuite surintendante du Columbia Hospital for Women à Washington, où elle fonde une nouvelle école d’infirmières. Elle quitte après cinq ans et prend une courte pause du travail avant de devenir surintendante de l’hôpital St. John’s à Yonkers (New York).

Elle écrit, en octobre 1899 : « J’ai reçu mon affectation, avec trois autres infirmières, pour accompagner le contingent canadien actif, puis on m’a appelée en service actif en Afrique du Sud, réalisant ainsi mes aspirations d’enfance [de devenir infirmière militaire]. » Son nom et ses relations politiques assurent qu’elle soit la première infirmière nommée à ce contingent spécial de bénévoles pour appuyer l’armée britannique pendant la guerre d’Afrique du Sud.

Guerre d’Afrique du Sud

La guerre d’Afrique du Sud précède la création du Service de santé de l’armée canadienne (SSAC) et des infirmières militaires de celui-ci. En tout, 12 infirmières, qui reçoivent le titre d’infirmières militaires suivant la tradition britannique des infirmières professionnelles, sont envoyées avec l’armée britannique, en trois contingents qui servent de novembre 1899 à janvier 1901; de janvier 1900 à janvier 1901; et de janvier à juillet 1902. Georgina Pope est « surintendante du premier contingent » et « infirmière militaire en chef » du troisième. Elle fait état des expériences du premier contingent dans l’American Journal of Nursing (1902). Elle s’appuie aussi sur son rang de première infirmière militaire dans la guerre d’Afrique du Sud pour assurer ses prochaines nominations militaires.

Le SSAC a prévu un service infirmier au sein de l’organisation depuis ses débuts (1904), fondé en partie sur le succès des infirmières canadiennes en Afrique du Sud et en partie sur les pressions politiques de Georgina Pope. L’influence de cette dernière et ses contacts assoient les infirmières militaires du SSAC sur une base solide en tant qu’officières de rang des militaires canadiens. L’Armée crée un grade spécial d’officière pour ses infirmières militaires : les infirmières formées s’engagent comme lieutenant/infirmière militaire, avec un grade relatif et un salaire égal à celui des hommes. Jusque dans les années 1940, le Canada est le seul pays dont les forces armées offrent un grade aux femmes.

En 1904, Georgina Pope devient la première et la plus haute infirmière militaire « non permanente » (réserviste) du SSAC. En 1906, elle est la première infirmière militaire nommée au service « permanent », suivie de Margaret Macdonald, un autre vétéran de la guerre d’Afrique du Sud. En 1908, bien qu’il n’y ait encore que deux infirmières militaires permanentes, Georgina Pope est nommée infirmière en chef, avec le grade de capitaine. Les deux infirmières sont basées à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Une de leurs responsabilités consiste à former les infirmières civiles comme réservistes en prévision d’une guerre éventuelle.

Première Guerre mondiale

Lorsque l’Angleterre déclare la guerre, le 4 août 1914, le SSAC commence à mobiliser les infirmières militaires et nomme Margaret Macdonald comme infirmière en chef, puis comme infirmière intendante, du service infirmier, en partie à cause de l’âge de Georgina Pope. Celle-ci reste à Halifax comme responsable de la formation. En 1917, alors âgée de 55 ans, elle est envoyée en affectation outre-mer à Taplow, en Angleterre, puis à l’Hôpital militaire fixe canadien no 2, en France. Pendant le bombardement des unités hospitalières du SSAC à Étaples (de mai à juin 1918), elle subit une dépression nerveuse, à l’époque appelée aussi la « neurasthénie » (état de stress post-traumatique, ESPT). Son âge, sa dépression nerveuse et d’autres troubles médicaux l’obligent à retourner au Canada, où elle prend sa retraite du SSAC en mars 1919 avec une pension liée à des blessures imputables à la guerre. Elle termine ses jours à Charlottetown, où elle décède le 6 juin 1938, à 76 ans.

Héritage

On reconnaît à Georgina Pope d’avoir établi le service infirmier canadien comme rôle féminin tout à fait intégré dans les forces armées, grâce à ses relations politiques et à ses origines de la classe supérieure. Les infirmières militaires sont les premières et, sauf quelques rares exceptions, les seules femmes au sein des Forces armées canadiennes jusqu’en 1940-1941. C’est en partie grâce à son influence, et à la direction forte de Margaret Macdonald, qui lui succède, que le SSAC est le seul service infirmier au monde dont les infirmières sont engagées à titre d’officières, ce qui leur mérite le respect et l’envie des autres services infirmiers. De plus, c’est Georgina Pope qui recommande que les infirmières militaires échangent leur uniforme kaki du SSAC pour l’uniforme bleu qui deviendra très reconnaissable au sein des forces alliées.

Prix et honneurs

Médaille de la Reine pour l’Afrique du Sud, 1901

Médaille de la Croix-Rouge royale, première classe, 1903

Médaille de guerre britannique (1914-1918)

Médaille de la victoire (1914-1918)

Buste, Monuments aux Valeureux, Ottawa