Polonais

En 1795, la Russie, la Prusse et l'Autriche procèdent au partage de la Pologne. L'assimilation des territoires polonais ainsi que la persécution religieuse et une faible économie ont provoqué l'émigration des Polonais. La majorité des premiers arrivants au Canada ne proviennent pas directement de Pologne. Le premier immigrant polonais arrive au Canada en 1752.

Deux autres Polonais seraient venus au Canada en 1776 : August F. Globenski, un chirurgien militaire du régiment Hesse-Haynau, et Leveright Pinze, un chirurgien des forces auxiliaires du Brunswick. Karol Blaskowitz, capitaine cartographe de l'armée anglaise, arrive en 1802, et Aleksander E. Kierzkowski, ingénieur qui devient politiquement engagé dans la circonscription de Saint-Hyacinthe en 1867, arrive en 1841. Au sein des régiments suisses qui ont combattu à Fort Barrie en 1812, on retrouve une douzaine de Polonais ayant appartenu aux légions napoléoniennes. Sir Casimir Gzowski, ingénieur civil renommé, constructeur de chemins de fer et activiste social, arrive des États-Unis en 1842. Izaak Helmuth, de Varsovie, immigre à partir de l'Angleterre et devient l'un des fondateurs de l'U. Western Ontario.

Migration

L'immigration polonaise au Canada a connu six vagues importantes : de 1854 à 1901, de 1902 à 1915, de 1916 à 1939, de 1944 à 1956, de 1957 à 1979 et de 1980 à 1993. Plusieurs groupes de familles en provenance de villages et de petites villes du territoire occupé par l'Autriche font partie des deux premières vagues. Paysans travailleurs et pieux, plusieurs se voient octroyer des terres par le gouvernement ou achètent des terrains au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, où ils établissent des fermes. D'autres travaillent à la construction de chemins de fer ou obtiennent un emploi dans des mines de charbon. Les membres de la deuxième génération déménagent vers des localités plus grandes ou vers les villes, où ils ouvriront de petits commerces.

De 1916 à 1939, les immigrants polonais arrivent d'une Pologne déjà indépendante et s'établissent (au moins jusqu'en 1931) surtout dans les Prairies. Jusqu'en 1944, Winnipeg compte la plus grande communauté polonaise. La première vague d'immigrants après 1944, dont plus de 50 p. 100 s'installent en Ontario, se compose surtout d'anciens soldats des forces armées polonaises qui ont combattu en Europe de l'Ouest, d'anciens détenus de camps de concentration ou de camps de travail nazis et de réfugiés politiques de la Pologne communiste. De 1957 à 1979, des immigrants arrivent à nouveau directement de Pologne. La vague de 1981 à 1993, constituée d'environ 119 000 personnes, est causée par l'importante crise économique et politique en Pologne, et 50 p. 100 d'entre eux s'installent en Ontario.

Peuplement

À l'exception du groupe homogène, en provenance du territoire occupé par l'Allemagne, qui arrive en 1858 et s'établit à Renkew County, en Ontario, les nouveaux arrivants d'origine polonaise exploitent souvent des fermes à proximité de fermiers ukrainiens déjà établis, originaires de villages voisins des leurs en Pologne (entre autres au Manitoba, dans la région de Springfield, St. Clement's, Brokenhead, Lac du Bonnet, Whitemouth, Gimli, Bifrost, Glenella, Rosedale, McCreary et Dauphin). Un important mouvement d'immigrants vers les centres plus importants débute dans les années 30.

Il y a plus que 984 565 Polonais qui vivent au Canada (recensement 2006, y compris les réponses des personnes d'origine unique et d'origines multiples combinées). Les plus grandes communautés polonaises sont, en ordre décroissant, Toronto (21 %), Edmonton, Vancouver (chacune représentant environ 6 %), Calgary, Montréal, Winnipeg (chacune représentant environ 4 %) et Hamilton, Ottawa-Hull, Kitchener et London (chacune représentant environ 2-3 %). D'autres habitent, en moins grande concentration, à St. Catharines, à Saskatoon, à Windsor, à Oshawa, à Regina, à Victoria, à Thunder Bay et à Sudbury.

Vie économique

Les premiers immigrants polonais participent à la colonisation des prairies du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta et forment un fort pourcentage de la main-d'oeuvre des mines, de l'industrie forestière et des travaux publics. Les membres de la deuxième génération et les immigrants d'après la Deuxième Guerre mondiale sont financièrement mieux nantis et peuvent compter sur une expérience professionnelle et des connaissances techniques. Ils fondent leurs propres entreprises, occupent des postes de direction dans l'industrie et se distinguent dans le domaine des services sociaux, des services de santé et de l'éducation supérieure.

Vie sociale et communautaire

La majorité des Polonais sont catholiques, mais d'autres sont luthériens ou membres de l'Église unie. Une Église catholique polonaise, qui n'est pas affiliée à l'Église catholique romaine, compte des paroisses dans différentes villes (voir Catholicisme). Les paroisses forment les premières unités organisationnelles, fournissant un cadre à la vie communautaire et sociale. Des organismes laïques n'apparaîtront dans les villes que peu avant la Première Guerre mondiale.

Pendant les années 30 naissent les clubs sociaux qui ont aidé à maintenir les habitudes et les traditions polonaises, comme l'a fait le gouvernement polonais par l'entremise de ses consulats. Des caisses de crédit polonaises existent partout au Canada. La première, la caisse de crédit Saint-Stanislas, a été fondée à Toronto. En 1994, elle était la plus grande institution du genre en Amérique du Nord, avec des biens immobilisés de 223 millions de dollars et 38 530 membres. Au milieu des années 50, des femmes forment un organisme autonome et indépendant, la Federation of Polish Women in Canada, qui s'intéresse aux questions culturelles et politiques. Différents groupes folkloriques ou ensembles de danse font aussi leur apparition à divers moments et dans diverses communautés.

L'Église catholique a joué un rôle très important dans la vie du peuple polonais, particulièrement pendant les périodes difficiles. Pour plusieurs immigrants, l'Église constituait, dans le passé, le seul contact avec leur mère patrie et sa culture. Les prêtres se font conseillers, défenseurs, porte-parole, chefs religieux et communautaires. Les catholiques des communautés polonaises observent encore les coutumes de Noël, du Carême, de la semaine sainte et de Pâques.

Le premier journal polonais, fondé à Winnipeg en 1904, ne paraîtra que durant peu de temps. Le second, Gazeta Katolicka (Catholic Gazette) est fondé à Winnipeg en 1908. La presse polonaise au Canada est maintenant très active et comprend plusieurs publications différentes, dont un quotidien et un bihebdomadaire.

Parmi les écrivains et les poètes polonais, mentionnons Louis Dudek, W. Iwaniuk, B. Czaykowski, Florian Smieja, J. Ihnatowicz, A. Busza, J. Abramow-Newerly, W. Liebert, A. Tomaszewski, J. Tomaszewski, E. Ejbich, Zofia Bohdanowicz, B. Czaplicka, A. Grobicki, A. Poznanska-Parizeau et Danuta Bienkowska. Parmi les artistes, on retrouve K. Bryzgalski, J. Kolacz, E. Kujawska, A. Pawlowski, L. Wyczolkowski, E. Koniuszy, S. Katski, T. Jaworska, G. Staron, M. Ciechomska, B. Michalowska, J. Lubojanska, J. Kolaer, G. Denisiuk, E. Chrúscicki, H. Hoenigan, K. Sadowska et M. Schneider.

Éducation

Parmi les deux premières vagues d'immigration polonaises, on trouve de nombreux paysans illettrés, mais les immigrants qui suivent sont généralement instruits. Les enfants fréquentent les écoles publiques, mais on a également mis sur pied un réseau d'écoles où l'enseignement est partiellement dispensé en polonais. La plupart de ces dernières sont affiliées à la Polish Teachers Federation.

L'identification ethnique n'est pleinement réalisée qu'au sein de groupes directement en rapport avec des organismes ou des paroisses polonais. Le Congrès polonais regroupe quelque 160 organismes indépendants dont le nombre de membres varie de dizaines à des milliers de personnes. Selon le recensement de 2006, le polonais est la langue maternelle de 217 605 Canadiens.

Politique

Jusqu'en 1980, la majorité des Polonais appuient les libéraux lors des élections fédérales. Les candidats d'origine polonaise ont toujours reçu l'appui de leurs concitoyens de même origine. Stanley Haidasz, né à Toronto de parents polonais, est le premier Polonais élu député libéral. Il deviendra plus tard ministre du Multiculturalisme dans le gouvernement Trudeau et le premier représentant d'origine polonaise au Sénat. Trois ministres d'origine polonaise ont fait partie du gouvernement néo-démocrate de la Saskatchewan jusqu'à sa défaite en 1982. Donald Mazankowski a été vice-premier ministre au sein du gouvernement conservateur fédéral de Mulroney. Walter Paszkowski a été ministre de l'Agriculture au sein du gouvernement provincial de l'Alberta.

Identification collective

Le sentiment d'unité chez les Canadiens d'origine polonaise s'est d'abord exprimé sous forme d'appui au peuple polonais. L'appui politique et financier à la Pologne était solide pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors que la mère patrie était occupée par les Allemands, puis quand le gouvernement communiste a tenté de supprimer l'Église. Un vaste programme d'aide à la Pologne, créé au Canada après octobre 1956, a été réactivé récemment. Le lien avec la mère patrie est entretenu au moyen de voyages organisés par des Polonais, de visites familiales et de cours de langue polonaise à l'intention des jeunes. La fierté nationale a été renforcée par l'élection du pape Jean-Paul II en 1978, l'attribution du prix Nobel de littérature à Czeslaw Milosz en 1980 et du prix Nobel de la paix à Lech Walesa en 1983.

Le Canadian Polish Research Institute, fondé en 1956, mène des études sur les Polonais au Canada. Il possède une bibliothèque et des archives imposantes et publie les résultats de ses recherches (plus de 19 volumes ont été publiés en anglais jusqu'à ce jour). L'institut collabore avec des centres scientifiques affiliés au Canada et en Pologne, donne des bourses et de l'aide aux jeunes chercheurs et organise des conférences. Le Polish Scientific Institute, dont le siège social est à Montréal, diffuse de l'information sur l'histoire de la Pologne et sur les groupes ethniques polonais à l'étranger. Cinq fondations ont aussi été créées pour aider les écoles polonaises et favoriser la vie culturelle.