Pitseolak Ashoona, C.M., artiste (née entre 1904 et 1908 sur l’île Nottingham [Tujajuak], T.N.-O.; décédée le 28 mai 1983 à Cape Dorset, T.N.-O.). Issue de la première génération de graveurs inuits, Pitseolak Ashoona est née sur la route entre le Nunavik, dans l’Arctique québécois et la côte sud de l’île de Baffin (Qikagtaaluk). Elle est connue pour ses gravures et ses dessins aux couleurs vives, évoquant « les choses que nous faisions il y a longtemps, bien avant que l’homme blanc n’apparaisse parmi nous », ainsi que pour ses œuvres imaginatives inspirées de monstres et d’esprits.

Jeunesse

Pitseolak Ashoona grandit sur la terre au sein d’une famille traditionnelle semi-nomade. Durant son enfance, sa famille sillonne la côte de l’île de Baffin, expérience qui lui permettra d’acquérir une connaissance intime et approfondie des paysages qu’elle dessinera plus tard. En 1913, Pitseolak et les siens rejoignent d’autres membres de leur famille élargie dans des camps situés sur la péninsule Foxeet à proximité. La même année, la Compagnie de la Baie d’Hudson ouvre un poste de traite à l’endroit aujourd’hui connu sous le nom de Cape Dorset.

Au cours de l’hiver 1921-1922, Ottochie, le père de Pitseolak, s’éteint. L’oncle de Pitseolak, Kavavow, organise alors le mariage de la jeune fille avec Ashoona, chasseur respecté. Le couple se marie lors d’une cérémonie chrétienne à Cape Dorset, en 1922 ou en 1923. Pitseolak et Ashoona se déplacent d’un camp à l’autre jusqu’à dix fois par année, s’établissant notamment dans des régions intérieures éloignées comme le lac Netsilik. De l’union de Pitseolak et d’Ashoona naîtront 17 enfants, dont seulement 6 parviendront à l’âge adulte. Certains meurent en bas âge, tandis que d’autres sont adoptés au sein d’autres familles de la communauté, comme le veut la coutume dans les collectivités inuites. Leurs fils Kumwartok, Qaqaq et KiawakAshoona, de même que leur fille Napachie Pootoogook, feront eux aussi carrière dans les arts. Shuvinai Ashoona et Annie Pootoogook, petites-filles de Pitseolak, sont également de grandes artistes contemporaines.

Débuts de carrière artistique

À la suite du décès de son mari Ashoona, entre 1940 et 1945, Pitseolak s’installe à Cape Dorset pour se rapprocher des membres de sa famille. Elle constate malheureusement que bon nombre d’entre eux sont morts ou se sont établis ailleurs. De longues années pénibles s’ensuivent pour l’artiste. Cette période coïncide avec la Deuxième Guerre mondiale, pendant laquelle la demande de fourrures diminue considérablement. Il est alors difficile pour Pitseolak, malgré l’aide de la communauté, de nourrir ses six enfants. Au cours de ces années, avant que ses fils soient assez vieux pour devenir des chasseurs et se marier, la famine est souvent au rendez-vous. Les veuves inuites de cette époque se remariaient généralement rapidement. Pitseolak ne le fait cependant pas; c’est là une décision inhabituelle qui en dit long sur son désir d’indépendance.

C’est grâce au programme d’artisanat de Cape Dorset, mis sur pied par le ministère du Nord canadien et des Ressources nationales (aujourd’hui, Affaires autochtones et du Nord Canada), que se présentera, pour Pitseolak, la possibilité de devenir artiste. Ce programme vise à aider les Inuits à réaliser la transition d’une économie axée sur la chasse et le piégeage de subsistance vers une économie salariale et des collectivités établies.

Le programme de Cape Dorset est dirigé par l’artiste James Houston et son épouse Alma. Les Inuits sculptaient et décoraient déjà le tissu et d’autres matériaux depuis plusieurs siècles; toutefois, on n’avait encore jamais dessiné sur le papier ou créé d’estampes, et l’artiste ne jouait pas encore de rôle distinctif au sein de sa communauté. Tandis que James Houston supervise le dessin, la gravure et la sculpture, Alma se concentre sur les habiletés traditionnelles des femmes dans le but d’explorer la possibilité de fabriquer des marchandises cousues à la main. Pitseolak travaille avec Alma à la confection de parkas et de mitaines ornés pendant deux ans. Toutefois, après avoir vu les estampes et les dessins de son cousin aîné Kiakshuk, elle décide plutôt de se mettre au dessin. En outre, après avoir vendu ses premières esquisses réalisées sur de petites feuilles de papier à la West Baffin Eskimo Co-operative – et reçu l’argent dont elle avait tant besoin –, elle est tentée de poursuivre l’expérience. James Houston épaule l’artiste, à l’instar de Terrence Ryan, qui le remplace au début des années 1960.

C’est pendant les années 1960 que Pitseolak apprend à dessiner et à maîtriser son art, mettant au point le style distinctif et les thèmes qu’elle explorera pour le reste de sa vie. Dès ses toutes premières œuvres, l’artiste peint à la fois la vie ordinaire des Inuits et leurs traditions. Femme tatouée (1960), par exemple, est un portrait frontal montrant une femme vêtue d’un parka pour femme traditionnel, un amutui, avec à l’arrière une capuche pouvant servir à transporter les enfants. Ses tatouages faciaux sont des arcs verticaux denses se prolongeant jusqu’au menton, traçant des lignes courbes semblables à des ailes sur ses joues. Ce dessin est gravé sur pierre en 1963 par Lukta Qiastuk. Sans titre (Oiseaux volant dans le ciel) (1966-1967), un dessin au feutre en couleur, montre une femme assise au sol, un bébé sur le dos, tendant les bras vers de gigantesques oiseaux qui s’envolent vers le ciel.

Les années 1970

Les années 1970 représentent une décennie productive pour Pitseolak, qui connaît alors beaucoup de reconnaissance et de succès. En 1971, l’artiste publie Pictures Out of My Life (trad. Le livre d’images de ma vie, 1972), une transcription éditée d’entretiens réalisés par Dorothy Harley Eber, entrecoupée de dessins. Les versions française et anglaise comprennent du texte en langue inuktitut. En 1973, le livre est adapté pour le cinéma par l’Office national du film. Le film est présenté pour la première fois au Centre national des arts à Ottawa cette année-là, en parallèle avec le dévoilement d’une pièce murale de l’artiste inuite Jessie Oonark.

Plus tard au cours de sa carrière, Pitseolak crée des œuvres très détaillées caractérisées par une grande exubérance et empreintes de joie et d’humour. Scène de campement d’été (1974) montre deux visiteurs se tenant entre les plissements de collines au sommet desquelles sont perchés une chouette tachetée et un chasseur à l’affût de proies, flanqués de deux oiseaux. Un peu plus bas, deux femmes sont étendues dans leur tente, leurs enfants jouant non loin de là avec des pierres, tandis qu’un homme répare son traîneau. À mille lieues des épreuves de la vie parfois difficile de Pitseolak parmi les Inuits, Scène de campement d’été dépeint un paisible après-midi d’été. La femme du chaman (1980) est une œuvre d’un style bien différent, à la fois étrange, irréelle et un peu effrayante. La femme qu’on y voit, jambes et bras croisés, visage tatoué et yeux révulsés, comme en transe, a sur sa tête un oiseau portant une brindille dans la bouche, représentant l’auxiliaire spirituel du chaman. Convertie au christianisme tôt dans la vie, Pitseolak est vraisemblablement peu exposée aux chamans, en dehors des histoires racontées par ses parents. Elle parvient toutefois à illustrer dans La femme du chaman un aspect de la culture inuite disparu dans une large mesure.

Distinctions

En 1974, Pitseolak est intronisée à l’Académie royale des arts du Canada. En 1976, le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada organise une exposition rétrospective des dessins de l’artiste de 1962 à 1974, exposition qui voyagera dans plusieurs régions du Canada ainsi qu’aux États-Unis, y compris au Musée des beaux-arts du Canada et à la Smithsonian Institution à Washington, D.C. En 1977, Pitseolak est admise dans l’Ordre du Canada.