Pingo

 Mot d'origine inuite désignant un tertre de forme habituellement conique possédant un noyau de glace et dont la formation et la présence sont exclusives à la zone du PERGÉLISOL. Dans la littérature de langue anglaise, l'expression apparaît pour la première fois sous la plume du botaniste Alf E. PORSILD (1938) pour désigner les monticules coniques formés autour d'un noyau de glace que l'on retrouve dans le delta du Mackenzie. Dans la langue russe, on emploie le terme d'origine yakut bulganniakh.

La hauteur des pingos varie de quelques mètres à plusieurs dizaines de mètres. Le delta du Mackenzie abrite la plus grande concentration de pingos (environ 1450), dont certains comptent parmi les plus gros au monde. Deux des spécimens les plus connus sont Ibyuk et Aklisuktuk (« celui qui grandit »), esquissé pour la première fois par John RICHARDSON en 1848. Ibyuk, haut de 50 m et dont la formation remonte à 1000 ans, est le plusgrand pingo du Canada (voirPARCS NATIONAUX). On trouve d'autres pingos au Yukon central, sur plusieurs îles de l'Extrême-Arctique, notamment sur l'ÎLE BANKS et sur l'ÎLE BYLOT, en Alaska, au Groenland et en Sibérie.

Les pingos se forment à mesure que gèle l'eau qui, sous l'effet d'une pression hydraulique ou hydrostatique, remonte à la surface. Les pingos dits de système ouvert se forment quand l'eau souterraine provient d'un point éloigné plus élevé, poussée par la pression hydraulique, ce qui se produit surtout dans les versants d'une basse vallée et en surface des cônes alluviaux. Les pingos de système dit fermé, comme ceux de la région du delta du Mackenzie, se forment généralement dans les bassins lacustres et les chenaux d'écoulement récemment drainés. Ils résultent de l'augmentation de la pression hydrostatique qui se produit lorsque les sédiments saturés non gelés se mettent à geler. Des recherches menées sur les pingos de système fermé du delta du Mackenzie par J. Ross Mackay montrent que l'évacuation de l'eau interstitielle et l'accumulation de lentilles de glace sous le pingo contribuent à accélérer la croissance du monticule (de 0,1 à 0,5 m par année), particulièrement lors des premiers stades de son développement.