Dossiers de la Commission de secours d’Halifax

Après l’explosion d’Halifax, le 6 décembre 1917, la Commission de secours d’Halifax est créée par le gouvernement fédéral pour aider à reconstruire la ville et à administrer les services sociaux pour les victimes de l’explosion. Dix-neuf dossiers de familles servent d’échantillon pour voir ce que cela signifiait d’être pauvre, vieux, noir, Autochtone, ou d’appartenir à une communauté autrement marginalisée par l’explosion.

Noirs néo-écossais

En 1917, environ 1000 personnes, ou presque 2 % de la population totale d’Halifax-Dartmouth, se considèrent comme néo-écossaises d’origine africaine ou en tant qu’Autochtone. Elles sont représentées par six des familles dans l’échantillon. Bien que variées en termes de facteurs tels que l'âge, la profession et le revenu, ces personnes ont pour défi de devoir composer avec une communauté dominante imprégnée, de diverses manières, de valeurs racistes.

Par exemple, une expression du sentiment antinoir éclate au moment de trouver un logement pour la veuve Rose Hickey, sa mère et ses six enfants. L'intégration raciale des appartements gérés par la Commission de secours d’Halifax suscite des débats parmi le personnel de la Commission et la résistance des autres locataires.

Des formes plus subtiles de discrimination apparaissent : mettre des étiquettes sur les clients comme étant « mulâtres » ou « colorés »; faire allusion à la présence de maladies vénériennes; offrir un paiement relativement faible sur les réclamations pour les biens perdus ou endommagés; suspendre prématurément et arbitrairement l'approvisionnement en vivres; et négliger des résidents d'Africville, la communauté noire du nord d’Halifax.

Néanmoins, la situation n'est pas entièrement sombre. Au moins un des trois commissaires, le juge W. B. Wallace, semble éclairé par les standards du jour envers les clients noirs. De plus, les Afro-Néo-Écossais ont un accès sans restriction aux soins de santé publics et, bien que les preuves soient limitées, ils ne semblent pas avoir fait l'objet de discrimination en matière d'allocations en espèces ou d'invalidité et de pensions pour les veuves.

La situation est également aidée par le fait que des femmes noires comme Rachael Brown et Mary Lucas font preuve d'une grande assurance dans leurs rapports avec la Commission, remportant ainsi quelques petites victoires à une époque où les Néo-Écossais de couleur possèdent des droits civils limités.

Personnes âgées

La vieillesse, telle que définie en 1927 lorsque le Canada lance un régime de retraite pour les personnes âgées, commence à 70 ans. En 1917, environ 1700 personnes, soit 3 % de la population d’Halifax-Dartmouth, ont 70 ans ou plus, avec environ 25 % plus de femmes que d’hommes. On note 4 dossiers examinés ici qui présentent 2 veuves et 2 couples mariés âgés de 72 à 84 ans.

Avant l'explosion, les femmes dans cet échantillonnage étaient toutes relativement en bonne santé. Parmi les hommes, un a une maladie cardiaque et l’autre se remet d'un accident vasculaire cérébral. La catastrophe de décembre a un impact négatif sur toutes ces personnes. Les deux veuves sont grièvement blessées, et l'une d'entre elles décède, sa mort probablement hâtée par le désastre. Des deux hommes convalescents, tous deux subissent un choc, qui tue rapidement l’un et laisse l'autre incapable d’obtenir un emploi.

L'explosion laisse également deux des familles sans abri. Une autre perd la propriété qui était sa principale source de revenus. Au lieu d'être largement autonomes, toutes ont maintenant un besoin urgent d'aide. Une partie de cette aide provient de parents et d'amis. La Commission de secours d’Halifax apporte également son aide, qui, bien que prête à fournir des soins médicaux et des secours d'urgence, hésite à payer des indemnités en espèces et, plus tard, à fournir des pensions.

Dans le cas de Katherine O'Donoghue, le personnel de la Commission retarde la délivrance d'argent au motif que sa fille valide devrait retourner au travail plutôt que de rester à la maison pour prendre soin de sa mère. Dans un cas similaire, l'allocation en espèces de Maria Walker est suspendue dans le but de la persuader de rester avec ses parents dans la campagne plutôt que de retourner en ville.

Quant à Annie Kingston, récemment veuve, ses ennuis avec la Commission comprennent la question de savoir si la mort de son mari résulte de l'explosion. Après avoir hésité, le personnel de la Commission cède à la pression du public et accorde à Maria Walker une pension partielle de veuve. De même, une plainte de Joseph Mont mène à la restauration de l'approvisionnement alimentaire de sa famille et à un règlement éventuel, quoique minime, concernant son handicap.

Bien que peu nombreux, ces quatre exemples suggèrent qu'à mesure que l'âge augmente, le risque d'être manipulé par la Commission augmente également. Les membres du personnel ont tendance à supposer qu'ils, plutôt que leurs clients âgés, savent comment planifier au mieux pour l'avenir. De plus, la Commission se montre réticente à assumer la responsabilité à long terme de ceux qui sont en déclin. Le résultat, au moins pour les victimes âgées de l'explosion, est la négligence, qui parfois conduit à la Poor House (littéralement la maison des pauvres) ou à la mort prématurée.

Immigrants non britanniques

Au moment de l’explosion, Halifax-Dartmouth compte environ 1500 immigrants du continent européen et des parties adjacentes au Moyen-Orient (soit 2,5 % de la population).

Ce groupe est représenté par trois familles, une juive-russe, une autre italienne et une dernière syrienne (voir Arabo-Canadiens). Deux des familles ont de petites entreprises qui sont détruites par l’explosion. Les efforts pour réapprovisionner leur stock sont retardés par des questions parmi le personnel de la Commission, qui cherche à savoir si ces personnes sont honnêtes au sujet des réclamations qu'elles présentent.

Le troisième cas concerne une veuve appauvrie avec trois enfants, qui conteste la convention sociale traditionnelle lorsqu'elle décide de donner son nouveau-né à une autre famille immigrée dont le mode de vie semble douteux pour le personnel de la Commission et le clergé.

Bien que les trois conflits se soldent par un compromis, les négociations qui ont lieu suggèrent que ces clients auraient plus de facilité s'ils appartenaient au courant principal de la communauté.

Autres familles marginalisées

En tant que ville de garnison activement engagée dans l'effort de guerre, Halifax abrite un grand nombre de familles de militaires, dont certaines sont dirigées par des hommes qui viennent de partir récemment ou qui sont déjà en retraite des Forces armées. La pauvreté et des niveaux d'éducation relativement faibles rendent ces personnes particulièrement vulnérables à être submergées par les circonstances de l’époque.

Il en va de même pour les femmes célibataires avec enfants, dont les efforts pour faire face à la situation peuvent les mettre en conflit avec ceux qui occupent des postes d'autorité, y compris le personnel de la Commission.

Cet article est une version condensée d’une publication de la Champlain Society, We harbour no evil design: Rehabilitation efforts after the Halifax Explosion of 1917, édité par David A. Sutherland. Réimprimé avec la permission de la Champlain Society.