Les Piikani (aussi connus sous les noms Piikuni et Peigans) sont l’une des trois nations de la Confédération des Pieds‑Noirs. Ils occupaient autrefois un vaste territoire de chasse qui s’étendait le long de contreforts, depuis Rocky Mountain House jusqu’à Heart Butte au Montana et vers l’est sur les Plaines. En 2016, la nation des Piikani comptait environ 3 600 membres inscrits vivant et travaillant soit dans leur réserve située à proximité de Pincher Creek en Alberta, soit à l’extérieur.

Étymologie et langue

Le terme piikani dont ils tirent leur nom est une déformation du mot apiku’ni, qui signifie « robe mal tannée », les négociants en fourrures les ayant, au départ, appelés les « Indiens de la rivière Muddy ». Au Canada, l’orthographe officielle de leur nom est Piikani (une graphie alternative étant Piikuni), tandis qu’aux États‑Unis, on les appelle Piegans, quoique, de nos jours, ils se fassent plutôt appeler « Blackfeet Indians of Montana ». En raison d’une division géographique historique entre les bandes situées aux États‑Unis et au Canada, les Piikani sont également connus sous les noms d’Aapátohsipikáni ou « Piikani du Nord » et d’Aamsskáápipikani ou « Piikani du Sud ».

De souche linguistique algonquienne, les Piikani parlent la même langue que les Kainai ou Gens‑du‑Sang et que les Siksikas ou Pieds‑Noirs, avec de légères variantes dialectales (voir Confédération des Pieds‑Noirs : Langue et Langues autochtones au Canada).

Territoire traditionnel

Les Piikani occupaient autrefois un vaste territoire de chasse qui s’étendait le long de contreforts, depuis Rocky Mountain House jusqu’à Heart Butte au Montana et, vers l’est, sur les Plaines. Au milieu du XIXe siècle, ils s’étaient déjà déplacés plus au sud dans une région s’étendant autour des rivières Teton et Marias au Montana et de la rivière Milk en Alberta. Ils ont également progressé, pour pouvoir chasser, en direction du nord et de l’est sur le territoire actuel de l’Alberta.

Organisation sociale

Avant la colonisation, les Piikani étaient une vaste communauté comptant environ 3 000 à 5 000 membres. Sans que l’on sache véritablement pourquoi, ils se sont scindés en deux bandes, l’une au nord et l’autre au sud, et ce, avant l’arrivée des négociants blancs. En dépit de cette séparation, les deux groupes voyageaient souvent ensemble et étaient si étroitement mêlés qu’il était impossible de les distinguer véritablement.

Vie traditionnelle

Durant la période précoloniale, les Piikani, à l’image des autres nations pieds‑noirs, dépendaient du bison (Iinii) pour leur alimentation, pour la confection de vêtements et pour la fabrication d’outils. S’il est vrai qu’ils chassaient également d’autres gros gibiers, comme le cerf, et qu’ils complétaient leur régime alimentaire avec des légumes, des noix et des fruits, il n’en demeure pas moins que leur économie et leur culture traditionnelles étaient centrées sur la chasse au bison.

Leur organisation en sociétés guerrières était relativement complexe. Les Crow, les Shoshones, les Nez-Percés, les Dakota et les Assiniboines comptaient parmi leurs ennemis. Après l’introduction par les Européens des fusils et des chevaux, les guerres entre les nations autochtones se sont intensifiées au cours du XVIIIe siècle. Les guerriers étaient dotés d’un statut social élevé au sein de leur communauté en tant que défenseurs des nations pieds‑noirs.

Culture et Spiritualité

Les Piikani disposent d’une culture religieuse et spirituelle profondément enracinée transmise de génération en génération par le biais de la tradition orale. Entre autres caractéristiques, cette culture repose sur les sueries, sur la danse du soleil, sur l’utilisation de bourses sacrées et sur d’autres moyens de purification du corps et de l’âme.

À leur arrivée dans les années 1870, les missionnaires chrétiens ont introduit d’importants changements à la spiritualité et au mode de vie des Piikani. Cependant, la tradition orale a conservé vivantes de nombreuses croyances traditionnelles jusqu’à aujourd’hui.

Récits de la création

En dépit de récits de la création qui diffèrent entre les traditions du Sud et du Nord, les Piikani au Canada comme les Piegans aux États-Unis croient généralement que le Créateur, également appelé « Vieil Homme » ou N’api, est l’incarnation de la lumière et le considèrent, à ce titre, comme l’origine du jour et de la vie. Dans certains récits des Peigans, le Vieil Homme est associé au soleil et est alors appelé Natos (soleil). Comme dans d’autres religions autochtones, le Créateur n’est ici ni humain ni sexué. Le Vieil Homme a créé les humains, les animaux, les plantes et toute forme de vie sur la terre dont il est partie intégrante de toute éternité. (Voir Autochtones : religion.)

Contact avec les Européens

Au XVIIIe siècle, les Piikani entretiennent des relations avec des négociants des États‑Unis et de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Soutenus par les nombreux guerriers des forces des Pieds‑Noirs, les Peigans et leurs alliés constituent alors l’un des groupes autochtones les plus puissants sur les plaines du Nord, empêchant temporairement l’expansion vers l’ouest des colons européens (voir Autochtones : les Plaines).

Toutefois, les contacts avec les négociants blancs et les missionnaires vont avoir des effets considérables sur la vie traditionnelle des Piikani. En effet, l’exposition à des maladies importées du vieux continent et une intensification des guerres entre les peuples autochtones réduisent considérablement leur population après l’épidémie de variole de 1837. En 1870, sept ans avant que les Piikani du nord et du sud ne s’installent dans leur réserve respective, leur nombre va connaître une nouvelle baisse.

La conclusion des traités et ses impacts

Après avoir signé un traité en 1855, le gouvernement américain octroie à la Confédération des Pieds‑Noirs une vaste réserve située dans l’actuel Montana; toutefois, sa superficie va être réduite lorsque le gouvernement américain utilise la force militaire pour faire pression afin que la Confédération se sépare de terres supplémentaires au profit des colons. Environ 220 Piegans trouvent la mort en 1870 dans le cadre de ce conflit. La plupart des Piegans s’installent dans cette réserve du Montana amputée d’une partie de sa superficie; toutefois, certains rejoignent le groupe du nord au Canada, où ils signent le Traité no 7 avec le gouvernement fédéral en 1877 (voir Traités numérotés).

Les Piikani demandent que leur territoire propre soit constitué des aires d’hivernages où ils chassent le buffle autour des ruisseaux Crow, de la rivière Oldman et des collines Porcupine. Cependant, la disparition du bison à la fin du XIXe siècle rend la vie sur la réserve beaucoup plus difficile. Les historiens se réfèrent généralement à l’hiver de 1883‑1884 comme à « l’hiver de la famine » en raison du manque de nourriture généralisé qui sévit alors dans la Confédération. La fin de la chasse au bison incite les Piikani à se déplacer dans la région autour de Pincher Creek et à pratiquer l’élevage qui constitue, aujourd’hui encore, un élément clé de leur réussite économique (voir Histoire des ranchs).

Vie contemporaine

En 2015, la nation des Piikani compte environ 3 600 membres inscrits dont près de 40 % vivent, travaillent ou sont scolarisés dans des zones urbaines en dehors de la réserve. Les Piikani résident dans deux réserves dans le sud de l’Alberta représentant une superficie totale de 45 677,80 ha. La réserve 147a, située le long de la route 3 à mi‑chemin entre Fort Macleod et Pincher Creek, est connue sous le nom de site de la localité de Brocket, tandis que l’on appelle la 147b, située à 13 km au sud‑ouest de Fort Macleod, la réserve Timber. Les Piikani s’adonnent à l’élevage, à l’agriculture et à d’autres activités commerciales dans les réserves. Ils sont également actifs au sein d’associations autochtones, notamment la Société de gestion du Traité 7 et la Confédération des Pieds‑Noirs.

En 2014, les Kainai rejoignent d’autres Premières Nations en signant le Traité Iinii ou Traité du bison, notamment la nation des Blackfeet, la nation des Siksika, la nation des Kainai, les Assiniboines et les tribus des Gros Ventres de la réserve de Fort Belknap, les Assiniboine et les tribus des Dakota (Oyate et Sioux) de la réserve de Fort Peck, les tribus confédérées des Salish et des Kootenai (voir Salish de la côte et Salish du continent) ainsi que la nation des Tsuut’ina. En 2015, la nation des Stoney‑Nakoda et la nation des Cris de Samson signent également ce traité ouvert à d’autres Premières Nations du Canada et des États‑Unis. Entre autres questions, les signataires conviennent d’unir le pouvoir politique des nations autochtones des plaines du Nord, d’œuvrer pour la protection du bison et de renforcer les relations traditionnelles avec leurs terres.