Francis « Peggy » Pegahmagabow, chef anishnaabe (ojibwé), défenseur des droits ancestraux, héros de guerre (né le 9 mars 1889 dans la réserve de Parry Island, en Ontario; décédé le 5 août 1952 à Parry Island, en Ontario). La personne autochtone la plus décorée au Canada pendant la Première Guerre mondiale, Francis Pegahmagabow devient défenseur ardent des droits autochtones et de l’autodétermination.

Enfance et formation

Francis Pegahmagabow est né dans ce qui est aujourd’hui la réserve des Premières Nations de Shawanaga à Nobel, en Ontario, bordant Parry Sound. En avril 1891, lorsqu’il a environ trois ans, son père, Michael Pegahmagabow, décède d’une maladie grave inconnue. Sa mère, Mary Contin, est atteinte de la même maladie. Après la mort de son mari, elle retourne chez elle à la Première Nation de Henvey Inlet, située sur la rive nord de la baie Georgienne. Le jeune Francis reste avec Noah Nebimanyquod pour être élevé par ce dernier, qui a aussi élevé le père de Francis après la mort des parents de celui-ci.

Grandissant à Shawanaga, Francis Pegahmagabow est élevé selon les coutumes et les traditions culturelles des Anishnaabe (Ojibwés). Il apprend à chasser et à pêcher et sa mère adoptive lui présente la médecine traditionnelle. Il pratique une combinaison de catholicisme romain et de spiritualité anishnaabe. L’aîné shawanaga Solomon Pawis affirme que Francis n’est pas en très bonne santé pendant sa petite enfance, mais qu’il grandit vite pour devenir un jeune homme fort tant sur le plan physique qu’émotionnel.

À 12 ans, Francis Pegahmagabow commence à travailler dans les camps de bûcherons et les stations de pêche environnants. En 1911, à 21 ans, il décide qu’il veut compléter sa formation à l’école publique. Après le refus du conseil de bande de payer sa chambre et sa pension pendant qu’il fréquente l’école, il demande l’aide de l’avocat de la Couronne de Parry Sound, Walter Lockwood Haight. En janvier 1912, Francis Pegahmagabow reçoit l’aide financière dont il a besoin pour fréquenter l’école. Il réussit bien ses études et apprend à jouer et à lire la musique.

Pendant l’été 1912, Francis Pegahmagabow travaille en tant que pompier marin pour le ministère de la Marine et des Pêcheries sur les Grands Lacs. Il est attaqué par la fièvre typhoïde en 1913, mais il est soigné par les Sœurs de Saint Joseph à Parry Sound.

Service durant la Première Guerre mondiale

Au début de la guerre en 1914, le gouvernement canadien exclut les peuples autochtones et les minorités ethniques du service militaire. Bien que les interdictions discriminatoires soient retirées plus tard, les Indiens visés par un traité comme Francis Pegahmagabow sont exemptés du service. Malgré cette exemption, il est déterminé à s’enrôler. Presque aussitôt que la guerre est déclarée, il se présente au bureau de recrutement, où on le déclare en bonne forme physique pour le service outremer. Il est l’un des premiers à s’inscrire au contingent à l’étranger du 23e Régiment (Northern Pioneers) en août 1914. Quelques semaines après s’être porté volontaire, il devient l’un des premiers membres du 1er Bataillon d’infanterie canadien, qui débarque en France en février 1915 avec le reste de la 1re Division canadienne, forte de 20 000 hommes.

Mieux connu par ses compagnons d’armes sous le nom de « Peggy », Francis Pegahmagabow s’engage dans des combats féroces lors de la Deuxième bataille d’Ypres en avril 1915, lors de laquelle les Allemands emploient pour la première fois le chlore gazeux. Il survit, mais le 1er Bataillon perd presque la moitié de ses forces en tout juste trois jours de combat. Après son service à Ypres, il est promu caporal suppléant en 1915.

Au cours de la guerre, Francis Pegahmagabow acquiert une réputation féroce auprès de ses compagnons d’armes en tant que tireur d’élite mortel. On lui attribue environ 378 morts. De derrière la ligne de front, il pénètre lentement dans la zone tampon au cours de la nuit, où il attend l’arrivée des soldats allemands. Il s’agit d’un poste dangereux, mais Francis Pegahmagabow est un tireur et un éclaireur efficace. Ses compagnons d’armes se rappellent ses fortes croyances spirituelles, auxquelles ils attribuent son courage de participer à des opérations dangereuses.

En juin 1916, Francis Pegahmagabow combat à la bataille du mont Sorrel, où il capture plusieurs prisonniers allemands. Au cours de la guerre, on lui attribue la capture d’environ 300 prisonniers. Plusieurs mois plus tard, en combattant à la bataille de la Somme de 1916, il reçoit une balle à la jambe. Malgré sa blessure, il retourne sur le champ de bataille. Il reçoit sa première Médaille militaire en 1916 pour avoir fait face à l’ennemi pour expédier des messages cruciaux.

À la bataille de Passchendaele en novembre 1917, Francis Pegahmagabow s’avance avec peine dans la boue sous les tirs nourris pour aider les Canadiens à capturer la crête de Passchendaele. Il mérite la première agrafe de sa Médaille militaire pendant cette bataille. Il reçoit sa deuxième agrafe après ses actions valeureuses pendant la bataille de la Scarpe en août 1918.

À la fin de la guerre, Francis Pegahmagabow devient le soldat autochtone le plus décoré de l’histoire militaire du Canada. D’abord décoré de la Médaille militaire en 1916, il mérite deux agrafes pour son excellence en tant que tireur d’élite et éclaireur dans la bataille d’Ypres (1915), de Passchendaele (1917), d’Amiens (1918) et dans la deuxième bataille d’Arras (1918) (voir chronologie de la Première Guerre mondiale). Seulement 38 autres Canadiens reçoivent l’honneur d’avoir deux agrafes. Francis Pegahmagabow reçoit aussi l’Étoile de 1914-1915, la Médaille de guerre britannique et la Médaille de la Victoire.

Droits des Autochtones

Francis Pegahmagabow retourne à Parry Island en 1919, où il continue à servir au sein du Régiment Algonquin. Bien qu’il soit considéré un héros de guerre, lorsqu’il retourne au Canada, il est confronté à la même persécution et à la même pauvreté auxquelles il a fait face avant la guerre. Sa vie fait l’objet de réglementations, appliquées par les puissants agents des Indiens, qui contrôlent même sa pension.

Frustré par la façon dont le gouvernement traite les peuples autochtones et les vétérans, Francis Pegahmagabow s’engage dans la politique locale et fédérale. De 1921 à 1925, il est chef de la bande de Parry Island, aujourd’hui la Première Nation de Wasauking, et conseiller de bande de 1933 à 1936. Pendant ce temps, il envoie des lettres au premier ministre et aux décideurs politiques, exigeant un meilleur traitement des peuples autochtones. Son but ultime, mais non réalisé, est d’accorder au conseil de bande l’autorité d’annuler les décisions des agents des Indiens. Ainsi, Francis Pegahmagabow est un des premiers militants du mouvement national des droits des Autochtones (voir Autochtones : organisations et activisme politiques).

Controverse

La carrière politique de Francis Pegahmagabow n’est pas sans controverse. Pendant son mandat comme chef et conseiller de bande, il entre en conflit à maintes reprises avec les agents des Indiens et les membres de sa Première Nation. Pendant l’été 1923, il tente de rallier les bandes de la région pour réclamer leurs revendications au sujet des traités autochtones auprès de la Couronne britannique. John Daly, l’agent des Indiens à Parry Sound, prévient le gouvernement fédéral de la campagne de Francis Pegahmagabow. Celui-ci a des disputes intenses avec M. Daly et avec d’autres agents du gouvernement. Certains membres de sa bande considèrent aussi qu’il est difficile de travailler avec lui. Certains sont offensés et aliénés par ses efforts d’enlever les personnes non membres et les métis de la réserve. Après une lutte interne pour le pouvoir, Francis Pegahmagabow est délogé comme chef en 1925. Il se présente de nouveau comme candidat en 1926, mais sans succès. En rétrospective, certains historiens croient que les traumatismes psychologiques subis au cours de la guerre ont affecté le comportement de Francis Pegahmagabow dans les affaires publiques et privées.

Deuxième Guerre mondiale

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Francis Pegahmagabow travaille comme gardien à une usine de munitions près de Nobel, en Ontario et est sergent-major avec la milice locale. Il poursuit aussi sa défense des droits ancestraux. Comme membre d’une délégation nationale en 1943, il participe à une manifestation sur la Colline du Parlement, demandant l’exemption pour les Autochtones de la conscription et de l’impôt sur le revenu. En 1945, il remplit deux mandats comme chef suprême du gouvernement des Autochtones, une des premières organisations politiques autochtones. Il est aussi membre de la Fraternité nationale des Indiens, un précurseur de l’Assemblée des Premières Nations d’aujourd’hui.

Décès

Époux et père de six enfants, Francis Pegahmagabow décède le 5 août 1952 à 64 ans. Il s’éteint d’une crise cardiaque après avoir souffert pendant des années de poumons très endommagés.

Prix et honneurs

Pendant la Première Guerre mondiale, Francis Pegahmagabow reçoit la Médaille militaire et mérite deux agrafes. Il reçoit aussi l’Étoile 1914-1915, la Médaille de guerre britannique et la Médaille de la Victoire. En 2003, la famille Pegahmagabow donne ses médailles et sa coiffure de chef au Musée canadien de la guerre.

En 1967, Francis Pegahmagabow devient membre du Temple de la renommée des Indiens du Canada, une exposition installée à Brantford, en Ontario, pour souligner les dirigeants autochtones de l’histoire canadienne.

Plus de 90 ans après sa participation à la Première Guerre mondiale, les Forces armées canadiennes rendent hommage à Francis Pegahmagabow avec un monument à la BFC Borden et donnent son nom à l’édifice du 3e Groupe de patrouille des Rangers canadiens en 2006.

Le personnage principal du roman très acclamé Three Day Road (2001; trad. Le chemin des âmes, 2006) de Joseph Boyden est inspiré de la vie de Francis Pagahmagabow.

Importance

On se souvient de Francis Pegahmagabow pour son service militaire de la Première Guerre mondiale et pour sa participation aux mouvements pour les droits des Autochtones. Pendant la Grande Guerre, il est un éclaireur et un tireur d’élite efficace qui aide à sauver la vie de nombreux soldats canadiens. Comme chef et militant politique, il a protégé les droits et les traditions de son peuple. Sa mémoire est encore en vie dans les enfants et les petits-enfants qu’il laisse en deuil.